Aspi-ratée

Bon, j’ai un peu la flemme de développer, mais en résumé : c’est normal que je déteste l’aspirateur, je suis aspi-ratée.

Vala, vala… Aspi, ou troubles du spectre autistique (TSA) ou syndrome d’Asperger. Ça ne me réjouit pas du tout, mais ça me soulage énormément d’avoir enfin placé la dernière pièce sur le puzzle de mon existence chaotique. Vingt-cinq ans d’errances diagnostiques, pas mal, non ? Bienvenue dans le 21è siècle où il fait si bon être femme, surdouée, et différente… On envoie Tchouri bavarder aux confins du système solaire et on n’est pas foutu de prendre soin correctement des femmes en difficultés, là, sur terre.

J’en dirai peut-être plus long plus tard. Moyennement motivée, à vrai dire : il y a plein de personnes qui écrivent très bien là-dessus et moi, je suis simplement é-pui-sée, vi-dée, les-si-vée, à bout… En mode survie. Pas sûre de passer l’année (celle-ci, probablement, on y est presque, mais la suivante… pas sûr).

Pourquoi faire simple – encore

J’ai déjà écrit deux articles intitulés « Pourquoi faire simple » sur le thème de l’absurdité administrative. En voilà un troisième.

Récemment, j’ai reçu un coup de téléphone d’une employée du Conseil général (CG pour le intimes) qui me demande, pour que mon dossier RSA soit complet, (je suis au RSA depuis deux ou trois ans…) un papier prouvant que je suis bien auto-entrepreneure puisque c’est le cas. Papier à faire passer à mon référent RSA qui le fera passer à la dame en question. Et si je n’ai pas ce papier sous le coude, je vais au CFE (centre de formalité des entreprises) qui est à 30 km de chez moi leur demander le formulaire truc-muche que je fais passer à mon référent RSA qui le fait passer à la dame.
La question que je me pose : puisque cette dame sait de quel formulaire elle a besoin, et où il se trouve, pourquoi ne peut-elle le demander directement au CFE qui pourrait le lui envoyer directement ?

°.°

Là, elle dérange au bas mot deux personnes de trop et le tout va prendre plusieurs jours, sinon plusieurs semaines. J’ai passé une bonne demi-heure à chercher ce foutu papier, j’ai scanné et envoyé par mél ce que j’ai trouvé au référent parce que j’ai autre chose à faire que de courir le lui porter, mais je suis bien sûre que ce que j’ai envoyé n’est pas le bon justificatif et qu’il me faudra sans doute un jour ou l’autre faire ces deux fois 30 km pour aller chercher ce papier au CFE avant de le porter au référent RSA qui le fera passer au CG…

Pourquoi faire simple, donc…Pourquoi n’envoie-t-on pas tous ces parasites désherber des carottes bio, pour leur redonner un peu le sens des réalités ?

 

Cherchez l’erreur

Il y a une urgence environnementale, et il y a une urgence sociale. Il existe l’agro-écologie, gourmande en main d’oeuvre et qui préserve l’environnement. Il existe l’éco-construction, gourmande en main d’oeuvre, et qui préserve l’environnement. Il existe l’assainissement écologique, pourvoyeur d’emplois et qui préserve l’environnement. Il existe les énergies renouvelables, créatrices d’emplois et qui préservent l’environnement…

Alors pourquoi l’État continue-t-il, avec NOS impôts, à subventionner l’agriculture productiviste, pourvoyeuse de chômage, de pollution et de maladies ? à subventionner les grandes entreprises produisant des matériaux inefficaces et polluants ? à subventionner le tout à l’égout et le nucléaire, qui ne créent que peu d’emplois et sont polluants et dangereux pour la santé ?

Quand allons-nous enfin changer un peu les choses ? C’est quand même sacrément frustrant, mardalor !

Hier, j’ai entendu dire que les entreprises de location de voitures avec chauffeurs se voyaient appliquer des contraintes incompatibles avec les besoins de leurs clients, soi-disant pour éviter de concurrencer les taxis (qui ne suffisent pas à répondre à la demande, si j’ai bien suivi). Encore un énième exemple de la perversité de notre système qui reproche aux Français de ne pas être entreprenants, et qui en même temps leur coupe les pattes dès qu’ils tentent la moindre initiative. C’est sacrément frustrant, mardalor !

