Une Organisation Mondiale pour l’Environnement ?

À l’instant, j’entends qu’on évoque la possibilité de ressortir des cartons le projet qu’avait envisagé Jacques Chirac, alors président français, d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. J’en profite pour ressortir de mes propres cartons cette lettre ouverte, je crains qu’elle n’ait pas pris une ride… La catastrophe écologique a de beaux jours devant elle. 😦

En France, octobre 2006

 Monsieur le Président,

Le 1er septembre 2006, vous avez déclaré[1] devant l’Assemblée générale de l’Organisation des  Nations Unies : « Sachons dépasser les égoïsmes, les dogmatismes, donner sa chance à l’idée généreuse d’un monde rassemblé pour le progrès de l’humanité.

Enfin chacun sait qu’une activité humaine non maîtrisée est en train de provoquer une sorte de lent suicide collectif. Seul le rassemblement des nations autour d’engagements consentis en commun permettra de prévenir un véritable désastre. Créons l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, conscience écologique du monde, et ayant les moyens d’assumer cette responsabilité, lieu privilégié de notre action commune pour les générations futures. La France accueillera l’année prochaine, dans une conférence internationale, toutes celles et tous ceux qui veulent faire progresser ce projet capital pour l’avenir de la planète. »

Monsieur le Président, il existe déjà de par le monde des millions de personnes, particuliers, scientifiques et militants associatifs, qui oeuvrent chaque jour ensemble en dépassant les égoïsmes, parfois au péril de leur vie, pour un vrai progrès de l’humanité. Mais ces personnes-là voient chaque jour leurs efforts réduits à néant par l’égoïsme des entreprises industrielles et le dogmatisme de « responsables » et de politiques de tous bords.

Dans le monde entier, les peuples expriment leur rejet des OGM, qui ne leur apportent aucun progrès réel et dont ils subiront les conséquences néfastes. Pourtant, en France, le dogmatisme et l’égoïsme des semenciers qui détiennent les brevets de ces OGM sont soutenus par l’État, par des subventions massives, par des lois perverses, et même par le recours aux forces armées, financées par les deniers des contribuables.

L’agriculture biologique et les diverses formes d’agriculture durable sont menacées dans leur existence même par les OGM. Elles sont menacées aussi par les lois sur le commerce des semences qui dénient au paysan la liberté fondamentale de choisir sa semence et de semer le grain récolté, geste dans lequel on ne voit pourtant ni dogmatisme ni égoïsme.

Cette agriculture écologique, qui nous permettra peut-être d’échapper au désastre dont vous parlez, est depuis peu soumise à la scandaleuse Loi d’Orientation Agricole de février 2006 qui, en violation flagrante de l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme, interdit de recommander l’emploi de produits sains et naturels comme les extraits végétaux dans la lutte contre les maladies et ravageurs agricoles. Enfin, les fermes où se pratique cette agriculture, et les structures associatives où elle s’élabore, sont privées du soutien et de la reconnaissance dont elles ont besoin pour développer ces vraies alternatives à une agriculture industrielle dont la nocivité pour la santé et l’environnement est prouvée.

La France s’est engagée à diminuer la quantité d’intrants consommés par son agriculture, qui est une des plus polluantes de la planète, mais l’égoïsme des industries des agrofournitures et le dogmatisme des techniciens et des bureaucrates l’en empêchent, avec la complicité des politiques, et on se demande en quoi la création d’une ONUE va changer les choses.

Monsieur le Président, en France comme partout dans le monde, les peuples expriment leur refus du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, et pourtant, en France, pays dont vous êtes le Président, 58 réacteurs nucléaires, sensibles à de simples événements climatiques, sécheresse,  gel ou  inondations, exposés aux éventuels attentats terroristes et à la merci de la première action militaire, voient leur durée de vie prolongée arbitrairement par l’égoïsme et le dogmatisme d’EDF, faisant courir aux Français – mais aussi à leurs voisins européens – de graves périls. Et l’égoïsme et le dogmatisme des tenants du nucléaire, minoritaires dans un pays qui se veut démocratique, pousse notre gouvernement, votre gouvernement, à imposer la construction de l’EPR dont la majorité des Français ne veut pas. La création d’une ONUE va-t-elle enfin obliger les politiques français à respecter la volonté du peuple français ?

