À lire « Le privilège masculin »

Un peu long à lire, mais très bien, parce qu’écrit en se plaçant du point de vue des privilèges masculins et non pas des violences subies par les femmes.

https://blogs.mediapart.fr/segolene-roy/blog/041217/le-privilege-masculin-0?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

Communication et handicaps

Une après-midi, j’étais dans mon jardin. Comme je désherbais, j’avais mis mes lunettes « de près » car je finis par avoir mal aux yeux quand je pratique cette activité avec mes lunettes « de loin » (je suis myope depuis toujours, et presbyte avec l’âge). Entendant du bruit, j’ai levé le nez et vu passer un jeune couple, à qui j’ai dit bonjour en plissant les yeux pour tenter de distinguer de qui il s’agissait… et sans entendre s’ils m’avaient répondu, car le vent faisait beaucoup de bruit, et que j’entends moins bien quand je vois mal (ça fait marrer quand je dis ça, mais pourtant c’est vrai ; je croyais que je lisais en partie sur les lèvres des gens, mais il y a, paraît-il une explication neurologique que j’ai oubliée).

Quand ils sont passés dans l’autre sens, j’avais les lunettes adéquates, et je les ai vus discuter avec animation… en langue de signes ! Je suppose qu’ils ne m’avaient donc pas entendu leur dire bonjour ? Mais peut-être l’avaient-ils vu et m’avaient-ils répondu par signe, ce que je n’avais pas vu ?

Je me suis demandée comment peuvent dialoguer aveugles et sourds ? Les sourds ne peuvent entendre parler les aveugles, lesquels ne peuvent voir s’exprimer les sourds… On dit que la langue des signes est universelle, ce qui est presque vrai puisque, étant une langue à part entière, elle permet à tous ceux qui la pratiquent de communiquer, quel que soit leur pays d’origine. Mais ce n’est pas tout à fait vrai puisqu’elle exclut de fait les non-voyants et les mal-voyants.

Donc : comment des aveugles peuvent-ils communiquer avec des sourds ? °.°

À ce propos, je me suis souvent étonnée que la myopie ne soit pas considérée comme un handicap, sans doute parce qu’elle touche trop de monde ? Personnellement, sans lunettes je ne peux pas faire grand chose, tout est flou au-delà de 25 cm pour moi.

Un de mes souvenirs les plus épiques, c’est ce dimanche de ma vie universitaire vécu sans lunettes : en sortant de la douche, ne voyant pas où étaient mes lunettes, j’avais mis le pied dessus et cassé la monture… (dans les douches collectives de cité U de l’époque, pas d’étagère pour poser ses petites affaires)

Ma principale inquiétude était de croiser mes copains africains, presque seuls étudiants à rester en cité U les week-ends, de ne pas les reconnaître et de les vexer. C’est à cette occasion que j’ai découvert que de nombreux signes permettent de reconnaître une personne, même d’un peu loin, même avec une forte myopie : la silhouette, la démarche… Je n’ai donc vexé personne.

Le côté cocasse, ça a été le repas au restau U : ne pouvant distinguer le contenu des assiettes, j’en ai pris une contenant un étonnant rond rouge vermillon. De quoi s’agissait-il donc ? Je ne voulais pas coller le nez sur mon plateau, et je ne comprenais absolument pas quelle était cette chose mystérieuse ! Ce n’est qu’une fois assise à une table que j’ai pu examiner de suffisamment près l’objet : c’était un steak haché recouvert de sauce tomate ! (ils étaient ronds à l’époque)

Bref, les lunettes sont bel et bien des prothèses, au même titre qu’un fauteuil roulant ou une canne, sans lesquelles je ne peux mener une vie « normale », pourquoi donc ne sont-elles pas remboursées par la Sécu, et pourquoi la myopie, au-delà d’un certain degré, n’est-elle pas considérée comme un handicap ?

Pour la première partie de la question, j’ai fini par trouver un élément de réponse : la Sécu ne rembourse pas les lunettes, qui permettent d’y voir clair, mais elle rembourse les somnifères et autres anti-dépresseurs qui contribuent à voir la vie en rose… De là à penser qu’on veut nous empêcher de penser et d’être clairvoyants, il n’y a qu’un pas que j’ai allègrement franchi…