À lire « Le privilège masculin »

Un peu long à lire, mais très bien, parce qu’écrit en se plaçant du point de vue des privilèges masculins et non pas des violences subies par les femmes.

https://blogs.mediapart.fr/segolene-roy/blog/041217/le-privilege-masculin-0?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

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Démocratie ?

Encore du recyclage, un texte écrit en 2009 et qui n’a guère vieilli, lui non plus :

Je suis toujours étonnée que certain-e-s se posent la question de savoir si nous sommes encore en démocratie. L’avons-nous jamais été ? C’est quoi, la démocratie ?

On me dit que le simple fait que je puisse poser la question tout haut donne la réponse, avec exemples à l’appui (Birmanie ou autre). Alors, on peut m’enlever tous mes droits sauf celui de m’exprimer sans risquer la prison ou la mort, et cela suffit pour que je soies en démocratie ?

Donc, la France est une démocratie.

Une démocratie où la majorité des personnes majeures n’avaient pas le droit de vote jusqu’à la moitié du XXè siècle : en France, le droit de vote a été accordé aux femmes en 1944, longtemps après la Birmanie, la Russie, Cuba ou la Turquie…

Une démocratie où une catégorie d’adultes majeurs était légalement soumise au bon vouloir d’une autre catégorie : en France toujours, les femmes mariées ont été soumises au consentement de leur mari pour gérer leurs biens, ouvrir un compte en banque ou exercer une profession jusqu’en 1965 ! L’autorité parentale n’est enfin substituée à la puissance paternelle qu’en 1970 (je me souviens ma mère m’expliquant cette importante réforme).

Une démocratie où l’égalité des époux dans les régimes matrimoniaux et l’administration des biens de la famille date de 1985 seulement.

Une démocratie où l’existence du viol entre époux sans autre blessure ou violences n’a été enfin reconnue qu’en 1992… (Au fait, on parle des droits des femmes mais pas des droits des hommes : auraient-ils donc implicitement tous les droits ?)

La France est une démocratie, donc, qui rafle les enfants dans les écoles et leurs parents dans les administrations en 2008.

Une démocratie qui entend supprimer les juges d’instruction en 2009 et recenser les SDF (soit dit en passant, un tiers de ceux-ci sont des salariés…)

Une démocratie qui trouve normal de payer des vacances de luxe à son président, avec les impôts des contribuables, pendant que les personnes âgées meurent de chaud l’été, les SDF de froid l’hiver, et les détenus de misère morale toute l’année*.

Une démocratie qui nous fait payer toujours autant de taxes et d’impôts mais nous offre de moins en moins de services publics en échange : les activités de la poste, des transports sont presque totalement privatisées. L’enseignement public, la santé publique et la recherche publique sont gravement menacées (tout comme le droit de grève, soit dit en passant). Où passe l’argent de nos impôts ?

Une démocratie où l’argent des contribuables sert à financer de coûteuses recherches sur le nucléaire. Pourtant, la majorité des contribuables en question est contre le développement de cette industrie dangereuse et polluante, dont il est largement démontré qu’elle est une impasse. Les mêmes crédits, affectés au développement du bioclimatisme et à l’isolation correcte des bâtiments existants permettraient de réduire très drastiquement nos « besoins énergétiques » (un logement au label Minergie® n’a quasiment pas besoin de chauffage) tout en créant de nombreux emplois valorisants.

Une démocratie où l’argent du contribuable sert à financer l’industrie (agro)pharmaceutique par le biais de son agriculture : la responsabilité de l’agriculture »conventionnelle » ou même « raisonnée » dans l’augmentation des cas de cancers et de malformation congénitales est largement démontrée, alors que les mêmes crédits, alloués à l’agriculture bio ou intégrée ou durable, permettraient de nous nourrir sainement et agréablement.

Une démocratie qui tente d’imposer les OGM à ses citoyens dont la majorité n’en veut pas, à juste titre : les OGM ne résoudront ni les problèmes agricoles ni les problèmes de faim dans le monde. À ce propos, on entend certains s’apitoyer sur les agriculteurs dont les champs sont « dévastés » par les vilains « faucheurs » ;  et si ces personnes s’apitoyaient plutôt sur les paysans bio dont les récoltes sont déclassées car contaminées par les OGM de leurs voisins ?