Monsieur le Président, nous étouffons sous les déchets. Des particuliers, des scientifiques et des associations ont montré les atteintes que les incinérateurs causent à la santé et à l’environnement, ils insistent sur la nécessité qu’il y a à réduire la production de déchets à la source, par exemple en limitant drastiquement les suremballages inutiles, en remettant au goût du jour la consigne comme le font d’autres pays européens, en pratiquant le tri et le compostage systématique de toutes les matières organiques, au plus près de leur source. Des solutions simples et efficaces existent mais les égoïsmes et dogmatismes des industriels qui fabriquent les « produits » et de ceux – les mêmes – qui traitent les déchets empêchent qu’elles soient appliquées en France alors qu’elles le sont chez nos voisins. La création d’une ONUE va-t-elle obliger la France à faire preuve d’un peu de bon sens ?

Monsieur le Président, une part du changement climatique est liée aux modes de chauffage et de climatisation utilisés pour rendre supportables nos logements et locaux professionnels, bâtis ou rénovés sans souci de leur environnement climatique. Des solutions simples de conception et de rénovation bioclimatiques existent, qui permettent de rendre un bâtiment à la fois économe, confortable et sain. Elles ne peuvent actuellement être mises en oeuvre que par des personnes particulièrement motivées car l’égoïsme des industriels des matériaux de construction et le dogmatisme des énergéticiens et concepteurs en bâtiment leur barrent la route, particulièrement en France. Est-il besoin de créer une structure internationale pour rendre aux peuples le droit de construire avec des matériaux locaux, naturels et sains, avec des savoirfaire ancestraux modernisés, qui ont fait la preuve de leur efficacité ? Ne suffit-il pas de donner les moyens aux architectes, artisans, associations et particuliers de concevoir, rénover et construire des bâtiments selon ces principes connus, éprouvés, modernisés ? La création d’une ONUE est-elle nécessaire pour que se développent enfin des solutions constructives expérimentées avec succès partout sur la Terre et vers lesquelles se tournent nos voisins européens ?

Monsieur le Président, les transports sont actuellement un des plus grands pourvoyeurs de gaz à effet de serre. La France possédait un magnifique réseau ferroviaire qui a été démantelé, sans aucune concertation avec ses usagers, au profit d’un développement anarchique et indéfini du « tout routier », en particulier des autoroutes. Une part des transports concerne des objets dont la production pourrait parfaitement être relocalisée, si l’égoïsme des industriels et le dogmatisme des économistes ne les poussaient pas à produire toujours plus loin pour toujours moins cher, au grand dam des travailleurs de nos pays et de ceux qui sont exploités ailleurs. Une autre part des transports concerne les déplacements personnels qui pourraient parfaitement s’effectuer en commun si des structures efficaces étaient vraiment développées. Là aussi, des particuliers et des associations proposent des solutions, ils sont pourtant rarement écoutés, le seront-ils davantage au sein d’une ONUE ?

Monsieur le Président, la conscience écologique est là. Ce sont les politiques – représentants du peuple insidieusement autoproclamés décideurs – qui, par leur égoïsme et leur dogmatisme, empêchent que de vraies mesures réellement efficaces soient mises en oeuvre pour empêcher ce lent suicide – ou faudrait-il dire meurtre ? – collectif. La France a, comme d’autres pays, pris des engagements dans le cadre du protocole de Kyoto, elle ne les respecte même pas.

Commençons par là plutôt que de créer une énième structure internationale. Il n’est plus temps de discourir, il est temps d’agir. La maison brûle et vous regardez ailleurs !

Au fait, monsieur le Président, pourquoi créer une ONUE puisqu’elle existe déjà et se nomme PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) ?

Recevez, monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments les plus citoyens.

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Arrêter le nucléaire maintenant, est-ce possible ?

Cet hiver 2012 comme chaque hiver en période de grand froid, la prétendue « indépendance énergétique » de la France est mise en défaut puisque notre pays est obligé d’importer massivement du courant d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Les risques de coupure qu’on nous annonce à chaque fois ne sont donc que la conséquence de choix énergétiques irrationnels, qui font la part belle au nucléaire et au chauffage électrique, lequel est censé écouler le surplus d’électricité produite.
La première idée reçue à laquelle tordre le coup est la supposée « indépendance énergétique de la France ». En effet, le nucléaire n’assure aucunement notre indépendance énergétique puisque notre uranium est importé à 100 %, essentiellement du Niger – où il est d’ailleurs extrait dans des conditions scandaleuses pour les travailleurs et les populations locales. À moins que le Niger soit une colonie française ?

De plus, le nucléaire est une énergie non renouvelable, l’uranium étant un métal, élément naturel dont les gisements ne seront pas éternels. Pour combien de temps en avons-nous ? Les avis sont partagés, mais un jour ou l’autre, il faudra fonctionner autrement, alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?