On subventionne les grandes entreprises, et on ponctionne mortellement les petites. Au nom de quoi ? Quand allons-nous avoir des représentants et pas des dirigeants ? Des représentants qui nous ressemblent, nous respectent, pas des crétins pitoyables qui se croient tout permis, et même de caqueter bêtement à l’Assemblée nationale à NOS frais, après s’être bourré la gueule avec NOTRE argent de contribuable ! Je me demande vraiment si je vais continuer à aller voter.

Voilà, c’est tout.
Je suis fatiguée. Très fatiguée. J’ai enfin trouvé un médecin compétent qui a pu confirmer médicalement (une simple analyse de sang) ce que je sais depuis près de cinq ans : j’ai une candidose intestinale chronique, qui a conduit à une perméabilité intestinale qui a permis au Candida de se répandre partout et de dévaster ma frêle carcasse. Cinq ans en mode survie, à tenter de m’en sortir envers et contre tout, à finir par croire que ce n’était pas tant un problème, malgré l’évidence, pour ne pas sombrer dans le désespoir. Le déni devient parfois vital, quand tous les professionnels censés aider s’avèrent incompétents et préfèrent nier les problèmes plutôt que de les reconnaître, de reconnaître leur part de responsabilité (la candidose serait favorisée par les plombages dentaires au mercure, les antibiotiques, la contraception orale…) et de se bouger les fesses pour s’informer et vous aider (en cinq ans, j’ai consulté une dizaine de toubibs en vain ; la seule personne qui m’a vraiment aidée a été un psy, parce qu’il était passé par là, avait failli y rester, savait de quoi il retournait, a eu peur pour moi).

Car la candidose peut tuer. Elle se nourrit de ce que vous mangez, vous carençant lentement mais sûrement en tout ce qui est nécessaire à une bonne santé, et elle vous empoisonne à petit feu avec les toxines qu’elle émet. Elle peut ainsi conduire à la dépression et, parfois, au suicide. Rien que ça. Donc aucun intérêt, n’est-ce pas, circulez, y’a rien à voir.

Je me suis entendue dire que je ne pouvais pas être fatiguée puisque ma tension est normale (si, si, incroyable, non ?) On m’a fait des analyses de sang incomplètes qui montrent que je vais bien (ben oui, à part la candidose je suis en super bonne santé ; c’est même sans doute grâce à ça que je suis encore là pour en causer) alors que moi, je vois que je suis tellement épuisée que je ne peux même plus jardiner, le jardin n’est que ma passion principale, la seule activité qui me détend vraiment et me fait tout oublier. Impossible, bien sûr, d’envisager la moindre activité professionnelle, même à temps partiel tant je suis fatiguée mais il est tellement plus simple de penser que je suis une grosse flemmasse, n’est-ce pas ? Parce que bien sûr, quand on a un bac + 8, on ne rêve que de rester glander à la maison, c’est bien connu. C’est tellement plus chouette, les tâches ménagères et les longues heures d’ennui, qu’un emploi digne d’un bac + 8…

Et comme je prends soin de moi, évitant tous les aliments qui me sont devenus indigestes, me reposant autant que nécessaire etc., je n’ai pas si mauvaise mine que ça, alors forcément, je ne vais pas si mal que je le prétends (et puis je ne sors pas quand je vais trop mal, alors on ne me voit pas dans ces cas-là, tout bêtement) Et puis je suis hp, et les hp sont un peu comme les chats, ils ont toujours l’air d’aller bien, et quand ils commencent à avoir l’air d’aller mal, ben ils sont à moitié morts, y’a pas vraiment de juste milieu, on dirait (trop tout !)

Voilà voilà… Prenez soin de vous.

Dyspraxie et haut potentiel (témoignage 1ère partie)

Il y a un an et demie, j’ai eu la confirmation de mon appartenance à ce drôle de sous-groupe dit parfois surdoué, ou encore haut potentiel intellectuel (je déteste l’appellation zèbre employées par certaines personnes ; éventuellement, guépard, mais certainement pas zèbre, cette bestiole vivant en troupeau et mastiquant placidement…) et appris avec un mélange de stupéfaction et de soulagement que je suis également dyspraxique. J’ai vécu cinquante ans en ignorant complètement ces deux particularités et surtout la dyspraxie (ma mère me disait parfois que j’étais plus intelligente que la moyenne, mais elle me disait aussi que j’étais plutôt adroite de mes mains…), un peu comme si on ne m’avait jamais dit que j’étais une femme, ou que j’étais myope. Eh ben… ça change la vie.

