Mon autre arrière-grand-père et la guerre de 14-18

Mon autre arrière-grand-père français, qui était catalan, a vécu la guerre de 14-18 plus dramatiquement que mon aïeul provençal puisque lui était sur le front, comme sapeur-mineur. Il avait près de 39 ans quand la guerre a commencé, sa fille huit ans et son petit garçon tant espéré seulement un an.

J’ai malheureusement peu de traces de « sa » guerre : quelques photos, quelques cartes postales et son livret militaire qui ne dit pas grand chose, sinon qu’il a reçu la Croix de Guerre (ça devait lui faire une belle jambe) avec cette citation :

« Sapeur brave, énergique. Le 4 novembre 1916, malgré les dangers d’un violent bombardement a quitté son abri, pour se porter au secours d’un de ses camarades mortellement frappé« .

Sur les photos de groupe, il est le seul à ne pas sourire, à avoir l’air fermé de quelqu’un dont la souffrance est indicible, c’est très frappant. Plus tard, il deviendra un homme prospère et souriant, sauf pendant la Seconde guerre où on le retrouve sur une photo, avec son petit-fils qu’il a élevé pendant ces années-là, incroyablement amaigri et portant ce même air dévasté sur un visage fermé de douleur muette. À ce moment-là, son fils et son gendre, mon grand-père provençal, étaient tous deux prisonniers de guerre, chacun dans un Stalag différent mais ceci est une autre histoire.

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La guerre de mon arrière-grand-père : mai-juin 1916

Fin mai et début juin, le train-train continue…

Partout, la planète semble à feu et à sang, et aujourd’hui c’est pareil. Tout ça pour ça ?

livre-comptes-NR-1916-05-06Des événements importants en juin 1916 de par le monde, mais que je ne saurais ni résumer ni commenter. Le 13 juin de cette année-là, mon arrière-grand-père provençal a 35 ans. Je ne vais pas écrire qu’il les fête, puisque je suppose qu’en ce temps-là et dans ces milieux-là, on ne fêtait pas les anniversaires ?

Le lendemain, 14 juin 1916, instauration de l’heure d’été pour faire des économies d’énergie. L’heure d’hiver d’alors était l’heure solaire, ce qui fait que l’heure d’été de l’époque correspondait à l’heure d’hiver de maintenant. Quelle connerie, ce truc, franchement. Juste parce qu’on ne peut pas obliger les gens à se lever ou à aller travailler une heure plus tôt. Alors on leur fait croire qu’ils se lèvent toujours à la même heure et embauchent toujours aussi tard : qui accepterait de se lever à 4 h pour embaucher à 6 heure du matin ? Pourtant, concrètement, c’est bien ce que font tous ceux qui croient se lever à 6 h pour embaucher à 8 heures…

À noter que l’Allemagne, contre qui nous étions en guerre, avait instauré cette heure d’été dès le 30 avril, rapidement suivie par le Royaume-Uni le 21 mai. Rappelons aussi que nous vivons actuellement à l’heure allemande, instaurée pendant l’Occupation et acceptée honteusement par Vichy… C’est franchement n’importe quoi.

livre-comptes-NR-1916-06-07Revenons à 1916 et mon arrière-grand-père cheminot : nombreuses journées comme chauffeur pour ce mois de juin. Des journées de déchargement d’aggloméré. Je ne sais plus si j’avais trouvé de quoi il pouvait s’agir ?

La guerre de mon arrière-grand-père : avril-mai 1916

Avril 1916, le printemps, et toujours la guerre. Toujours les mêmes tâches : nettoyage, chauffeur, déchargement de combustible, quatre jours de repos et trois jours de congé.

livre-comptes-NR-1916-04-04Ailleurs, loin de la Provence paisible, Rodin fait don à l’État de l’ensemble de son oeuvre. On aurait aimé qu’il soit un peu moins salaud avec Camille Claudel… La Bulgarie adopte le calendrier grégorien. Les Norvégiennes obtiennent le droit de vote, que les Française ne conquerront que trente ans plus tard…

Un événement dont ma famille a peut-être, sans doute même, entendu parler ? Le 11 avril, c’est l’arrivée à Marseille, où elle reçoit un accueil triomphal, de la 1re brigade russe (2 régiments) partie de Moscou par le transsibérien le 13 février, via la Mandchourie, où elle a embarqué sur des navires français.

