Dyspraxie et haut potentiel (témoignage 1ère partie)

Il y a un an et demie, j’ai eu la confirmation de mon appartenance à ce drôle de sous-groupe dit parfois surdoué, ou encore haut potentiel intellectuel (je déteste l’appellation zèbre employées par certaines personnes ; éventuellement, guépard, mais certainement pas zèbre, cette bestiole vivant en troupeau et mastiquant placidement…) et appris avec un mélange de stupéfaction et de soulagement que je suis également dyspraxique. J’ai vécu cinquante ans en ignorant complètement ces deux particularités et surtout la dyspraxie (ma mère me disait parfois que j’étais plus intelligente que la moyenne, mais elle me disait aussi que j’étais plutôt adroite de mes mains…), un peu comme si on ne m’avait jamais dit que j’étais une femme, ou que j’étais myope. Eh ben… ça change la vie.

Bon, surdouée, dois-je expliquer ? Trop de monde méconnaît cette particularité, qui ne consiste pas seulement en des capacités intellectuelles au-dessus de la moyenne, mais aussi en une hypersensibilité (aussi bien pour les cinq ou six sens que… comment on dit ? sensibilité artistique, à la nature, aux émotions…), hyperémotivité, hyper-affectivité, hyper-susceptibilité… De nombreux ouvrages sont maintenant disponibles (ma préférence va à celui de Monique de Kermadec), et des sites internet (ma préférences va à Talent différent).

Cela faisait quelques années que je me doutais être surdouée, suite à des lectures de hasard sur internet, et quand mes doutes se sont mués en certitude, à force de lire sur le sujet, de hanter forums, blogs et tchat et après quelques détours, j’ai décidé de passer « le » test (la WAIS 4) ; je voulais être sûre, et je voulais aussi en savoir plus sur mon fonctionnement, espérant comprendre pourquoi malgré des dons indéniables, j’étais encore en galère professionnelle, amicale et sentimentale, malgré cinq psychothérapies de deux ans environ chacune en vingt ans.

Déjà, j’ai été très soulagée d’apprendre que mon hypersensibilité et tous les désagréments associés étaient normaux, du moment que je me plaçais dans le bon référentiel. Enfin, je n’étais plus seule ! Ni détraquée, ni malade. Nor-ma-leu ! Une surdouée presque normale et presque banale 🙂

Ensuite, cette dyspraxie. Je crois que je n’avais même jamais entendu parler de ce truc-là. Je ne sais pas encore bien le définir et là n’est pas tout à fait le sujet, je me contenterai de témoigner. En tout cas, (presque) tout s’est éclairé.

Je me souviens ma mère essayant de m’apprendre à nouer mes lacets. Devant mon incapacité à dépasser le noeud simple, elle m’a appris à former deux boucles que je noue en noeud simple, au lieu de ce geste auquel je ne comprends toujours rien. Je devais avoir sept ou huit ans.

Je n’ai su plier correctement les chemises et T-shirts que vers 35 ans. Je me souviens ma mère essayant de me l’apprendre quand j’étais enfant, puis adolescente, je me souviens avoir essayé en vain quand j’étais jeune adulte. Je ne comprenais rien à la succession de gestes à effectuer, impossible de les reproduire. Après vingt ans de vains essais, c’est la motivation de la rencontre amoureuse avec un homme qui devait porter une chemise bien repassée chaque jour qui a créé le déclic : je sais plier les chemises, même sur ma cuisse si je n’ai pas de place à plat pour le faire mais, quelles que soient les conditions, je ne le fais pas automatiquement. Et il m’a fallu deux décennies pour apprendre ce geste apparemment simple…

Les activités domestiques ont toujours été mon cauchemar. En fait, durant les seize années passées avec le père de mes enfants, c’est lui qui tenait la maison, je constatais avec désespoir qu’il faisait les choses avant même que j’aie eu le temps de voir ce qu’il y avait à faire, ce qui lui permettait de me traiter de « bonne à que dalle » alors que non, je ne voyais littéralement pas ce qu’il y avait à faire, sinon moyennant un gros effort, et même comme ça. Je ne comprenais pas d’où venait cette incapacité et, après l’avoir quitté, je me suis usée à tenter d’accomplir ces tâches dans la souffrance et l’inefficacité.