Bon, surdouée, dois-je expliquer ? Trop de monde méconnaît cette particularité, qui ne consiste pas seulement en des capacités intellectuelles au-dessus de la moyenne, mais aussi en une hypersensibilité (aussi bien pour les cinq ou six sens que… comment on dit ? sensibilité artistique, à la nature, aux émotions…), hyperémotivité, hyper-affectivité, hyper-susceptibilité… De nombreux ouvrages sont maintenant disponibles (ma préférence va à celui de Monique de Kermadec), et des sites internet (ma préférences va à Talent différent).

Cela faisait quelques années que je me doutais être surdouée, suite à des lectures de hasard sur internet, et quand mes doutes se sont mués en certitude, à force de lire sur le sujet, de hanter forums, blogs et tchat et après quelques détours, j’ai décidé de passer « le » test (la WAIS 4) ; je voulais être sûre, et je voulais aussi en savoir plus sur mon fonctionnement, espérant comprendre pourquoi malgré des dons indéniables, j’étais encore en galère professionnelle, amicale et sentimentale, malgré cinq psychothérapies de deux ans environ chacune en vingt ans.

Déjà, j’ai été très soulagée d’apprendre que mon hypersensibilité et tous les désagréments associés étaient normaux, du moment que je me plaçais dans le bon référentiel. Enfin, je n’étais plus seule ! Ni détraquée, ni malade. Nor-ma-leu ! Une surdouée presque normale et presque banale 🙂

Ensuite, cette dyspraxie. Je crois que je n’avais même jamais entendu parler de ce truc-là. Je ne sais pas encore bien le définir et là n’est pas tout à fait le sujet, je me contenterai de témoigner. En tout cas, (presque) tout s’est éclairé.

Je me souviens ma mère essayant de m’apprendre à nouer mes lacets. Devant mon incapacité à dépasser le noeud simple, elle m’a appris à former deux boucles que je noue en noeud simple, au lieu de ce geste auquel je ne comprends toujours rien. Je devais avoir sept ou huit ans.

Je n’ai su plier correctement les chemises et T-shirts que vers 35 ans. Je me souviens ma mère essayant de me l’apprendre quand j’étais enfant, puis adolescente, je me souviens avoir essayé en vain quand j’étais jeune adulte. Je ne comprenais rien à la succession de gestes à effectuer, impossible de les reproduire. Après vingt ans de vains essais, c’est la motivation de la rencontre amoureuse avec un homme qui devait porter une chemise bien repassée chaque jour qui a créé le déclic : je sais plier les chemises, même sur ma cuisse si je n’ai pas de place à plat pour le faire mais, quelles que soient les conditions, je ne le fais pas automatiquement. Et il m’a fallu deux décennies pour apprendre ce geste apparemment simple…

Les activités domestiques ont toujours été mon cauchemar. En fait, durant les seize années passées avec le père de mes enfants, c’est lui qui tenait la maison, je constatais avec désespoir qu’il faisait les choses avant même que j’aie eu le temps de voir ce qu’il y avait à faire, ce qui lui permettait de me traiter de « bonne à que dalle » alors que non, je ne voyais littéralement pas ce qu’il y avait à faire, sinon moyennant un gros effort, et même comme ça. Je ne comprenais pas d’où venait cette incapacité et, après l’avoir quitté, je me suis usée à tenter d’accomplir ces tâches dans la souffrance et l’inefficacité.

