Le colibri et la passoire

La première fois que j’ai entendu Pierre Rabhi raconter l’histoire fameuse du colibri, j’ai été émerveillée et j’ai trouvé cette image magnifique et géniale. Depuis, j’y réfléchis beaucoup et je trouve souvent cette histoire stupide. Cet idiot de colibri, au lieu de s’user la santé à jeter de minuscules et vaines gouttes d’eau dans un immense brasier, ne ferait-il pas mieux d’aller construire son nid ailleurs, et les autres aussi ?

Je suis souvent en colère contre les associations écologistes (dont je fais partie, évidemment), parce que j’ai le sentiment qu’elles ne font, finalement, que tenter d’écopper avec une passoire l’eau qui rentre dans le Titanic-Terre…

Au mieux, ça ne fait que prolonger le supplice, au pire, ça ne sert à rien… Ne vaut-il pas mieux construire des radeaux pour tenter de « s’échapper » avec ceux-celles qui le souhaitent ? Plutôt que de militer, faire des pétitions, des manif’, des communiqués de presse, des campagnes d’information, ne vaudrait-il pas mieux agir concrètement sur son lieu de vie, son travail comme le font par exemple les éco-constructeurs ?

Je connais trop de militants de longue date qui continuent à laisser allumées les ampoules classiques dans des pièces vides, qui construisent pour leurs clients des bâtiments isolés à la laine de verre sans se préoccuper le moins du monde de bioclimatisme, qui n’ont apparemment jamais songé à installer des panneaux solaires sur leur toit, qui continuent à repeindre leur maison avec de la peinture de supermarché bien chimique, après avoir acheté des chaussettes à trois euros les dix paires mèïde inn tchaïna, et qui ne mangent bien sûr pas bio, trop cher ; pour ceux-là, tout ça est du détail sans importance face au Combat.

Alors, souvent, j’ai envie de jeter ma passoire…

Je me dis que si les écologistes avaient mis autant d’énergie à agir au quotidien pour changer leur mode de vie, montrant ainsi tranquillement à leur entourage qu’on peut vivre sobrement sans pour autant s’éclairer à la bougie en mangeant des carottes véreuses, qu’on peut être heureux ainsi, n’auraient-ils pas fait plus d’émules qu’en embêtant les moutons matérialistes que nous sommes à peu près tous, avec des considérations culpabilisantes, non constructives et déprimantes ?

Pourtant…

Dans cette chienne de vie, les choses ne sont pas si simples… heureusement la plume, ou plutôt le clavier, est là pour m’aider à y voir plus clair.

D’abord, il y a aussi des exemples réjouissants de personnes qui allient militantisme et action concrète et quotidienne. Et puis au fond, ce travail de sape des « écolos » ne porte-t-il pas ses fruits ? N’est-ce pas à force de voir le colibri jeter sa vaine goutte d’eau, que tous les autres se décident à en faire autant et que, ensemble, peut-être ils arriveront à contenir l’incendie ? N’est-ce pas ce travail de fond acharné qui permet, maintenant que la prise de conscience commence à devenir plus collective, de donner des exemples, de proposer des solutions ?

Pff… c’est trop compliqué, la vie, je vais prendre un bain chaud.

(19/11/2008)

 

La nature est toujours la plus forte ?

C’était en juillet 2009, j’avais écrit :

J’adore ce genre de nouvelles : « Une piste de l’aéroport Kennedy à New York a dû être fermée mercredi matin, en raison d’une invasion… de tortues-diamants. Les 78 reptiles venaient des marais avoisinants et étaient en exploration sur le tarmac, même lentement, provoquant des retards allant jusqu’à 90 minutes. » En plus, elles sont très jolies, ces tortues diamant. Ce qui est étonnant, c’est qu’elles sont aquatiques, qu’est-ce qui leur a pris ?!

Bref, qu’une bande de modestes et lentes tortues puissent semer la pagaille dans un lieu aussi hautement technologique qu’un aéroport me remplit d’aise. L’espèce humaine (en particulier ses représentants mâles) peut toujours essayer de « dominer la nature », elle reste et restera toujours la plus forte et c’est très bien comme ça. Même si parfois, ça a un côté terrifiant. J’ai aussi reçu ça l’autre jour, qui m’a moins fait rire.

