J’ai été migrante (suite)

Je voulais ajouter que la situation des Russes de l’époque était assez proche de celle des Syriens actuellement, sinon qu’ils avaient la peau claire et étaient chrétiens. Mais à l’époque, il y avait de nombreux attentats perpétrés par des anarchistes russes et Henri Troyat (né Lev Tarassov à Tiflis (Tbilissi) en 1911, comme mon grand-père) raconte bien dans « Un si long chemin » la méfiance hostile à laquelle les Russes émigrés ont dû faire face. Et, tout comme les Syriens aujourd’hui, ils espéraient bien rentrer chez eux dès que possible. Ils ont gardé cet espoir jusqu’en 1945, soit près de trente ans ! Trente ans de provisoire, trente ans avec les valises conservées précieusement dans un coin de l’appartement pour pouvoir repartir. Mais, bien sûr, ils ne sont jamais rentrés chez eux.

Comme tous les émigrés qui arrivent maintenant, ils ont dû tout quitter pour sauver leur peau : famille, amis, biens, métier, statut social… Il ne doit pas être facile à vivre de passer de sénateur ou gouverneur à garçon de bureau ou comptable dans une épicerie, en plus de la douleur d’avoir perdu ses proches, et son pays bien-aimé.

L’exil est une chose terrible et il faut être un pauvre imbécile sans imagination jamais sorti de chez lui pour croire que toutes ces personnes qui fuient leur pays le font de gaieté de coeur. Cela demande un immense courage et comment ce courage est-il récompensé ? Par des difficultés sans nom créées par des crétins limités, comme si d’avoir tout perdu ne suffisait pas.

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Djoti Bjalava (4/…)

Troisième salle de l’exposition des oeuvres de Djoti Bjalava, septembre 2013 à Castelnaudary.

salle 3En couleur, on voit mieux le lion et les dessins du fond, le contraste entre les briques de la voûte et la pierre des murs ; en N&B l’ambiance douce et les jeux d’ombre et de lumière subtils.salle 3Les barreaux encadrent un trou qui montre… je ne sais plus, des vestiges très anciens, je crois.

Voici « Loulou, le premier homme selon la mythologie sumérienne » (je mets prudemment des guillemets car c’est le titre de l’oeuvre, je ne connais pas du tout la mythologie sumérienne et je n’ai rien trouvé sur ce Loulou) :

Loulou, le premier homme dans la mythologie sumérienneIl a du coffre et une belle perruque très Louis XIV… Je ne me souviens plus en quel matériau il est sculpté, on dirait du métal mais je crois que Djoti Bjalava ne sculpte que la pierre, que parfois il teinte en couleur ou en doré, c’est sans doute le cas ici.Loulou, le premier homme dans la mythologie sumérienneDes vaches sacrées, qui m’ont beaucoup plu, mais j’ai bien raté la photo, archi floue, c’est la honte, mais je n’en ai pas d’autre. Grâce à l’ombre, on voit bien le joli mouvement de ces vaches ondulantes :les vaches sacréesJ’ai aussi fait cette photo qui montre une des vaches sacrées en couleur, avec ses quatre petites pattes, sa tête minuscule et son pis.une des vaches sacréesVoici Tsibo, je ne sais pas qui c’est mais je lui trouve une trombinette rigolote, avec son air un peu ahuri :

TsiboEngouri, rivière de Géorgie occidentale :

Engouri, rivière de Géorgie occidentaleCelleux qui ont de très bons yeux peuvent lire sur le petit carton : « PEUT SE TOUCHER » : en effet, c’est précisé dès l’entrée, on a le droit, presque le devoir, de toucher, caresser, les sculptures de Djoti Bjalava. Et c’est vrai qu’elles donnent envie de le faire.

L’Ingouri (géorgien : Engouri ; abkhaze : Egry) est une rivière de Géorgie occidentale. Elle prend sa source près de la plus haute montagne de la Géorgie, le Mont Tchkhara, et se jette dans la Mer Noire. Construit en 1988, le barrage hydroélectrique de l’Ingouri est le plus grand édifice du Caucase et le plus grand barrage voûte du monde. Il produit près de 40 % de la production d’énergie nationale. Depuis la Guerre d’Abkhazie (1992-1993), l’Ingouri est devenue la frontière administrative entre la Géorgie et sa province sécessionniste de l’Abkhazie.