C’est aussi la création de la qualification de « mort pour la France », récompense morale visant à honorer le sacrifice des combattants morts en service commandé et des victimes civiles de la guerre. On y reviendra si je n’oublie pas entre temps : je n’ai pas l’impression que ça ait concerné les personnes mortes de la grippe espagnole en temps de guerre.

livre-comptes-NR-1916-04-05En mai, le train-train continue : combustible, chauffeur vers Gardanne, Aix, Marseille, Cavaillon, nettoyage…

Ailleurs, c’est la première collection de Coco Chanel qui lance le jersey. Et d’autres événements politiques dramatiques, divers et variés. La planète semble à feu et à sang, et aujourd’hui c’est pareil. Tout ça pour ça ?

La guerre de mon arrière-grand-père : décembre 1915

En décembre 1915 :

décembre 1915Je note, le 10 décembre, la mystérieuse mention « balastre a reclavier » déjà aperçue en novembre °.°

Internet sait tout… Balastre est un nom propre dans le sud-est de la France mais visiblement en espagnol il s’agit du ballast. Probablement qu’en provençal aussi ? Quant à Réclavier, il s’agit d’une carrière, située à Meyrargues (petite ville où mon a-g-p allait souvent comme chauffeur), qui produit encore maintenant des ballasts, entre autres. CQFD.

J’apprends que cette carrière n’extrait plus depuis 1996 et produit tous ses granulats à partir de recyclage de matériaux inertes issus des chantiers de déconstruction et de terrassements du BTP, ainsi que des bennes à gravats des déchetteries. 60 % des 300 000 tonnes reçues chaque année sont ainsi recyclés. Le reste (120 000 tonnes annuelles tout de même !) est utilisé pour le réaménagement des carrières afin de recréer un paysage « naturel ».

À noter que mon arrière-grand-père mentionne souvent aussi Mirabeau, où se trouvait une gravière, actuellement réaménagée en plan d’eau, devenu une très intéressante zone naturelle pour les oiseaux. Il y a parfois de bonnes nouvelles 🙂

Mon aïeul est de repos le 22 décembre, il travaille les 24 et 25 décembre comme n’importe quels autres jours : le jour de Noël, il a même commencé à 5 h 30 et fini à 16 h 45… Mais bon, c’était la guerre, hein.

La guerre de mon arrière-grand-père : octobre-novembre 1915

Je me demande pourquoi j’ai décidé de parler de la guerre de cet arrière-grand-père qui ne l’a pas vraiment faite, alors que j’ai un autre arrière-grand-père qui est allé au front, en tant que sapeur-mineur. Mais celui-là n’a pas tenu de journal, il a seulement envoyé des cartes à sa famille : son épouse, sa fille, sa belle-mère, et je n’en possède qu’une, je crois. Et, bien sûr, il ne disait rien sur ces cartes. Comment parler de l’indicible ? J’y reviendrai plus tard.

Donc, fin octobre-début novembre 1915, il y a cent ans, que se passait-il du côté de Pertuis (84) ?

octobre-novembre 1915Davantage de journées de chauffeur, et c’est tout, et qqs jours de congé.

Et fin novembre ?

novembre-décembre 1915Beaucoup de journées comme chauffeur. Avait-il le temps de voir du pays, ou seulement la gueule brûlante de la chaudière ?

Quelles journées, quand même ! Il est précisé pour l’une d’elle « 11 h de travail ». Rien d’étonnant si nos aïeux ne faisaient que rarement de vieux os.

Je note une mystérieuse mention le 17 novembre : « reclavier au balastre » °.°

Le 24 novembre, il est « parti en réserve à Mirabeau au secours du 4665 », je ne sais pas non plus de quoi il pouvait bien s’agir ?