« Selon Alain Grandjean (FNH), qui s’est exprimé aujourd’hui lors de la conférence sur la contribution climat-energie, les experts scientifiques qui se sont réunis récemment à Copenhague, en seraient revenus livides… les prévisions scientifiques seraient bien plus pessimistes depuis le 4ème rapport du GIEC, il ne faudrait plus diviser les émissions mondiales en 2050 par deux, mais plutôt par trois. On murmure même ici ou là que des points de basculement comme la fonte du permafrost pourraient avoir été franchis. Ce qui ne doit bien évidemment pas discréditer l’action mais au contraire la renforcer. »

« La communauté scientifique s’est réunie en mars dernier à Copenhague, elle a produit en juin une synthèse de ses travaux (sorte de mise à jour du dernier rapport du GIEC qui datait de 2007). Le résumé pour décideurs de ce rapport délivre 6 messages clés :

Message-clé n°1 : Tendances climatiques

Les observations récentes montrent que les émissions de GES et de nombreux aspects du climat s’approchent de la limite supérieure des projections du GIEC. Un grand nombre d’indicateurs clé se trouvent déjà en dehors des limites de variabilité naturelle dans lesquelles la société et l’économie contemporaines se sont développées et ont prospéré. Ces indicateurs incluent la température de surface moyenne globale, l’élévation du niveau des mers, la température globale de l’océan, l’étendue des glaces arctiques, l’acidification des océans, et les événements climatiques extrêmes. Sans une atténuation des émissions, de nombreuses tendances dans l’évolution du climat vont probablement s’accélérer, menant à un risque croissant de changements climatiques brusques ou irréversibles.

Message-clé n°2 : Ruptures sociales et environnementales

La communauté de la recherche fournit de nombreuses informations qui étayent les discussions sur un «changement climatique dangereux ». Les observations récentes montrent que les sociétés et les écosystèmes sont fortement vulnérables, même à un changement climatique modeste, avec un danger particulierement accru pour les pays et communautés pauvres, les services rendus par l’écosystème et la biodiversité. Des élévations de la température au-delà de 2°C causeront des difficultés importantes aux sociétés contemporaines, et sont susceptibles d’entraîner des ruptures sociales et environnementales importantes pour le reste du siècle et au delà.

Message-clé n°3 : Stratégie de long terme, objectifs mondiaux et prochaines étapes

Une atténuation rapide, soutenue, et efficace basée sur une action mondiale et régionale coordonnée est nécessaire pour éviter un « changement climatique dangereux », quelle qu’en soit la définition. Adopter des objectifs de réduction moins ambitieux en 2020 augmenterait les risques d’incidences sérieuses, y compris le franchissement de points de basculement, et rendraient la réalisation des objectifs de 2050 plus difficile et plus coûteuse. Donner un prix crédible à long terme sur le carbone, et adopter des politiques qui favorisent l’efficacité énergétique et les technologies à faible teneur en carbone, sont des mesures indispensables à une atténuation efficace.

Message-clé n°4 : Equité

Le changement climatique a, et aura à l’avenir, des effets très différents sur les personnes à l’intérieur d’un même pays et entre les pays ; sur les générations présentes et les générations futures ; et sur les sociétés humaines et la nature.

Un filet de sécurité est nécessaire pour assurer aux personnes les moins aptes à faire face aux incidences du changement climatique une adaptation efficace et bien établie, et des stratégies d’atténuation équitables sont nécessaires pour protéger les pauvres et les plus vulnérables. Combattre le changement climatique devrait être vu comme faisant intégralement partie des objectifs plus généraux d’améliorer le développement socio-économique et l’équité à travers le monde.

Message-clé n°5 : L’inaction est inexcusable

La société dispose déjà de nombreux outils et approches – économique, technologique, comportementale, et managériale – pour traiter efficacement le défi du changement climatique. Si ces outils ne sont pas mis en application vigoureusement et largement, l’adaptation au changement climatique inévitable et la transformation sociale exigée pour décarboner les économies ne sera pas réalisée. Un grand nombre de bénéfices découlera d’un effort concerté pour réaliser une adaptation et une atténuation efficace et rapide. Ceux-ci incluent la croissance de l’emploi dans le secteur des énergies soutenables ; la réductions des coûts de santé, sociaux, économiques et environnementaux entrainés par le changement climatique ; et la réparation des écosystèmes et la revitalisation des services rendus par l’écosystème.