Maintenant je vis seule et, depuis que sais que je suis dyspraxique, je m’observe et c’est… déroutant. Parfois amusant si je suis bien lunée. Quand je débarrasse la table, ce n’est pas automatique du tout. Je ne vois pas toutes les choses à débarrasser (il est vrai qu’il reste toujours un peu de bazar permanent sur ma table, mais quand même). Je débarrasse ce que je sais devoir enlever, ce à quoi je pense et si j’oublie quelque chose, je ne le vois pas, je ne le vois littéralement pas, parfois même si je regarde attentivement. Les assiettes et couverts, pas de souci, je le fais depuis l’enfance, et c’est un élément stable : il y a à chaque repas assiettes et couverts, sous mon nez et les mêmes au fil des mois, des années. Mais la ou les casserole(s), poêle(s), bouteille d’huile… J’ai beau le savoir, faire attention, regarder, depuis plus d’un an que je sais et m’observe, il m’arrive encore quasiment chaque jour d’oublier une casserole, la poêle ou la bouteille d’huile. Souvent, je m’en aperçois une fois la vaisselle faite. Mais souvent aussi, ce n’est que quand je repasse par là plusieurs heures après, que je vois la bouteille d’huile trônant sur la table ou la poêle me narguant sur la gazinière… Ça n’a l’air de rien, mais au quotidien, c’est usant. Cela veut dire que chaque activité domestique doit être réfléchie, pensée activement, que je dois faire un effort mental pour me rappeler les choses à faire, faute de les voir ou d’être capable de les automatiser. Et franchement, mettre autant d’énergie à quelque chose d’aussi peu intéressant, aussi répétitif, aussi peu créatif et épanouissant, ce n’est pas marrant du tout. Surtout que même si je suis multitâche pour pas mal de choses, il m’apparaît clairement que je ne peux avoir ce genre d’activité et penser à autre chose en même temps. Ennui profond garanti. Épuisement. Désespoir ces dernières années où, privée d’activité professionnelle, la seule chose à laquelle j’étais astreinte était cette somme de fichues activités domestiques qui usaient mes dernières forces.

La vaisselle ! Pendant longtemps, j’agissais en fait comme si je prenais l’expression au pied de la lettre. Quand je décidais de faire la vaisselle, je plongeais les mains dans l’évier, munie de mon éponge et, une fois la première assiette propre et mousseuse en main… je me rendais compte que l’égouttoir était plein de vaisselle sèche. Pas de place pour ma vaisselle propre. Où poser mon assiette ? La remettre avec les sales ? Et me voilà figée, comme une poule devant un couteau… J’en ris, maintenant, mais pendant ces décennies j’étais enfermée dans ce fonctionnement faute d’avoir les clefs pour en sortir. Parce que ce qui est fabuleux, dans cette histoire-là, c’est que la dyspraxie rend totalement idiot et qu’on peut refaire indéfiniment la même erreur, aussi manifeste soit-elle. Parce que, bizarrerie du cerveau, cette erreur manifeste, la personne dyspraxique ne la voit tout simplement pas. Et l’oublie aussitôt. C’est incroyable, affolant, mais c’est comme ça.

Encore maintenant, alors que ça fait un an et demie que je travaille à améliorer mon efficacité pour moins m’user, je continue à attraper une assiette sale dans l’évier avant de regarder si je vais pouvoir la mettre quelque part quand elle sera propre. La seule amélioration est que maintenant, je m’arrête aussitôt en me rappelant : ah oui ! d’abord ranger la vaisselle propre. Vous me direz : pourquoi n’essuies-tu pas et ne ranges-tu pas la vaisselle aussitôt après l’avoir lavée ? Ben parce que laver la vaisselle me demande une telle concentration que j’évite tout ce qui peut être évité, je suis assez fatiguée comme ça : la vaisselle ne peut pas se laver toute seule mais elle peut sécher toute seule, et être rangée plus tard. Souvent, je la range le matin, au lever, quand je suis encore pleine d’allant et qu’elle a eu la nuit pour sécher seule, ou à peu près.

Parce que le truc, en fait, n’est pas d’apprendre à faire comme tout le monde, mais d’apprendre à faire au mieux avec mes capacités. Et tant pis si la vaisselle passe la journée sur l’égouttoir, après tout, est-ce si grave ? De même, quand je reviens des courses il me faut quelquefois plusieurs heures pour ranger mes achats, et pourtant ils sont modestes, je vis généralement seule et ne fréquente plus les supermarchés. Eh bien basta, c’est comme ça. Et peut-être que de me donner le droit de ne plus me sentir obligée de ranger mes achats tout de suite, en m’allégeant d’une culpabilité, va m’alléger les choses et m’aider à le faire de suite, paradoxalement ? Essai en cours.