 

La guerre de mon arrière-grand-père : septembre-octobre 1915

Fin septembre, l’événement le plus notable est la « Pluie qui n’était plus tombée depuis le 17 juin dernier », soient trois longs mois de sécheresse ! Il y a même des pluies torrentielles le 29 septembre 1915.

septembre-octobre 1915En cherchant des informations sur cette sécheresse (apparemment locale, je ne trouve rien là-dessus, sinon ici), je découvre qu’il y a eu en cette fin de septembre 1915 l’offensive française en Champagne. Peut-être aurait-il été intéressant que je mette en parallèle la guerre tranquille de mon aïeul et les événements sur le front ? Mais je ne suis pas historienne, je ne me sens pas de faire le tri de la masse d’informations sur ce sujet. Et puis mon thème était la guerre de mon arrière-grand-père provençal. Que savait-il de ce qu’il se passait sur le front ? Jusqu’à quel point s’informait-il, avait-il l’envie, le temps, l’énergie, de s’y intéresser ? Avait-il des membres de sa familles au front, des cousins par exemple, ou de la famille de sa femme dont il semble avoir été proche ? Je ne sais rien de tout cela.

Je pense aussi à mon autre arrière-grand-père qui a été sapeur-mineur, tout près du front pour le coup mais, à part quelques rares cartes postales, et la mention de sa médaille sur son livret militaire, je ne sais rien de sa guerre.

Bon, pour en revenir à mon aïeul provençal, rien de nouveau : combustible, service, chauffeur, avec toujours le n° du train et la destination soigneusement notés.

J’ai été migrante (suite)

Je voulais ajouter que la situation des Russes de l’époque était assez proche de celle des Syriens actuellement, sinon qu’ils avaient la peau claire et étaient chrétiens. Mais à l’époque, il y avait de nombreux attentats perpétrés par des anarchistes russes et Henri Troyat (né Lev Tarassov à Tiflis (Tbilissi) en 1911, comme mon grand-père) raconte bien dans « Un si long chemin » la méfiance hostile à laquelle les Russes émigrés ont dû faire face. Et, tout comme les Syriens aujourd’hui, ils espéraient bien rentrer chez eux dès que possible. Ils ont gardé cet espoir jusqu’en 1945, soit près de trente ans ! Trente ans de provisoire, trente ans avec les valises conservées précieusement dans un coin de l’appartement pour pouvoir repartir. Mais, bien sûr, ils ne sont jamais rentrés chez eux.

Comme tous les émigrés qui arrivent maintenant, ils ont dû tout quitter pour sauver leur peau : famille, amis, biens, métier, statut social… Il ne doit pas être facile à vivre de passer de sénateur ou gouverneur à garçon de bureau ou comptable dans une épicerie, en plus de la douleur d’avoir perdu ses proches, et son pays bien-aimé.

L’exil est une chose terrible et il faut être un pauvre imbécile sans imagination jamais sorti de chez lui pour croire que toutes ces personnes qui fuient leur pays le font de gaieté de coeur. Cela demande un immense courage et comment ce courage est-il récompensé ? Par des difficultés sans nom créées par des crétins limités, comme si d’avoir tout perdu ne suffisait pas.

J’ai été migrant-e

Je n’ai pas de compte touiteur, mais je veux dire que moi aussi, je suis issue de l’immigration : mes arrières-grands-parents maternels ont fui la Révolution russe, avec mes grands-parents enfants, ils ont traversé l’Europe dévastée par la Première Guerre Mondiale et la grippe espagnole, jusqu’à finalement arriver en France au bout d’années d’errance, de pays en pays. Ma mère est née apatride et mes arrière-grands parents sont morts apatrides.

On ne sait pas exactement combien de Russes ont ainsi quitté leur mère patrie, certains parlent de 2 millions dont près d’un quart ont été accueillis en France. C’est énorme !

Je suis bouleversée par ce qu’il se passe en ce moment et par l’inertie des politiques. Espèrent-ils que ce problème va se dissoudre de lui-même ?

La guerre de mon arrière-grand-père : avril-mai 1915

Oups, je suis en retard, prise entre mes recherches généalogiques et le jardinage.