Message-clé n°6 : réussir le défi

Si la transformation sociale nécessaire pour réussir le défi du changement climatique doit être réalisée, alors un certain nombre de contraintes significatives doivent être surmontées et des opportunités critiques doivent être saisies. Celles-ci incluent de réduire l’inertie dans les systèmes économiques sociaux ; bâtir sur le désir public croissant que les gouvernements agissent sur le changement climatique ; réduire les actions qui augmentent les émissions de gaz à effet de serre et réduisent la résilience (comme par exemple certaines subventions) ; et permettre la transition depuis une gouvernance inefficace et des institutions faibles vers un leadership innovant dans le gouvernement, le secteur privé et la société civile. Lier le changement climatique aux problèmes plus larges de production et consommation soutenables, les questions de droits de l’homme et les valeurs démocratiques, est crucial pour permettre la transition des sociétés vers des voies de développement plus durables. »

En bref, des solutions existent, nombre d’entre elles sont prônées par les associations depuis longtemps et les scientifiques depuis plus récemment, à chacun-e de mettre en oeuvre celles qui sont à sa portée et d’exiger de ses élus la mise en oeuvre de celles qui sont hors de sa portée.

Qu’est-ce qui a bougé, en quatre ans ?

Construction écologique ?

Voilà une photo que je n’ai pas pu m’empêcher de faire et surtout de partager.

maison écologique ?Cette maison en brique cuite industrielle, avec son énorme tas de terre issu des fondations et qui sera considéré comme « déchet du bâtiment » (de l’excellente terre agricole, ô désespoir, un déchet !) illustre parfaitement bien l’aberration de notre monde moderne.

Avec cet énorme tas de terre, et la paille d’un hectare de blé cultivé dans le champ d’à côté, il était possible de faire la même maison, moins coûteuse en énergie (pas de cuisson, pas de transport), stockant du CO2 dans la paille et dans le bois qui aurait servi à faire l’ossature, naturellement isolée, respirante, jolie, agréable à vivre et j’en oublie sans doute. Une comme celle-ci par exemple.

maison écologique !

Mais voilà… Pour le moment, l’éco-construction, qui est pourtant une des grandes solutions aux problèmes énergétiques, aux problèmes de logement et aux problèmes d’emploi, demeure encore trop méconnue, trop difficile à mettre en oeuvre pour des néophytes, et elle est en train d’être récupérée par l’industrie qui tente de nous convaincre que le béton, voire le PVC, sont des matériaux écologiques. Ça me rend malade !

Mais bon, il y a heureusement des personnes qui continuent inlassablement de prêcher dans le désert, même si par moments ils s’usent un peu…

Pour en savoir plus, allez donc voir un peu par , ça vaut la peine.

Hirondelles

Un matin de fin août, il y a quelques années, j’ai passé un long et délicieux moment à regarder une trentaine d’hirondelles de fenêtres tournoyer joyeusement dans ma rue. Elles se posaient sur les fils du téléphone, s’accrochaient sur la génoise ou même directement le crépi du mur d’en face, avant de repartir tout en piaillant joyeusement. À un moment donné, elles se sont toutes envolées, et dans le soleil du matin leurs plumages noir et blanc clignotaient sur le fond du ciel bleu soutenu, c’était très beau !

Chaque année, quand la rentrée approchait, les hirondelles (deux espèces principalement chez nous : de fenêtre et rustique) préparaient leur grand voyage vers l’Afrique. Elles se rassemblaient en grand nombre, parfois par centaines, sur de longs fils téléphoniques ou électriques et babillaient joyeusement. Puis elles partaient pour un long périple, dix mille kilomètres ! Comportant la traversée des Pyrénées, de l’Espagne, de la Méditerranée, du Maghreb, du Sahara… En effet, nos hirondelles passent l’hiver au nord de l’Équateur : le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Centrafrique. Je mets tout au passé : ces dernières années, je ne vois plus ces rassemblements et aucune hirondelle n’a niché dans ma rue l’été dernier.