Maintenant je vis seule et, depuis que sais que je suis dyspraxique, je m’observe et c’est… déroutant. Parfois amusant si je suis bien lunée. Quand je débarrasse la table, ce n’est pas automatique du tout. Je ne vois pas toutes les choses à débarrasser (il est vrai qu’il reste toujours un peu de bazar permanent sur ma table, mais quand même). Je débarrasse ce que je sais devoir enlever, ce à quoi je pense et si j’oublie quelque chose, je ne le vois pas, je ne le vois littéralement pas, parfois même si je regarde attentivement. Les assiettes et couverts, pas de souci, je le fais depuis l’enfance, et c’est un élément stable : il y a à chaque repas assiettes et couverts, sous mon nez et les mêmes au fil des mois, des années. Mais la ou les casserole(s), poêle(s), bouteille d’huile… J’ai beau le savoir, faire attention, regarder, depuis plus d’un an que je sais et m’observe, il m’arrive encore quasiment chaque jour d’oublier une casserole, la poêle ou la bouteille d’huile. Souvent, je m’en aperçois une fois la vaisselle faite. Mais souvent aussi, ce n’est que quand je repasse par là plusieurs heures après, que je vois la bouteille d’huile trônant sur la table ou la poêle me narguant sur la gazinière… Ça n’a l’air de rien, mais au quotidien, c’est usant. Cela veut dire que chaque activité domestique doit être réfléchie, pensée activement, que je dois faire un effort mental pour me rappeler les choses à faire, faute de les voir ou d’être capable de les automatiser. Et franchement, mettre autant d’énergie à quelque chose d’aussi peu intéressant, aussi répétitif, aussi peu créatif et épanouissant, ce n’est pas marrant du tout. Surtout que même si je suis multitâche pour pas mal de choses, il m’apparaît clairement que je ne peux avoir ce genre d’activité et penser à autre chose en même temps. Ennui profond garanti. Épuisement. Désespoir ces dernières années où, privée d’activité professionnelle, la seule chose à laquelle j’étais astreinte était cette somme de fichues activités domestiques qui usaient mes dernières forces.

La vaisselle ! Pendant longtemps, j’agissais en fait comme si je prenais l’expression au pied de la lettre. Quand je décidais de faire la vaisselle, je plongeais les mains dans l’évier, munie de mon éponge et, une fois la première assiette propre et mousseuse en main… je me rendais compte que l’égouttoir était plein de vaisselle sèche. Pas de place pour ma vaisselle propre. Où poser mon assiette ? La remettre avec les sales ? Et me voilà figée, comme une poule devant un couteau… J’en ris, maintenant, mais pendant ces décennies j’étais enfermée dans ce fonctionnement faute d’avoir les clefs pour en sortir. Parce que ce qui est fabuleux, dans cette histoire-là, c’est que la dyspraxie rend totalement idiot et qu’on peut refaire indéfiniment la même erreur, aussi manifeste soit-elle. Parce que, bizarrerie du cerveau, cette erreur manifeste, la personne dyspraxique ne la voit tout simplement pas. Et l’oublie aussitôt. C’est incroyable, affolant, mais c’est comme ça.

Encore maintenant, alors que ça fait un an et demie que je travaille à améliorer mon efficacité pour moins m’user, je continue à attraper une assiette sale dans l’évier avant de regarder si je vais pouvoir la mettre quelque part quand elle sera propre. La seule amélioration est que maintenant, je m’arrête aussitôt en me rappelant : ah oui ! d’abord ranger la vaisselle propre. Vous me direz : pourquoi n’essuies-tu pas et ne ranges-tu pas la vaisselle aussitôt après l’avoir lavée ? Ben parce que laver la vaisselle me demande une telle concentration que j’évite tout ce qui peut être évité, je suis assez fatiguée comme ça : la vaisselle ne peut pas se laver toute seule mais elle peut sécher toute seule, et être rangée plus tard. Souvent, je la range le matin, au lever, quand je suis encore pleine d’allant et qu’elle a eu la nuit pour sécher seule, ou à peu près.

Parce que le truc, en fait, n’est pas d’apprendre à faire comme tout le monde, mais d’apprendre à faire au mieux avec mes capacités. Et tant pis si la vaisselle passe la journée sur l’égouttoir, après tout, est-ce si grave ? De même, quand je reviens des courses il me faut quelquefois plusieurs heures pour ranger mes achats, et pourtant ils sont modestes, je vis généralement seule et ne fréquente plus les supermarchés. Eh bien basta, c’est comme ça. Et peut-être que de me donner le droit de ne plus me sentir obligée de ranger mes achats tout de suite, en m’allégeant d’une culpabilité, va m’alléger les choses et m’aider à le faire de suite, paradoxalement ? Essai en cours.