Le mois de mars 1915 se termine pour mon arrière-grand-père par la répétition des tâches de combustible, aucune idée de ce que ça peut être (sans doute charger ou décharger du charbon ou du bois ? probablement du coke, puisque celui-ci est trié en avril ?)

avril 1915En avril, c’est plus varié : nettoyage de la rotonde (Pertuis possédait une très belle rotonde, en ce temps-là, pour 24 locomotives), des fosses, des machines, mais aussi chauffeur entre Pertuis et Veynes et retour le lendemain. Et encore du lavage et du nettoyage, ce devait être extrêmement salissant, et très répétitif (comme le ménage à la maison ou les lessives, qui en plus ne sont pas rémunérées mais passons…)

avril-mai 1915Et ça continue : nettoyage, combustible, fosses, machines, entretoises… Avec un jour de repos tous les dix jours, et des journées dont on préfère ne pas imaginer la durée… Mais c’est tellement moins pire que les tranchées !

 

La guerre de mon arrière-grand-père : mars 1915

Depuis mon précédent article, j’ai trouvé de nouvelles informations sur mon arrière-grand-père. Son frère aîné, dispensé de service militaire en tant que fils aîné d’une veuve, a commencé comme poseur de rails vers 1901. Mon arrière-grand-père, en revenant de son service militaire (trois ans en Algérie, comme zouave) fin 1905, a résidé dans des communes possédant une gare (mais peut-être tout simplement résidait-il près de sa mère et son frère ?), avant de commencer à coup sûr comme poseur de rails à son tour en 1908 à Pertuis, puis d’entrer pour de bon à la Compagnie du PLM en octobre 1909. Apparemment, les poseurs de rail étaient des journaliers.

Les deux frères ont effectué une période militaire aux chemins de fer de campagne en octobre 1910. Lors de la mobilisation, tous les deux ont été maintenus à leur emploi de temps de paix comme nombre de cheminots.

Lors de la mobilisation, « le chemin de fer est placé sous le contrôle du Ministère de la Guerre. Les ouvrages d’art sont mis sous surveillance et les convois déchargés pour être mis à disposition des forces armées. La mobilisation impose au P.L.M. la mise en route de 3 262 trains en 4 jours ! Le point culminant est atteint entre les 6 et 19 août avec 3 304 trains dont 239 pour la seule Division Alpine et celle d’Algérie. Certaines de ces circulations, en provenance de Marseille, ont très certainement transité par les lignes vauclusiennes. » Les grandes gares deviennent de véritables ruches où mobilisés, voyageurs et militaires se côtoient fiévreusement.

« Les voies vauclusiennes sont mises à contribution tout au long de la guerre. Elles le sont dès 1915, pour le retour de blessés puis pour transporter les productions de la poudrerie de Sorgues. Enfin le train achemine les troupes dépêchées en Orient devant s’embarquer à Marseille et Toulon. Mais aussi, en 1917, le Chemin de fer achemine les troupes Franco-Britanniques destinées à venir en aide aux armées Italiennes en difficulté. Entre temps, le rail aura servi à reconduire les permissionnaires dans leurs foyers, les blessés et les démobilisés de 1916. En parallèle, les courants de trafic traditionnels diminuent fortement. La Compagnie du P.L.M. note, en 1915, que  » Le courant qui, à toute époque de l’année emplit les trains de notre grande artère Paris-Marseille n’a plus l’important aliment des affaires et de la mer. Les hivernants sont en petit nombre sur la côte d’Azur et il n’y a que très peu de voyageurs internationaux ». »

Sur le même site, il est expliqué : « Les principaux ateliers et dépôts sont alors pourvus d’une main d’oeuvre féminine, épaulée par des retraités, des réservistes, des réformés et même des cheminots Belges et Serbes. Après l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, plus de 200 cheminots américains viennent encore renforcer les effectifs. De plus, les congés sont supprimés, la journée de travail prolongée sans limites précises, des heures supplémentaires sont imposées. Dans certains ateliers des équipes de nuit (sans supplément de salaire) permettent de faire tourner l’activité en continu. »

Ce n’était pas le front, mais ce devait être harassant quand même. Voici le mois de mars 1915 de mon aïeul :

mars 1915Je ne sais pas si les termes « manutention de combustible » et « combustible tache » recouvrent la même activité ? On dirait que non.

Je ne sais pas non plus ce que recouvre la notion de « Service ».

Mais je note qu’il ne faisait plus du tout chauffeur comme en temps de paix, par exemple en janvier 1913 :

janvier 1913