La deuxième idée reçue concerne l’emploi. Le nucléaire ne crée que peu d’emplois, souvent précaires et malsains : EDF fait de plus en plus appel à des intérimaires qui se surnomment eux-mêmes « viande à rems », ce qui en dit long sur leurs conditions de travail. Tandis que le recours aux renouvelables, à la mise en oeuvre de l’efficacité énergétique et des économies d’énergies (isolation correcte de tous les bâtiments, maisons passives, appareils électroménagers de qualité…) seraient bien plus pourvoyeuses d’emploi que ne le sera jamais le nucléaire. Des emplois valorisants et sains, répartis sur l’ensemble du territoire.

La troisième idée reçue concerne la soi-disant « propreté du nucléaire« . Le nucléaire est particulièrement polluant. D’une part, il manque de souplesse et il faut recourir aux énergies fossiles en période de pointe (centrales à gaz ou importation). Or ces centrales à charbon, sous-utilisées, sont très polluantes. D’autre part, l’énergie nucléaire ne résout aucunement les problèmes liés à l’effet de serre puisqu’elle ne représente que 5 à 6 % de la consommation mondiale d’énergie (et 17 % de l’électricité). Or les gaz à effet de serre sont produits en majorité par les usages non électriques de l’énergie : transports, industrie, bâtiment, agriculture.

Et justement, le nucléaire génère des pollutions liées aux transports des matériaux de construction puis de combustibles et de déchets, ainsi que des pollutions liées aux chantiers pharaoniques de la construction de nouvelles centrales : la fabrication des milliers de tonnes de béton nécessaires pour la construction d’une centrale produit beaucoup de CO2. Et si les centrales sont un jour mises à la retraite (quand ?), que faire de tout ce béton contaminé ?
De surcroît, nucléariser ne serait-ce que 80 % de la production mondiale d’électricité nécessiterait de construire 2 000 réacteurs supplémentaires (il y en a actuellement 440), et dans des délais très courts, ce qui n’est absolument pas réaliste.

Enfin, il n’y a aucune possibilité d’éliminer les « déchets » radioactifs pour des siècles et des siècles… amen ? Voilà cinquante ans qu’on nous promet que ce problème sera un jour résolu… Quand ?! Malgré les budgets faramineux consacrés à la recherche dans ce domaine, absolument aucune solution satisfaisante n’est encore proposée.

De plus, les centrales ne sont pas étanches (fuites radioactives dans l’eau, l’air) et des proliférations microbiennes et autres sont constatées dans les eaux devenues trop chaudes en aval des centrales. Même les pêcheurs s’inquiètent !

La quatrième idée reçue concerne le mythe de « l’énergie bon marché« . Le nucléaire est coûteux : des milliards d’euros sont pris sur les fonds publics pour la recherche nucléaire au détriment des autres sources d’énergie et des autres secteurs de la recherche. Que dire du coût exorbitant de la construction et du fonctionnement, du démantèlement et de la « gestion des déchets » pendant des milliers d’années ! Et en cas d’accident majeur ? À titre d’exemple, le coût des conséquences de l’explosion d’AZF à Toulouse est estimé à plus d’1,5 milliards d’euros… et c’est une catastrophe mineure, au regard d’accidents de type Tchernobyl ou Fukushima.

La cinquième idée reçue concerne « l’innocuité du nucléaire sur la santé« . Le nucléaire est dangereux pour la santé : il s’ajoute aux autres sources de radioactivité déjà nombreuses (naturelle, retombées des essais militaires, rejets et traitements médicaux, irradiation des aliments…) On sait maintenant qu’aucune dose n’est anodine. Pourquoi ne pas dépenser l’argent des contribuables (notre argent !) plutôt à limiter ces pollutions radioactives qu’à en rajouter ?
Quant à l’accident… on est bien obligé maintenant d’admettre qu’il est possible, puisqu’il a eu lieu, et à plusieurs reprises. Il est même de plus en plus probable, compte tenu du vieillissement du parc nucléaire et de l’allongement artificiel de la longévité des centrales pour des raisons purement comptables. En France, les incidents se multiplient et même la CGT, réputée pro-nucléaire, tire la sonnette d’alarme ! Sans compter bien sûr les risques d’attentats et de malveillances, d’accidents lors des transports, ou liés aux aléas climatiques. Des déchets radioactifs traversent la France en camion et en train deux à trois fois par semaine ! Une catastrophe majeure style Tchernobyl ou Fukushima, c’est des victimes innombrables, des régions entières inhabitables, des conséquences sanitaires gravissimes (cancers, malformations congénitales…) et ce, pendant des milliers d’années.