Une démocratie où les allocations logement ne sont que des subventions déguisées pour les propriétaires de logements locatifs, où la Sécurité Sociale est un moyen détourné de subventionner l’industrie pharmaceutique (tiens, encore elle !) ? Et où les financements publics sont largement détournés à tous les échelons des collectivités par des entreprises faisant payer le prix forts leurs prestations, avec la complicité des élus (allons-y, c’est le contribuable qui paye ! avez-vous déjà regardé de près combien coûtent les équipements et travaux divers financés par votre mairie ? c’est surprenant).

Une démocratie où les élus ne représentent qu’eux-mêmes depuis belle heurette. Le pire, c’est qu’ils sont (auto)proclamés « dirigeants » (avec la complicité de journalistes serviles qui semblent se gargariser de ce mot) alors qu’ils ne sont, selon moi (qui ne suis pas juriste) « que » nos représentants. Je trouve particulièrement insupportable s’entendre tel ministres ou tel président dire « j’ai décidé que« . Au nom de qui, de quoi, décident-ils pour nous, avec notre argent de contribuable, des choses avec lesquelles nous sommes majoritairement en désaccord ? Au nom de lois injustes, votées par et pour eux ? Et, tant que les abstentions et les votes blancs ne seront pas pris en compte, fastoche !

Jusqu’où devra aller notre « démocratie » pour que les bien-pensants se réveillent enfin ?

(11/01/2009)

* en fait, je sais maintenant qu’il meurt plus de SDF en été qu’en hiver, mais de ceux-là on ne parle même pas 😦

Résistances

Un soir d’octobre 2009, j’ai regardé « Monsieur Batignole« , un film de et avec Gérard Jugnot. Sous la France occupée de 1942, Edmond Batignole, un boucher parisien sans histoire, tente de survivre comme tant d’autres. Il se laisse entraîner par son entourage et sa lâcheté sur les pentes de l’infamie… jusqu’au jour où un petit garçon juif vient frapper à sa porte et l’oblige à s’engager, faisant de lui un « héros ordinaire ».

Ce film m’avait bouleversée, d’autant plus que je venais de lire « Un sac de billes » de Joseph Joffo : l’histoire – vécue par l’auteur et son frère – de deux enfants fuyant seuls à travers la France pour échapper à la déportation. Et m’avait inspiré les lignes qui suivent.

Ces récits éveillent en moi de multiples interrogations. Comment aurais-je agi si j’avais vécu cette sombre période ? Comment puis-je agir maintenant, alors que des personnes sont renvoyées brutalement dans « leur pays d’origine », qu’elles ne connaissent souvent pas, et qu’elles-mêmes ou leurs parents ont fui parce que leur vie y était en danger ? Que faire face à la violence et à la perversité de notre « civilisation occidentale moderne » ? Plus philosophique : la faiblesse peut-elle expliquer qu’un homme ou une femme devienne un « héros malgré lui-elle » ? Qu’est-ce que la faiblesse ? Quelles limites entre lâcheté, faiblesse, compassion ?

Quelques jours auparavant, j’ai pris un auto-stoppeur. Il m’a un peu forcé la main, se jetant littéralement devant la voiture en agitant les bras. Ça faisait au moins une heure qu’il était là, je l’avais vu en passant dans l’autre sens et, vu son aspect, il avait de bonne chances d’y rester encore longtemps. Il braillait en postillonnant, très excité, et je me serais sentie vraiment mal à l’aise si je n’avais pas eu mon grand fils à côté de moi. Lequel était dégoûté et furieux. Cet auto-stoppeur, Omar, visiblement SDF et éméché, a réussi à me convaincre de l’amener à Castelnaudary, ce qui représentait un détour d’une bonne trentaine de kilomètres. Il m’a abondamment remerciée, a affirmé que Dieu me le rendrait et qu’il prierait pour moi et mes enfants, avant de me demander de l’argent, cinquante euros, pas moins ! Je ne lui en ai donné « que » dix, il était déçu… Mon fils et moi avons fait le retour toutes vitres ouvertes, en parlant peu. Mais j’en ai parlé avec lui, ensuite : c’est une chose de verser une larme ou de s’indigner quand on entend parler d’un SDF mort de froid dans la rue, c’en est une autre de se colleter avec la réalité qui postillonne, pue la saleté et la vinasse et vous braille dans les oreilles. C’était une expérience intéressante. Dérangeante mais intéressante.

