Maltraitance sociale : système scolaire pervers

J’avais vraiment envie de redire encore et encore tout le mal que je pense du système scolaire français.

Les programmes scolaires sont absurdes, abstraits et dénués de tout intérêt. Sincèrement, que vous reste-t-il de ce que vous avez appris entre six et dix-huit ans ? Sincèrement, quand vous ouvrez les cahiers ou les livres de vos enfants, vous comprenez quelque chose au baratin qui y est inscrit ?

Les horaires sont délirants. Nos adolescents, quand ils sont demi-pensionnaires, cas majoritaire dans un établissement de campagne, assurent neuf heures de présence au collège. Et ils ont en plus une demi-heure de trajet matin et soir dans un car bondé. Au lycée, c’est encore pire ! Mon fils part le matin à sept heures, il revient le soir à dix-neuf heures. Une journée d’adulte. Une journée que j’estime déjà inhumaine pour un adulte mais c’est un autre débat. Et il faudrait, en plus, qu’il étudie le soir en rentrant ?! Quel adulte en est capable ? Attendre d’adolescents qu’ils travaillent sérieusement chaque matière le soir après une journée bien pleine, c’est de l’inconscience ou de la perversité.

Mon fils est dans un lycée immense en surface. Vu de dehors, c’est chouette toute cette verdure, mais en pratique, c’est juste infernal car les salles de cours sont à des kilomètres les unes des autres, et ce n’est bien sûr pas pris en compte dans l’élaboration des emplois du temps. Ils n’ont généralement qu’une heure pour le déjeuner, sachant qu’il y a au moins dix minutes de marche entre la salle de classe du matin et le réfectoire, et autant entre le réfectoire et la salle de classe de l’après-midi, et la queue à faire. Certains jours, mon fils a eu à choisir entre déjeuner et arriver en retard, ou ne pas manger et arriver à l’heure en cours. Évidemment il va manger et je l’approuve, et il se fait exclure du cours pour « retard injustifié » !

Autre joyeuseté de l’emploi du temps : lundi huit heures de cours, mardi neuf heures de cours (oui, vous avez bien lu, 9 h de cours !) et mercredi une heure de cours… L’année d’avant, c’était le vendredi où il finissait à quinze heures alors que les autres jours étaient surchargés… Difficile de croire que les emplois du temps ne sont pas fait en tenant compte davantage des envies de enseignants que des besoins des élèves ! Comment motiver des gamins à avoir un comportement adulte, responsable et respectueux, quand les adultes se comportent comme ça ?!

Je veux dire et redire que personne ne prend en compte les besoins des adolescents : besoin de sommeil, besoin de temps libre. Ils sont en pleine croissance, avec de violentes modifications physiologiques et psychologiques, ils ont besoin, souvent, de plus de douze heures de sommeil. Quand il leur faut se lever à six ou sept heures du matin pour aller en cours, cela veut dire qu’il leur faudrait aller se coucher à six ou sept heures du soir ? Comment s’étonner, ensuite, qu’ils soient épuisés, découragés, et « ne travaillent pas assez« , « manquent de sérieux » et autres commentaires complètement dénués de sens des réalités des enseignants.

On pourrait aussi parler de l’absentéisme des enseignants… Si nous sommes tenus de justifier les absences de nos enfants, nous savons rarement pourquoi les enseignants sont absents. Et absents, ils le sont souvent. Stages, formations… ou autres, impossible de savoir ! Pourquoi deux poids deux mesures ? Et, au fait, qui est au service de qui ? L’Éducation nationale n’est-elle pas un service public ? N’est-ce pas elle qui est à notre service et pas l’inverse ? Et puis, surtout, comment reprocher aux élèves leurs (rares) absences quand ceux qui devraient être leurs modèles ne se privent pas, eux, de n’être pas là sans motif apparent ?

À cela, s’ajoutent les difficultés du monde moderne. Celles liées au transports dont j’ai déjà parlé. Est-il bien raisonnable d’infliger à nos enfants tous ces trajets quotidiens ? N’y aurait-il vraiment pas d’autres solutions ? Enseigne-t-on vraiment mieux dans un « gros bahut » que dans des petits ? Et puis, bien sûr, le désenchantement du monde actuel, peu porteur de sens et d’espoir… Quelle perspective avons-nous à offrir à nos enfants, quels rêves, quels espoirs ? Le chômage, l’intérim, les emplois sous-qualifiés, travailler plus pour gagner moins, des heures perdues sur les routes chaque jour, des emplois déhumanisés, ayant perdu tout sens et toute beauté…

Pour en revenir au système scolaire, il suffit de regarder ce que font les autres pays européens, qui s’en sortent au moins aussi bien que nous avec des systèmes scolaires bien différents ! Le système éducatif français est particuièrement pervers et abrutissant.

Et puis, n’y a-t-il donc pas une vie en dehors du système scolaire ? Les enfants enfermés à l’école, les parents à l’usine ou au bureau, les vieux dans des maisons de retraite… Nos rues sont désertes, on se cause sur internet, et tout le monde périt de désespoir larvé.

Si tout cela vous parle, lisez et relisez Alice Miller, écoutez sur France Culture, d’une part cette émission sur le conseil de classe, et d’autre part celle sur l’éducation et l’environnement à la Ferme des enfants de Sophie Rabhi.

(le 04/07/2010)

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