La clef est simple en théorie : apprendre à apprendre, ce qui est en réalité très difficile pour une personne surdouée qui généralement sait (faire) sans apprentissage ou presque. Apprendre à décomposer les tâches en sous-tâches, voire en sous-sous-tâches. Apprendre à vérifier, avant de plonger les mains dans l’évier, si je vais savoir où poser mes assiettes mouillées. Commencer par ranger la vaisselle sèche. Car, oui, je le redis, je n’essuie pas la vaisselle, j’attends qu’elle sèche. Parce qu’essuyer la vaisselle sans la faire tomber me demande un réel effort, dont je n’avais pas conscience, persuadée que j’étais adroite de mes mains comme me le disait ma mère. Et en effet, je n’ai jamais rien cassé. Mais à quel prix… Un effort et une crispation permanents (« vigilance constante ! » dirait Moody Mad Eye dans le monde magique de Harry Potter). Alors oui, forcément, stratégie inconsciente d’évitement à tout prix. Simple question de survie.

Un truc tout bête, dont je ne me suis rendue compte que très récemment, en discutant avec la psychomotricienne : quand je me mets à table, je ne pense jamais à tout le nécessaire. Je pense à l’assiette et aux couverts (quand mon fils est là, c’est lui qui les mets). Mais j’oublie systématiquement tout le reste. La bouteille d’huile dont je me sers pourtant à chaque repas. Ma serviette. Et diverses autres choses que je n’ai pas en tête au moment où j’écris ces lignes. En fait, ce n’est qu’une fois assise, quand j’en ai besoin, que je me rends compte de ce qui manque. À chaque repas. Chaque jour. Donc je me relève, deux, trois fois minimum. Et ça dure depuis des décennies, et ça durera jusqu’à la fin de mes jours, si je ne m’oblige pas à lister le nécessaire avant de m’asseoir… Nouveau travail en cours…

Étendre le linge demande moins d’efforts (pas de risques de casse !), c’est juste très ennuyeux, et très désespérant de voir revenir toujours les mêmes chaussettes, les mêmes T-shirts… puisque je ne peux pas penser à autre chose en même temps. Alors je tâche de rendre la chose plus créative, plus complexe : j’essaie d’assortir les chaussettes, ce qui n’est pas évident quand elles se ressemblent toutes à de menus détails près (et c’est toujours ça de gagné pour le rangement du linge sec). Je suspends mes T-shirts aux couleurs variées en assortissant les couleurs, en arc-en-ciel… Je suspends les torchons avec le pli bien au milieu, pour l’esthétique et pour pouvoir les plier plus facilement, sans les repasser (le repassage est passé à la trappe depuis dix ans, et ne reviendra plus, je le pense, trop d’efforts).

Donc bon, quand quelqu’un me suggère qu’il n’y a pas de honte à faire des ménages pour gagner sa croûte, ben non, désolée, si je refuse ce n’est pas par orgueil, c’est parce que ça me demande d’énormes efforts, pour un piètre résultat. Jeune étudiante, je me suis essayée aux jobs d’été, en usine car je n’avais trouvé que ça dans la grande ville où je vivais alors. J’ai travaillé deux fois une semaine, à la chaîne, je suis tombée malade au bout de quelques jours les deux fois (la grippe en plein été ! la vraie, avec 39° de fièvre…) J’en ai culpabilisé pendant des années, maintenant ouf ! je sais enfin, je suis dyspraxique et non pas une flemmarde, une snob, une paresseuse… Quel soulagement ! J’en pleurerais.

L’année dernière, j’ai eu la possibilité de travailler quelques heures chez un éleveur, j’ai dû arrêter au bout d’un mois. Je me crispe tellement sur les outils que j’ai chopé une tendinite à une épaule et une autre au poignet opposé. C’est un autre des problèmes de la dyspraxie : je ne peux pas doser le geste, c’est tout ou rien : si je ne me crispe pas, en ayant conscience que je tiens l’objet, je le lâche. Et puis j’oubliais trop souvent de changer de chaussures en entrant dans la fromagerie, et puis une fois rentrée chez moi je stressais pendant des heures en me demandant ce que j’avais oublié d’important, et puis ensuite il y a eu des changements mineurs dans la procédure que j’avais si laborieusement commencé à intégrer et bref, c’était épuisant pour seulement quelques heures et une poignée d’euros. Mais très instructif pour voir comment je dysfonctionne, et comment ça impacte ma vie quotidienne et mes possibilités professionnelles. Tous comptes faits, mes parents ont peut-être bien fait de m’empêcher de devenir pépiniériste comme je le souhaitais, adolescente, et de me pousser vers un métier plus intellectuel ? Même si maintenant je suis trop diplômée et n’ai jamais pu trouver de métier… 😦

(à suivre…)

Démocratie ?