La clef est simple en théorie : apprendre à apprendre, ce qui est en réalité très difficile pour une personne surdouée qui généralement sait (faire) sans apprentissage ou presque. Apprendre à décomposer les tâches en sous-tâches, voire en sous-sous-tâches. Apprendre à vérifier, avant de plonger les mains dans l’évier, si je vais savoir où poser mes assiettes mouillées. Commencer par ranger la vaisselle sèche. Car, oui, je le redis, je n’essuie pas la vaisselle, j’attends qu’elle sèche. Parce qu’essuyer la vaisselle sans la faire tomber me demande un réel effort, dont je n’avais pas conscience, persuadée que j’étais adroite de mes mains comme me le disait ma mère. Et en effet, je n’ai jamais rien cassé. Mais à quel prix… Un effort et une crispation permanents (« vigilance constante ! » dirait Moody Mad Eye dans le monde magique de Harry Potter). Alors oui, forcément, stratégie inconsciente d’évitement à tout prix. Simple question de survie.

Un truc tout bête, dont je ne me suis rendue compte que très récemment, en discutant avec la psychomotricienne : quand je me mets à table, je ne pense jamais à tout le nécessaire. Je pense à l’assiette et aux couverts (quand mon fils est là, c’est lui qui les mets). Mais j’oublie systématiquement tout le reste. La bouteille d’huile dont je me sers pourtant à chaque repas. Ma serviette. Et diverses autres choses que je n’ai pas en tête au moment où j’écris ces lignes. En fait, ce n’est qu’une fois assise, quand j’en ai besoin, que je me rends compte de ce qui manque. À chaque repas. Chaque jour. Donc je me relève, deux, trois fois minimum. Et ça dure depuis des décennies, et ça durera jusqu’à la fin de mes jours, si je ne m’oblige pas à lister le nécessaire avant de m’asseoir… Nouveau travail en cours…

Étendre le linge demande moins d’efforts (pas de risques de casse !), c’est juste très ennuyeux, et très désespérant de voir revenir toujours les mêmes chaussettes, les mêmes T-shirts… puisque je ne peux pas penser à autre chose en même temps. Alors je tâche de rendre la chose plus créative, plus complexe : j’essaie d’assortir les chaussettes, ce qui n’est pas évident quand elles se ressemblent toutes à de menus détails près (et c’est toujours ça de gagné pour le rangement du linge sec). Je suspends mes T-shirts aux couleurs variées en assortissant les couleurs, en arc-en-ciel… Je suspends les torchons avec le pli bien au milieu, pour l’esthétique et pour pouvoir les plier plus facilement, sans les repasser (le repassage est passé à la trappe depuis dix ans, et ne reviendra plus, je le pense, trop d’efforts).

Donc bon, quand quelqu’un me suggère qu’il n’y a pas de honte à faire des ménages pour gagner sa croûte, ben non, désolée, si je refuse ce n’est pas par orgueil, c’est parce que ça me demande d’énormes efforts, pour un piètre résultat. Jeune étudiante, je me suis essayée aux jobs d’été, en usine car je n’avais trouvé que ça dans la grande ville où je vivais alors. J’ai travaillé deux fois une semaine, à la chaîne, je suis tombée malade au bout de quelques jours les deux fois (la grippe en plein été ! la vraie, avec 39° de fièvre…) J’en ai culpabilisé pendant des années, maintenant ouf ! je sais enfin, je suis dyspraxique et non pas une flemmarde, une snob, une paresseuse… Quel soulagement ! J’en pleurerais.

L’année dernière, j’ai eu la possibilité de travailler quelques heures chez un éleveur, j’ai dû arrêter au bout d’un mois. Je me crispe tellement sur les outils que j’ai chopé une tendinite à une épaule et une autre au poignet opposé. C’est un autre des problèmes de la dyspraxie : je ne peux pas doser le geste, c’est tout ou rien : si je ne me crispe pas, en ayant conscience que je tiens l’objet, je le lâche. Et puis j’oubliais trop souvent de changer de chaussures en entrant dans la fromagerie, et puis une fois rentrée chez moi je stressais pendant des heures en me demandant ce que j’avais oublié d’important, et puis ensuite il y a eu des changements mineurs dans la procédure que j’avais si laborieusement commencé à intégrer et bref, c’était épuisant pour seulement quelques heures et une poignée d’euros. Mais très instructif pour voir comment je dysfonctionne, et comment ça impacte ma vie quotidienne et mes possibilités professionnelles. Tous comptes faits, mes parents ont peut-être bien fait de m’empêcher de devenir pépiniériste comme je le souhaitais, adolescente, et de me pousser vers un métier plus intellectuel ? Même si maintenant je suis trop diplômée et n’ai jamais pu trouver de métier… 😦

(à suivre…)

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Maltraitance ordinaire : réussir à l’école ou réussir sa vie ?