Autre temps, autre lieu, Marie-Madeleine :

Marie-MadeleineMarie de Magdala, Marie-Madeleine ou Madeleine, appelée Marie la Magdaléenne dans les évangiles, est une disciple de Jésus qui le suivit jusqu’à ses derniers jours. Les quatre évangiles la désignent comme le premier témoin de la Résurrection, chargée d’en prévenir les apôtres. Elle est abondamment représentée dans l’art et généralement avec de très longs cheveux dénoués.

On retourne en Géorgie avec « Iskioda, montagne en Géorgie » ; ce n’est pas très évident sur la photo, mais il me semble que c’est un genre de taureau, ou un bouc ? avec sa tête cornue à droite et un long pelage, et de la même pierre que les vaches sacrées.

Iskioda, montagne de GéorgieTout ce que j’ai pu trouver, c’est ceci : « In Upper Samegrelo the names of many hills and the
places of former church are preserved : eskeda, esqeda, isqeda, iskiada, isqiada, iskioda, isqioda isqeta. At all these places iskiodoba or the ritual of prayers to the supreme for protecting and increasing in number the cattle is observed. » Bref, Iskioda serait le nom de nombreuses collines et lié à la protection et à l’augmentation des troupeaux de bovins.

Et voici Daïssi, le crépuscule en géorgien (et en granit) :
Daïssi, crépuscule en géorgienDaïssi est aussi le titre d’un opéra de Zakaria Paliachvili (1923 – un bel extrait ici) qui se passe au crépuscule, mais il y aurait de la symbolique en lien avec l’annexion de la Géorgie par l’URSS en 1921, si j’ai bien compris.

Encore un centaure, anonyme celui-ci :

le centaureIl a l’air d’être blessé, non ?

Et là, un très joli sanglier, tout en rondeur :

le sanglierLa princesse Seraphiti, sans doute une héroïne géorgienne, pas vraiment trouvé grand chose à son sujet :

La princesse SeraphitiKizlan, petit mouton :

Kizlan, petit moutonJe croyais que Kizlan était le nom du petit mouton, mais il semblerait que ce soit le nom de plusieurs endroits en Turquie ? En tout cas, j’aime beaucoup ce petit mouton tout rond.

Et enfin, tout aussi mystérieuse, la chèvre de mars (Mars ?) :

La Chèvre de MarsEt voilà pour la 3è salle, il en reste encore deux ou trois autres à visiter 🙂

 

Djoti Bjalava (3/…)

Suite de l’expo, salle 2, avec un magnifique taureau au centre.

expo Djoti salle 2Le centaure Chiron :

le centaure ChironDans la mythologie grecque, le centaure Chiron vivait dans une grotte en Thessalie et était réputé pour sa grande sagesse et ses nombreuses connaissances. Il se vit offrir l’immortalité par les dieux et se fit confier par les hommes l’éducation de nombreux héros qui devinrent ses disciples, notamment Achille et Asclepios. Lors d’une bataille contre de nombreux autres centaures, il reçut dans le genou une flèche empoisonnée par le sang de l’hydre de Lerne. La blessure étant inguérissable, Chiron demanda aux dieux le retrait de son immortalité pour cesser de souffrir.

Ushba, montagne en Géorgie :Ushba, montagne en GéorgieLe mont Ouchba est un sommet du Caucase situé en Svanétie, province de Géorgie. Surnommé le « Cervin du Caucase », l’Ouchba est une montagne jumelle dont le sommet sud (4 710 m) est à peine plus haut que la cime nord (4 690 m).

Voici Thiamathi, la mer en babylonien :

Thiamathi, la mer en babylonienJ’aime beaucoup celle-là, j’y vois un poisson, les rides sur le sable, les vagues, l’immensité, le filet du pêcheur…Thiamathi, la mer en babylonien… et derrière, les spires d’un coquillage :Thiamathi, la mer en babylonienMais je n’en sais pas davantage sur Thiamathi.

Le caucasien trône au fond de la salle, grand et large d’épaule (avec une toute petite tête !)

le caucasienJ’aime beaucoup les petites mains des personnages de Djoti Bjalava, juste quelques traits, et pourtant si expressives :le caucasien (détail des mains)Maïa, je ne sais pas qui elle est, mais je la trouve belle, elle me fait penser à Cléopâtre :

MaïaWikipedia m’apprend que dans la mythologie grecque, Maïa est l’aînée des Pléiades. Séduite par Zeus, elle donne naissance à Hermès. Dans la mythologie romaine, Maïa est une divinité païenne, déesse de la fertilité et du printemps, qui a donné son nom au mois de mai. Ce nom signifie littéralement « petite mère », nom donné traditionnellement à la grand-mère, la nourrice ou la sage-femme. C’est aussi un prénom féminin qui a pour origine la Maïa romaine mais également une origine hébraïque (Aimée ou Marie). En géographie physique, Maïa est une rivière de Sibérie. Je ne sais pas quelle Maïa l’artiste a voulu représenter.