Encore du recyclage, un texte écrit en 2009 et qui n’a guère vieilli, lui non plus :

Je suis toujours étonnée que certain-e-s se posent la question de savoir si nous sommes encore en démocratie. L’avons-nous jamais été ? C’est quoi, la démocratie ?

On me dit que le simple fait que je puisse poser la question tout haut donne la réponse, avec exemples à l’appui (Birmanie ou autre). Alors, on peut m’enlever tous mes droits sauf celui de m’exprimer sans risquer la prison ou la mort, et cela suffit pour que je soies en démocratie ?

Donc, la France est une démocratie.

Une démocratie où la majorité des personnes majeures n’avaient pas le droit de vote jusqu’à la moitié du XXè siècle : en France, le droit de vote a été accordé aux femmes en 1944, longtemps après la Birmanie, la Russie, Cuba ou la Turquie…

Une démocratie où une catégorie d’adultes majeurs était légalement soumise au bon vouloir d’une autre catégorie : en France toujours, les femmes mariées ont été soumises au consentement de leur mari pour gérer leurs biens, ouvrir un compte en banque ou exercer une profession jusqu’en 1965 ! L’autorité parentale n’est enfin substituée à la puissance paternelle qu’en 1970 (je me souviens ma mère m’expliquant cette importante réforme).

Une démocratie où l’égalité des époux dans les régimes matrimoniaux et l’administration des biens de la famille date de 1985 seulement.

Une démocratie où l’existence du viol entre époux sans autre blessure ou violences n’a été enfin reconnue qu’en 1992… (Au fait, on parle des droits des femmes mais pas des droits des hommes : auraient-ils donc implicitement tous les droits ?)

La France est une démocratie, donc, qui rafle les enfants dans les écoles et leurs parents dans les administrations en 2008.

Une démocratie qui entend supprimer les juges d’instruction en 2009 et recenser les SDF (soit dit en passant, un tiers de ceux-ci sont des salariés…)

Une démocratie qui trouve normal de payer des vacances de luxe à son président, avec les impôts des contribuables, pendant que les personnes âgées meurent de chaud l’été, les SDF de froid l’hiver, et les détenus de misère morale toute l’année*.

Une démocratie qui nous fait payer toujours autant de taxes et d’impôts mais nous offre de moins en moins de services publics en échange : les activités de la poste, des transports sont presque totalement privatisées. L’enseignement public, la santé publique et la recherche publique sont gravement menacées (tout comme le droit de grève, soit dit en passant). Où passe l’argent de nos impôts ?

Une démocratie où l’argent des contribuables sert à financer de coûteuses recherches sur le nucléaire. Pourtant, la majorité des contribuables en question est contre le développement de cette industrie dangereuse et polluante, dont il est largement démontré qu’elle est une impasse. Les mêmes crédits, affectés au développement du bioclimatisme et à l’isolation correcte des bâtiments existants permettraient de réduire très drastiquement nos « besoins énergétiques » (un logement au label Minergie® n’a quasiment pas besoin de chauffage) tout en créant de nombreux emplois valorisants.

Une démocratie où l’argent du contribuable sert à financer l’industrie (agro)pharmaceutique par le biais de son agriculture : la responsabilité de l’agriculture »conventionnelle » ou même « raisonnée » dans l’augmentation des cas de cancers et de malformation congénitales est largement démontrée, alors que les mêmes crédits, alloués à l’agriculture bio ou intégrée ou durable, permettraient de nous nourrir sainement et agréablement.

Une démocratie qui tente d’imposer les OGM à ses citoyens dont la majorité n’en veut pas, à juste titre : les OGM ne résoudront ni les problèmes agricoles ni les problèmes de faim dans le monde. À ce propos, on entend certains s’apitoyer sur les agriculteurs dont les champs sont « dévastés » par les vilains « faucheurs » ;  et si ces personnes s’apitoyaient plutôt sur les paysans bio dont les récoltes sont déclassées car contaminées par les OGM de leurs voisins ?