Je n’arrive plus trop à écrire, mais j’ai quelques textes sous le coude 🙂

Ainsi, le 21 juin 2010 :

« En ce moment, on parle beaucoup du bac. Récemment, j’entendais à la radio une série d’émissions traitant des sujets de philo du bac et les intervenants ont souligné qu’il était difficile d’espérer une note supérieure à la moyenne en philo le jour du bac. J’en ai été très surprise car j’ai eu un 14,5 en philo au bac. Jusqu’à présent, j’étais surtout fière d’avoir obtenu un bac D essentiellement grâce à la philo et aux sciences naturelles (14,5 aussi en sciences nat) car j’ai eu des notes plus proches du zéro que du dix en maths et physique-chimie. Comme quoi je ne suis décidément pas une scientifique, du moins pas au sens où on l’entend actuellement. Surtout, je trouve que ces deux 14,5 me définissent bien : philo et sciences naturelles (et les quelques points grapillés en français l’année d’avant), la réflexion, l’écriture et la nature, c’est bien tout moi, ça !

Donc, surprise que les notes de philo au bac semblent si basses, me demandant si les jeunes de maintenant sont moins bons que ceux des années 70, je suis allée vérifier sur internet. À ma grande surprise, la moyenne en philo au bac se situe bien entre 8 et 9, et ce depuis des décennies !

Je suis tombée des nues. Ainsi, mon 14,5 en philo au bac est une excellente note, et je ne le savais même pas ?! Je ne parviens même pas à me rappeler comment ont été accueillis mes résultats à la maison, mais je devine.

Déjà, je me souviens que c’est mon copain qui m’a annoncé l’obtention du diplôme : lui et ses parents ont cherché l’info dans le journal régional dès qu’ils l’ont reçu et il m’a téléphoné tout de suite. Je ne crois pas avoir été félicitée par quiconque autre qu’eux : chez moi, il était évident que je devais avoir le bac, où était l’exploit ? Surtout que j’aurais dû avoir un bac C si j’avais été moins nulle (surtout moins têtue en vrai, je ne voulais pas du bac C !) et franchement, mes notes en maths et physique-chimie étaient minables, alors avoir le bac D avec les sciences nat et la philo, c’était sans intérêt.

Ma prof de philo, une vieille pie qui m’avait mis des 3 toute l’année, pour le plan, l’orthographe et le style, parce que je m’obstinais à mettre mes idées et pas les siennes dans mes copies, a eu l’air très dépitée de ma note au bac 🙂

Bref, j’ai eu une excellente note de philo au bac, et il m’a fallu attendre d’avoir 48 ans pour en prendre conscience !

Bon, bien sûr, des notes, qu’est-ce que c’est ?

Ben c’était la seule chose en moi qui semblait intéresser mon père. Et elles n’étaient jamais assez bonnes. Mais je crois que c’était exprès, d’une certaine façon. Par exemple, en primaire, je ne fichais vraiment rien, et j’étais deuxième (on était classées, à cette époque-là). J’étais très exactement deuxième ex-aequo avec ma meilleure amie, ce qui faisait d’autant plus bisquer mon père. La première de la classe, Monique, me semblait indépassable, mais elle travaillait avec acharnement. Moi, sincèrement, je ne fichais rien, et pour quoi faire ? Si j’avais travaillé pour être première, ça aurait semblé normal que je sois première de la classe et mon père n’aurait rien dit. Là, au moins, il disait quelque chose. Un psy américain disait, pour imager ce type de comportement, que les enfants préfèrent avoir des frites molles que pas de frites du tout. Les enfants préfèrent les reproches à l’indifférence. C’est terrible mais c’est comme ça. L’indifférence tue aussi sûrement que la brutalité ou les reproches. C’est bien pour ça que certains enfants semblent « chercher la baffe ».

Ce qui est terrible aussi, c’est que visiblement rien n’a changé, une génération plus tard. Ce week-end, j’entendais à la radio un documentaire sur les ado, au cours duquel on les laissait s’exprimer librement. Et cette hantise de la note et de la réussite scolaire semble toujours aussi présente chez les parents, et du coup chez leurs enfants, alors qu’elle est plus illusoire que jamais !