Au cours de ce périple, nombre de ces jolis petits oiseaux d’une vingtaine de grammes mourront… Pourtant, chaque année, les hirondelles repartent, joyeuses et confiantes. Je me disais en les observant et en les écoutant, que si les hirondelles appliquaient nos principes sécuritaires, elles ne migreraient peut-être pas… et elles auraient sans doute disparu ! La migration est en effet indispensable à leur cycle de vie : insectivores et ne chassant qu’en vol, elles mourraient de faim et de froid si elles passaient l’hiver ici. Mais elles disparaitraient également si elles devaient rester l’été en Afrique. Et sans doute que sans cette forte mortalité migratoire, qui élimine les oiseaux les plus faibles, l’espèce dégénèrerait et pullulerait tout à la fois, ce qui finirait par causer sa perte. Toute ressemblance… serait fortuite ?

Pour finir, une petite colle: où se posaient les hirondelles quand les fils tendus en travers des paysages n’existaient pas ? Eh bien, sur les rameaux les plus fins des arbres et sur les roseaux, ce qui a fait longtemps croire autrefois que les hirondelles s’enfouissaient ensuite dans la vase pour passer l’hiver.

Nombre de ces infos ont été piochées .

Bouc émissaire

Aujourd’hui, c’était la foire d’automne de mon village. Quand il avait été temps de s’inscrire, il y a au moins un mois, je ne l’avais pas fait, pas envie. Et, me connaissant, j’en avais déduit qu’il allait faire un temps de marde le jour J. Et en effet, ce dimanche, après une journée fraîche et grisouille, il s’est mis à tomber des trombes d’eau vers 16 h 30, au plus fort de l’affluence. Il faut savoir qu’on n’a quasiment pas eu de pluie depuis deux ou trois mois, dans mon coin, encore ces jours-ci il faisait beau et chaud. Comme ce n’est pas la première fois que ça m’arrive (pour le moment, les deux années où j’ai prévu d’y participer, il a fait beau, et les deux années où je n’ai pas eu envie, il a fait un temps de marde), j’en conclus que c’est une manifestation supplémentaire de cette étonnante intuition qui me fascine depuis presque quarante ans.

Mais le plus étonnant, à mon avis, c’est la réaction des gens face à ce genre de phénomène. Il y a quinze ans, alors que je préparais la fête de fin d’année de l’école avec les parents d’élèves, j’avais souhaité que nous prévoyions un repli possible en cas de pluie. Je m’étais fait charrier par tout le monde sans exception : en juin il fait toujours beau ici. Ok… Je trouvais dommage de ne pas consacrer dix minutes à ça okazou, ça coûte pas cher mais bon… Et évidemment, il y a eu de l’orage, des trombes d’eau qui ont fichu en l’air la fête de fin d’année, puisqu’on n’avait rien prévu… Et la réaction, donc : tu nous as porté la poisse °.°

Aujourd’hui, je n’ai pu résister à l’envie de raconter à quelqu’un que je n’avais pas tenu mon stand en ayant intuité qu’il ferait mauvais, et à ma surprise, même réaction (même si sur le ton de la plaisanterie) : « tu nous as porté la poisse » °.°

Je ne rêve pas, ça veut bien dire que des adultes a priori censés acceptent plus volontiers d’imaginer que je porte la poisse (par quel miracle serais-je capable de faire ça ? et quel en serait l’intérêt pour moi ?) que d’imaginer que je puisse avoir de l’intuition ? °.°

Franchement, ça me laisse totalement perplexe. Du coup, je suis encore plus motivée pour réussir à lire « Le bouc émissaire » de René Girard. À bien y réfléchir, c’est totalement effrayant.

Tiens, eh bien ça m’amène au « rompol » de Fred Vargas que j’ai lu ce week-end justement et qui parle de la peste, de ceux qui y survivaient et des boucs émissaires, comme dans le bouquin de René Girard : autrefois, quand il y avait une épidémie de peste, on pensait souvent que c’était Dieu, mais quand même on désignait des boucs émissaires, des minorités, souvent les Juifs, qui avaient certainement empoisonné les points d’eau. L’âme humaine change peu, finalement, au fil des siècles. Par exemple, on préfère encore injurier et rabaisser et ridiculiser les « écolo » plutôt que de prendre des mesures simples et efficaces pour lutter contre les fléaux modernes de la pollution et du changement climatique (ce qui créerait des emplois intéressants et gratifiants, soit dit en passant…)

Une Organisation Mondiale pour l’Environnement ?