De plus, le nucléaire est dangereux pour la démocratie : depuis l’été 2003, toute information concernant le nucléaire même civil est maintenant classée « secret défense ». La gestion d’une catastrophe nucléaire serait donc militaire… et quelle gestion ? Les Toulousains n’ont pas oublié celle de l’explosion d’AZF… Il est peut-être utile aussi de rappeler que plus de 60 % des Français sont contre le nucléaire… Que dire de la gestion de la catastrophe de Fukushima ? Les Japonais sont plus incompétents que les Français ? Allons donc…

Enfin, le nucléaire est dangereux pour la paix. La plupart des pays développés l’abandonnent, seuls les pays en développement y recourent (une partie des matières radioactives produites dans les centrales peut servir à des fins militaires…) La France serait donc un pays en voie de développement ?

Il faut sortir immédiatement du nucléaire, ou nous n’en sortirons jamais… et c’est possible !

Bien sûr, en France, 75 % de l’électricité est d’origine nucléaire et les renouvelables ne peuvent pas prendre le relais immédiatement (actuellement, il faudrait 200 000 éoliennes !)

Mais l’équivalent de 12 réacteurs est envoyé à l’exportation, or rien ne nous oblige à accepter de produire de l’électricité nucléaire pour les pays qui se vantent de ne plus le faire !

L’équivalent de 9 réacteurs sert pour l’autoconsommation des centrales (uranium enrichi, retraitement, etc.) et le transport du courant (lignes haute tension et transformateurs), 17 sont arrêtés en permanence pour réparation… en fait, seule une vingtaine de réacteurs sert vraiment à notre consommation ! Il n’est donc nécessaire de remplacer que la production de 20 réacteurs, et non de 58, soit le tiers, ce qui est quand même bien plus réaliste.

Une sortie immédiate peut donc s’envisager avec, en période de transition :

1) des mesures d’économies d’électricité, possibles sans perte de confort (logements correctement isolés, interdiction du chauffage électrique, appareils classe A, suppression des veilles, limitation des éclairages nocturnes publics, dans les vitrines et les bureaux…) et rapidement mises en œuvre grâce à des mesures politiques d’incitation, à l’instar de ce qui fut fait pour renouveler le parc automobile. Prenons exemple sur les Japonais ! Depuis Fukushima, ils ont drastiquement diminué leur consommation électrique, s’en portent-ils vraiment plus mal ?

Douze réacteurs servent à la production d’eau chaude sanitaire et au chauffage électrique, ce qui est une aberration ! L’eau chaude sanitaire et le chauffage peuvent être assurés de nombreuses façons, le chauffage est même quasi inutile dans des logements correctement conçus (Label Minergie par exemple).

2) l’utilisation de toute la puissance déjà installée des centrales hydrauliques et des centrales thermiques à énergies fossiles (charbon). Ces dernières sont actuellement utilisées à 10 % de leurs capacités, pour les seules périodes de pointe. Modernisées et utilisées avec régularité, elles pollueraient bien moins qu’elles ne le font actuellement.
Le réchauffement climatique est souvent utilisé comme contre-argument à cette solution. Il faut savoir que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre ! Il y a aussi la vapeur d’eau (et les centrales nucléaires en produisent beaucoup), le méthane, le N2O et surtout les HFC et PFC (refroidissement dans l’industrie, les transports…) qui ont un potentiel de réchauffement global 10 à 15 000 fois plus élevé que le CO2. Limiter les transports serait plus efficace pour limiter la production de GES que de continuer à nucléariser la France. La production d’énergie électrique française ne représente que 1 % de la production d’énergie mondiale… autant dire vraiment pas grand chose.

Il est possible, et indispensable, de :

– développer la cogénération (une centrale produit 2/3 de chaleur pour 1/3 d’électricité), développer les renouvelables (solaire, éolien, biomasse…), la méthanisation…

– développer l’éco-construction et l’habitat bioclimatique

– décentraliser la production d’énergie et adapter les solutions aux situations locales

Enfin, sortir du nucléaire créera des emplois ! Autrement plus nombreux, sains et valorisants que ceux du nucléaire. L’enjeu ne vaut-il pas la chandelle ?

N.B. je suis signataire de l’Appel des femmes pour l’arrêt immédiat du nucléaire