Au moins, j’ai tâché de ne pas pourrir la vie de mes fils avec ça, tout en essayant de n’être pas indifférente. Mais je ne sais pas si j’ai réussi, surtout que, de son côté, leur père continue de ne pas les féliciter pour les bonnes notes, s’attachant au contraire à reprocher celles qu’il juge trop basses. Mais bon sang ! C’est un puits sans fond ! Je veux dire que, si on considère que 14 c’est bien mais 16 ce serait mieux, la fois suivante on trouvera que 16 c’est bien, mais 18 serait mieux ! Et ainsi de suite… Comment motiver des gamins, avec un tel fonctionnement ?! Parce que ce genre de parents ne félicitera jamais son enfant s’il a 20. Parce que 20 c’est normal…

Sans compter que, franchement, quelle importance ?! Quand on regarde le contenu des programmes, c’est affligeant, affligeant… Que de baratin, de langue de bois, de choses inutiles dont il reste quoi et qui servent à quoi ? Alors qu’il y a tant à apprendre, de choses passionnantes, utiles, ou simplement belles.

Et puis ça évalue quoi, tout ça ? Chacun de mes gamins, plutôt moyens en classe (sans vraiment faire d’efforts), a été capable, à quatorze ans, de choisir seul sur internet les pièces nécessaires pour monter l’ordinateur dont il rêvait, de passer la commande des pièces et de monter l’ordi tout seul. Quel adulte en est capable ? Mon plus jeune fils, qui a quinze ans, plutôt que de bûcher des cours sans intérêt, passe des heures à programmer un site internet, écrivant lui-même HTML et CSS, avec la seule aide de tutoriels trouvés sur internet par ses soins… Qu’est-ce qui lui sera le plus utile dans la vie ?

Mais bon, je m’égare et le rôle de l’école et des matières qui y sont enseignées est l’objet d’un débat sans fin.

Je voulais juste raconter aujourd’hui la souffrance que j’ai ignorée pendant trente ans, due au total désintérêt de ma famille au sujet de mon bac, de ma réussite. Les parents de mon copain ont été plus contents pour moi que mes propres parents !

Et à quel point ce désintérêt a pesé lourd sur ma vie. Il m’a fallu toutes ces années pour commencer à entrevoir que je ne suis pas une scientifique ratée, nulle, mais quelqu’une d’autre que ce qu’on a tenté de faire de moi, tout simplement ! Et que cette quelqu’une, philosophe naturaliste, ou naturaliste philosophe, s’il faut mettre des étiquettes, n’est ni ratée ni nulle ! Avoir 14,5 en philo, ça dénote quand même quelque aptitude à la réflexion, et la réflexion, n’est-ce pas ce qui nous distingue de l’animal ?

Si j’ai raté des choses, c’est surtout par cette maltraitance ordinaire qui m’a été infligée, entre autres choses par cet acharnement à me dénier le droit d’être qui je suis. Et cela est vrai pour l’immense majorité d’entre nous, et ça ne semble pas parti pour changer, dans ce monde de brutes.

Alleye, aujourd’hui c’est l’été, je crois que je vais allumer le poêle à bois, je suis gelée… Bonne journée ! »

Bon, tout ça a été écrit longtemps avant de me savoir hp, mais finalement ça ne change rien. Je pourrais juste ajouter que si les enseignants étaient formés au hp, et donnaient aux élèves qui en sont dotés la nourriture intellectuelle dont ils ont besoin, ça irait déjà moins mal. Mais on en est loin, hélas !

P.S. Je n’ai pas précisé que j’ai réussi scolairement : excellente élève en primaire, très bonne élève au collège, bonne élève au lycée… J’ai un doctorat, bac + 8 donc, et je suis au chômage au moins la moitié du temps depuis une vingtaine d’années. Pour espérer toucher une retraite, il me faudrait travailler à temps plein jusqu’à 70 ans, autant dire que c’est pas gagné… Voilà… Mon rêve de gamine était pépiniériste, et si « on » ne m’avait pas poussée vers de longues études, à cause de mon intelligence, peut-être que je n’en serais pas là aujourd’hui ?

Alors oui, non seulement je n’ai pas embêté mes gamins avec l’école, j’ai fait la sourde oreille aux destructeurs « peut mieux faire » de ces imbéciles d’enseignants, mais j’ai fait mon possible pour les aider à trouver leur voie, et pas suivre les envies des conseilleurs qui ne sont pas là pour payer les pots cassés.