À l’instant, j’entends qu’on évoque la possibilité de ressortir des cartons le projet qu’avait envisagé Jacques Chirac, alors président français, d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. J’en profite pour ressortir de mes propres cartons cette lettre ouverte, je crains qu’elle n’ait pas pris une ride… La catastrophe écologique a de beaux jours devant elle. 😦

En France, octobre 2006

 Monsieur le Président,

Le 1er septembre 2006, vous avez déclaré[1] devant l’Assemblée générale de l’Organisation des  Nations Unies : « Sachons dépasser les égoïsmes, les dogmatismes, donner sa chance à l’idée généreuse d’un monde rassemblé pour le progrès de l’humanité.

Enfin chacun sait qu’une activité humaine non maîtrisée est en train de provoquer une sorte de lent suicide collectif. Seul le rassemblement des nations autour d’engagements consentis en commun permettra de prévenir un véritable désastre. Créons l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, conscience écologique du monde, et ayant les moyens d’assumer cette responsabilité, lieu privilégié de notre action commune pour les générations futures. La France accueillera l’année prochaine, dans une conférence internationale, toutes celles et tous ceux qui veulent faire progresser ce projet capital pour l’avenir de la planète. »

Monsieur le Président, il existe déjà de par le monde des millions de personnes, particuliers, scientifiques et militants associatifs, qui oeuvrent chaque jour ensemble en dépassant les égoïsmes, parfois au péril de leur vie, pour un vrai progrès de l’humanité. Mais ces personnes-là voient chaque jour leurs efforts réduits à néant par l’égoïsme des entreprises industrielles et le dogmatisme de « responsables » et de politiques de tous bords.

Dans le monde entier, les peuples expriment leur rejet des OGM, qui ne leur apportent aucun progrès réel et dont ils subiront les conséquences néfastes. Pourtant, en France, le dogmatisme et l’égoïsme des semenciers qui détiennent les brevets de ces OGM sont soutenus par l’État, par des subventions massives, par des lois perverses, et même par le recours aux forces armées, financées par les deniers des contribuables.

L’agriculture biologique et les diverses formes d’agriculture durable sont menacées dans leur existence même par les OGM. Elles sont menacées aussi par les lois sur le commerce des semences qui dénient au paysan la liberté fondamentale de choisir sa semence et de semer le grain récolté, geste dans lequel on ne voit pourtant ni dogmatisme ni égoïsme.

Cette agriculture écologique, qui nous permettra peut-être d’échapper au désastre dont vous parlez, est depuis peu soumise à la scandaleuse Loi d’Orientation Agricole de février 2006 qui, en violation flagrante de l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme, interdit de recommander l’emploi de produits sains et naturels comme les extraits végétaux dans la lutte contre les maladies et ravageurs agricoles. Enfin, les fermes où se pratique cette agriculture, et les structures associatives où elle s’élabore, sont privées du soutien et de la reconnaissance dont elles ont besoin pour développer ces vraies alternatives à une agriculture industrielle dont la nocivité pour la santé et l’environnement est prouvée.

La France s’est engagée à diminuer la quantité d’intrants consommés par son agriculture, qui est une des plus polluantes de la planète, mais l’égoïsme des industries des agrofournitures et le dogmatisme des techniciens et des bureaucrates l’en empêchent, avec la complicité des politiques, et on se demande en quoi la création d’une ONUE va changer les choses.

Monsieur le Président, en France comme partout dans le monde, les peuples expriment leur refus du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, et pourtant, en France, pays dont vous êtes le Président, 58 réacteurs nucléaires, sensibles à de simples événements climatiques, sécheresse,  gel ou  inondations, exposés aux éventuels attentats terroristes et à la merci de la première action militaire, voient leur durée de vie prolongée arbitrairement par l’égoïsme et le dogmatisme d’EDF, faisant courir aux Français – mais aussi à leurs voisins européens – de graves périls. Et l’égoïsme et le dogmatisme des tenants du nucléaire, minoritaires dans un pays qui se veut démocratique, pousse notre gouvernement, votre gouvernement, à imposer la construction de l’EPR dont la majorité des Français ne veut pas. La création d’une ONUE va-t-elle enfin obliger les politiques français à respecter la volonté du peuple français ?