À l’arrière de sa tête, de mystérieuses inscriptions en géorgien qui répondent peut-être à mes questions ?

Maïa (dos)Et pour finir avec cette salle, Pierre l’Ibère, philosophe géorgien en marbre de Carrare :

Pierre l'Ibere, philosophe géorgienL’Ibérie, aussi connue sous le nom d’Ivérie, est le nom donné par les Grecs et les Romains à l’ancien royaume de Karthlie et correspondant approximativement aux parties méridionale et orientale de l’actuelle République de Géorgie. Le terme « Ibérie caucasienne » (ou Ibérie orientale) est utilisé pour distinguer la région caucasienne de la péninsule Ibérique, où se situent les actuels Espagne, Portugal et Andorre.
Pierre l'Ibere, philosophe géorgienN’a-t-il pas l’air très sage ?

Pierre l’Ibère a vécu entre environ 412 et 491. Il était fils de prince, aurait fondé le premier monastère ibère de Jérusalem et a eu une vie agitée. Selon la tradition géorgienne, Mourvanos, le futur Pierre l’Ibère serait le fils du roi Varaz-Bakour II d’Ibérie.

Fin de la 2è salle, suite la semaine prochaine.

Djoti Bjalava (2/…)

Il y a très longtemps, j’avais promis un article sur l’exposition des oeuvres de Djoti Bjalava qui s’est tenue l’année dernière à Castelnadary, au Musée du Lauragais que je n’ai pas vraiment pris en photo (il est à gauche, on devine l’affiche de l’exposition en haut de l’escalier). Ce Musée occupe l’emplacement du château fondateur de la ville (Castèl nòu d’Arri), édifié sur un éperon rocheux qu’on aperçoit, érodé par une antique rivière, là où sont garées les voitures, qui permettait de surveiller la Via aquitania, et dominait les plaines du Fresquel et du Tréboul. Par temps clair on peut voir la Montagne Noire et les Pyrénées.

Castelnaudary-vue-PresidialLe musée est situé dans les anciennes prisons royales de l’ancien Présidial (tribunal royal de droit commun, actuellement une école), avec des pièces voûtées très belles, dans lesquelles les oeuvres de Djoti Bjalava, sculptures et dessins (au stylo-bille !), étaient parfaitement mises en valeur par un éclairage très bien conçu.

00-salle-expoVoici enfin :

Phasissi, une rivière de Colchide, devant deux des étonnants dessins de l’artiste (on y reviendra plus loin, je pense). Phasissi, une rivière de ColchideD’après ce que j’ai trouvé sur internet, la rivière Phasissi est un fleuve qui s’appelle actuellement Rioni. Il prend sa source dans le Caucase et se jette dans la mer Noire au nord de la ville de Poti. La ville de Koutaïssi, l’ancienne capitale de la Colchide (celle de la Toison d’or), se situe sur ses rives. Les Grecs anciens nommaient ce fleuve Phase et le considéraient comme la frontière entre l’Europe et l’Asie. Le Phase a donné son nom au faisan (Faisan de Colchide, Phasianus colchicus), l’oiseau du Phase, découvert par les Anciens dans ces contrées.

Nombre de mes photos sont en N&B parce que j’ai eu des problèmes de réglage de mon appareil photo… Mais ce n’est pas mal quand même (bien que pas très net, car je voulais les faire sans flash pour conserver les lumières prévues par les concepteurs de l’exposition).

Voici Rokapi, sorcière de la mythologie géorgienne (j’aime bien son sourire ; mais si ce que j’ai trouvé sur le net est juste, ce serait l’épouse du diable, et elle enlèverait les jeunes filles pour les emmener au sabbat… sourire diabolique, donc ?)