Une démocratie où les allocations logement ne sont que des subventions déguisées pour les propriétaires de logements locatifs, où la Sécurité Sociale est un moyen détourné de subventionner l’industrie pharmaceutique (tiens, encore elle !) ? Et où les financements publics sont largement détournés à tous les échelons des collectivités par des entreprises faisant payer le prix forts leurs prestations, avec la complicité des élus (allons-y, c’est le contribuable qui paye ! avez-vous déjà regardé de près combien coûtent les équipements et travaux divers financés par votre mairie ? c’est surprenant).

Une démocratie où les élus ne représentent qu’eux-mêmes depuis belle heurette. Le pire, c’est qu’ils sont (auto)proclamés « dirigeants » (avec la complicité de journalistes serviles qui semblent se gargariser de ce mot) alors qu’ils ne sont, selon moi (qui ne suis pas juriste) « que » nos représentants. Je trouve particulièrement insupportable s’entendre tel ministres ou tel président dire « j’ai décidé que« . Au nom de qui, de quoi, décident-ils pour nous, avec notre argent de contribuable, des choses avec lesquelles nous sommes majoritairement en désaccord ? Au nom de lois injustes, votées par et pour eux ? Et, tant que les abstentions et les votes blancs ne seront pas pris en compte, fastoche !

Jusqu’où devra aller notre « démocratie » pour que les bien-pensants se réveillent enfin ?

(11/01/2009)

* en fait, je sais maintenant qu’il meurt plus de SDF en été qu’en hiver, mais de ceux-là on ne parle même pas 😦

Pourquoi faire simple – suite

Aujourd’hui, je reçois la réponse, de toute évidence standard, à ma non-candidature (cf. article précédent). C’est franchement drôle. J’avais donc écrit pour dire que, n’ayant pas le profil, je ne souhaitais pas postuler. La réponse : « Nous avons été particulièrement attentifs à l’exposé de vos motivations et de vos expériences. Néanmoins, nous ne pouvons donner une suite favorable à votre candidature, votre profil ne correspondant pas exactement à celui que nous recherchons pour ce poste. »

Je ris. Presque je regretterais que le ridicule ne tue pas.

N’empêche, que de temps et d’argent gâché, juste pour que je puisse montrer à Pôle emploi que je fais bien mon travail non rémunéré de chercheuse d’emploi. Il n’y aurait pas mieux à faire, avec ce temps, cette énergie, cet argent ?

Pourquoi faire simple ?

Hier j’ai reçu un mél de Pôle emploi, me signalant qu’un courrier a été placé sur mon compte sur leur site. Pourquoi ne pas m’envoyer directement ce Précieux Message par mél ? Mystère…

Je vais donc sur mon compte sur le site Pôle emploi (codes etc. heureusement je les connais par coeur, depuis le temps, ça en gagne) Là, le Précieux Courrier est en pdf à télécharger. Téléchargement, ouverture du Précieux Courrier… Le suspense prend fin. Quand on habite à la campagne (adsl un peu lent, ordi un peu vieux…), l’air de rien ça prend quelques longues minutes, toutes ces manipulations. Ça veut dire aussi qu’un chômiste se doit d’avoir un ordinateur, une connexion internet, et une imprimante. Tout ça n’est pas gratuit, évidemment, même pour les chômistes.

Brefle, il s’agissait d’une Mirifique Offre d’Emploi, genre trente heures par mois un peu partout dans la région (qui est une des plus vastes du pays), avec des Qualifications que je ne possède absolument pas. Charge à moi, évidemment, d’imprimer le Précieux Courrier pour répondre pourquoi je ne veux pas de cet emploi sur les deux lignes en bas. Je suis sympa, j’ai quand même mis mon CV, qu’il serve à quelque chose de temps en temps. Et ensuite, de courir à la poste, qui n’ouvre que le matin dans mon bled, pour poster la Précieuse Réponse.

Euh… hum… ce ne serait pas plus simple d’envoyer un courrier papier par la poste ? Je répondrais sur le papier reçu et le posterai et hop ? Non ? Ha… Bon… Oké oké, je ne dis plus rien.

Reçu aussi un appel de la Banque Postale, du même tonneau : un jeune gars tout joyeux qui m’a expliqué longuement, avec moulte circonvolutions, que la conseillère de mon secteur me proposait un rv pour m’expliquer quelque chose de sans doute super important pour moi vu que je n’ai guère plus de trente euros sur ce compte que je n’utilise plus trop. J’ai décontenancé le pauvre garçon en lui répondant que si la dame avait une information à me donner, elle n’avait qu’à me faire un courrier. Non mais…