Il y a une vingtaine d’années, en revenant de Pau, j’avais pris un jeune qui faisait du stop au bord de la nationale, sous une pluie battante et glaciale, à la nuit tombante. Il me semblait que si je ne le prenais pas, personne ne l’aurait fait, vu le contexte. Il voulait aller à Toulouse où il aurait dormi à la gare ou je ne sais sous quel pont. Et moi, fatiguée par ma semaine et un long trajet (il n’y avait pas encore l’autoroute), je n’avais pas envie de faire ce grand détour. Mais je me sentais incapable de laisser un être humain, quel qu’il soit, au bord de la nationale un vendredi soir, dans le noir, sous une pluie torrentielle. Alors je l’ai ramené à la maison. Mon compagnon a été un peu étonné mais il n’a trop rien dit et, le lendemain il l’a ramené à Toulouse, en allant faire les courses hebdomadaires. Nous n’en avons jamais parlé, je ne sais pas pourquoi. Ensemble, quelques années auparavant, nous avions aidé un type passablement éméché à rentrer chez lui, il me semblait qu’il pouvait comprendre. Peut-être était-ce surtout trop bouleversant, trop dérangeant, pour que nous puissions mettre des mots sur ce petit événement ?

Bon, voilà… c’est drôle, l’écriture, il y avait ces deux choses dont j’avais envie de parler et au lieu de faire deux articles, elles se sont reliées toutes seules !

C’est aussi pour dire que je crois que nous devons être très vigilants. Certains minimisent quand on compare l’époque actuelle avec l’Occupation. Bien sûr, l’Histoire ne se répète jamais à l’identique, mais il lui arrive bien souvent de hoqueter. Joseph Joffo a dû fuir, enfant, à travers la France pour échapper aux nazis ; quelques décennies auparavant, son père comme sa mère ont dû, de la même façon, enfants et seuls, fuir à travers toute l’Europe pour échapper à l’enrôlement forcé dans les armées du tsar et aux pogromes. Ce qui se passe actuellement : la chasse aux sans-papiers, les dénonciations, les poursuites envers ceux qui les aident, les expulsions, les difficultés subies par les couples mixtes, tout cela ne doit pas nous laisser indifférents et inactifs.

Que faire ? S’informer, refuser de fermer les yeux, c’est le minimum de base. Refuser l’indifférence. Signer des pétitions, écrire aux politiques, c’est déjà un premier pas, plus efficace qu’on ne le pense parfois. Il existe de nombreux sites sur internet qui traitent de ces questions et proposent des pistes : Réseau Éducation sans Frontières, Amoureux au ban public, le blog de Libé et sans doute des tas d’autres que je ne connais pas.

P.S. suite à un commentaire : je ne souhaite pas donner des leçons, simplement témoigner. Je me rends compte que nombre de personnes se sentent impuissantes, parfois moi aussi, hélas et il me semble que témoigner que de « petits » gestes sont possibles peut contribuer à réduire ce sentiment d’impuissance qui nous plombe tous. D’ailleurs, y a-t-il de petits gestes ?

Et, en réponse à quelqu’un qui disait que « les gens qui agissent sont des héros, des gens bien » : je ne suis pas d’accord avec cela. Dire que ceux qui agissent sont des héros, c’est se donner un prétexte pour ne rien faire : « ceux-là sont des héros mais moi qui ne suis pas un héros, je ne peux rien faire »

Je crois que le plus important est justement de se convaincre que chacun-e de nous peut agir, à sa mesure, mais agir ; c’est justement le problème actuel, c’est que la plupart des gens se croient impuissants et tout est fait pour les maintenir dans cette conviction.

Agir, ce n’est pas de l’héroïsme, c’est un devoir de citoyen-ne.

Nous sommes tou-te-s responsables de ce qui se passe autour de nous ; je ne dis pas coupables, je dis que nous avons la responsabilité, en tant qu’adultes et citoyens, de faire que le monde peut aller de mal en pis ou de faire qu’il aille mieux.