Rokapi, sorcière de la mythologie géorgienneMoïse (il a l’air très triste, non ?) :

3-MoïseElbrouz, dans un très beau marbre de Caunes-Minervois, rose et gris :

4-Elbrouzavec sur son piédestal des inscriptions en géorgien, une belle écriture toute en rondeurs et boucles :

5-ElbrouzL’Elbrouz, situé dans le nord du Caucase en Russie, est le point culminant de cette chaîne de montagnes qui sépare Europe et Asie. Avec ses 5 642 mètres, il est le plus haut sommet d’Europe. C’est un volcan ayant connu des éruptions jusqu’au début de notre ère et dont l’activité a sans doute fait naître la légende voulant que Prométhée y ait été enchaîné à ses deux pics principaux par Zeus pour avoir offert le feu aux hommes. Est-ce que les deux bosses de la sculpture évoquent les deux pics du Mont Elbrouz ?

La Toison d’or avec une bouille rigolote :

6-Toison-d-orÉvidemment, elle rend mieux en couleurs, elle est vraiment dorée :

7-Toison-d-orDans la mythologie grecque, la Toison d’or est la toison de Chrysomallos, bélier avec des grandes ailes sur lequel Phrixos et Hellé s’enfuirent vers la Colchide. Là, Phrixos immole le bélier à Zeus et offre la toison au roi Éétès qui la suspend à un chêne et la fait garder par un dragon et des hommes armés. Pélias ordonne à son neveu Jason d’aller la chercher. Médée, fille de Éétès, trahit son père et aide Jason et les Argonautes à s’emparer de la toison d’or, n’hésitant pas à découper son frère en morceaux qu’elle jette à l’eau pour ralentir le roi Éétès (il prend le temps de rassembler les morceaux pour leur offrir de dignes funérailles).

Mais j’apprends aussi qu’en Géorgie, des populations montagnardes du nord pratiquent depuis toujours l’orpaillage dans les rivières du Caucase en utilisant des toisons de moutons pour retenir les paillettes d’or qui s’y trouvent en abondance… Ce n’est peut-être pas une coïncidence si la légende de la toison d’or se déroule en Colchide, qui se situe dans l’actuelle Géorgie ?

Autres temps, autres lieux, voici Epona, déesse de la mythologie celtique galloise :

8-Epona-deesse-celtique-galloiseSelon Wikipedia, Epona était une déesse majeure de la mythologie gauloise (Rhiannon chez les Celtes du Pays de Galles, et Macha en Irlande) associée au culte du cheval.

Et un des nombreux dessins, faits au stylo-bille, des chevaux justement :

9-dessinTout près d’Epona, Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre :

Epona et IshtarElle semble chevaucher un lion ?Ishtar, déesse de l'amour et de la guerreEt voici Phalestra, reine des Amazones :Phalestra, reine des AmazonesCe que j’apprécie, dans les sculptures de Djoti Bjalava, c’est que les femmes sont des vraies femmes, avec un sexe de femme, pas des poupées lisses et asexuées, comme si nous n’avions « rien entre les jambes » (alors que nous avons tellement plus que les hommes !)

Enfin ici, Dali, déesse de la chasse dans la mythologie géorgienne, avec un dessin (très viril !)  à côté :Dali, déesse de la chasse dans la mythologie géorgienneSans flash, on voit mieux les intéressants jeux d’ombre et de lumière sur les fines ciselures de la sculpture et en particulier les petites mains de la déesse. Sont-ce ses cheveux, qui descendent jusqu’à ses pieds ? Probablement que oui, je lis ici que « ses cheveux sont en or massif, tressés en longues nattes ».Dali, déesse de la chasse dans la mythologie géorgienneSelon Wikipedia, Dali serait aussi déesse de la fertilité, ce qui va bien avec ses hanches larges. Je lis ici qu’elle séduit parfois un chasseur humain et que de telles unions portent souvent leurs fruits, donnant naissance à des êtres exceptionnels.

Fin de la première salle, suite au prochain épisode !

expo Djoti Bjalava salle 1(vous noterez que je n’ai pas pris toutes les oeuvres en photo, impossible, il y en avait trop)

Djoti Bjalava (1/…)

Un de ces jours, je prendrai le temps d’écrire un article sur Djoti Bjalava, un extraordinaire sculpteur georgien qui vit non loin de chez moi et a exposé dans le coin en septembre de cette année, expo sublime, j’ai fait plein de photos et j’aimerais les partager, même si elles rendent bien mal la beauté des oeuvres du sculpteur.

En attendant, je vous montre un dessin d’une de ses sculptures, que j’ai fait l’année dernière en cours de dessin, au pastel sec.

dessin d'une oeuvre de Djoti Bjalava