Monsieur le Président, nous étouffons sous les déchets. Des particuliers, des scientifiques et des associations ont montré les atteintes que les incinérateurs causent à la santé et à l’environnement, ils insistent sur la nécessité qu’il y a à réduire la production de déchets à la source, par exemple en limitant drastiquement les suremballages inutiles, en remettant au goût du jour la consigne comme le font d’autres pays européens, en pratiquant le tri et le compostage systématique de toutes les matières organiques, au plus près de leur source. Des solutions simples et efficaces existent mais les égoïsmes et dogmatismes des industriels qui fabriquent les « produits » et de ceux – les mêmes – qui traitent les déchets empêchent qu’elles soient appliquées en France alors qu’elles le sont chez nos voisins. La création d’une ONUE va-t-elle obliger la France à faire preuve d’un peu de bon sens ?

Monsieur le Président, une part du changement climatique est liée aux modes de chauffage et de climatisation utilisés pour rendre supportables nos logements et locaux professionnels, bâtis ou rénovés sans souci de leur environnement climatique. Des solutions simples de conception et de rénovation bioclimatiques existent, qui permettent de rendre un bâtiment à la fois économe, confortable et sain. Elles ne peuvent actuellement être mises en oeuvre que par des personnes particulièrement motivées car l’égoïsme des industriels des matériaux de construction et le dogmatisme des énergéticiens et concepteurs en bâtiment leur barrent la route, particulièrement en France. Est-il besoin de créer une structure internationale pour rendre aux peuples le droit de construire avec des matériaux locaux, naturels et sains, avec des savoirfaire ancestraux modernisés, qui ont fait la preuve de leur efficacité ? Ne suffit-il pas de donner les moyens aux architectes, artisans, associations et particuliers de concevoir, rénover et construire des bâtiments selon ces principes connus, éprouvés, modernisés ? La création d’une ONUE est-elle nécessaire pour que se développent enfin des solutions constructives expérimentées avec succès partout sur la Terre et vers lesquelles se tournent nos voisins européens ?

Monsieur le Président, les transports sont actuellement un des plus grands pourvoyeurs de gaz à effet de serre. La France possédait un magnifique réseau ferroviaire qui a été démantelé, sans aucune concertation avec ses usagers, au profit d’un développement anarchique et indéfini du « tout routier », en particulier des autoroutes. Une part des transports concerne des objets dont la production pourrait parfaitement être relocalisée, si l’égoïsme des industriels et le dogmatisme des économistes ne les poussaient pas à produire toujours plus loin pour toujours moins cher, au grand dam des travailleurs de nos pays et de ceux qui sont exploités ailleurs. Une autre part des transports concerne les déplacements personnels qui pourraient parfaitement s’effectuer en commun si des structures efficaces étaient vraiment développées. Là aussi, des particuliers et des associations proposent des solutions, ils sont pourtant rarement écoutés, le seront-ils davantage au sein d’une ONUE ?

Monsieur le Président, la conscience écologique est là. Ce sont les politiques – représentants du peuple insidieusement autoproclamés décideurs – qui, par leur égoïsme et leur dogmatisme, empêchent que de vraies mesures réellement efficaces soient mises en oeuvre pour empêcher ce lent suicide – ou faudrait-il dire meurtre ? – collectif. La France a, comme d’autres pays, pris des engagements dans le cadre du protocole de Kyoto, elle ne les respecte même pas.

Commençons par là plutôt que de créer une énième structure internationale. Il n’est plus temps de discourir, il est temps d’agir. La maison brûle et vous regardez ailleurs !

Au fait, monsieur le Président, pourquoi créer une ONUE puisqu’elle existe déjà et se nomme PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) ?

Recevez, monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments les plus citoyens.

Arrêter le nucléaire maintenant, est-ce possible ?

Cet hiver 2012 comme chaque hiver en période de grand froid, la prétendue « indépendance énergétique » de la France est mise en défaut puisque notre pays est obligé d’importer massivement du courant d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Les risques de coupure qu’on nous annonce à chaque fois ne sont donc que la conséquence de choix énergétiques irrationnels, qui font la part belle au nucléaire et au chauffage électrique, lequel est censé écouler le surplus d’électricité produite.
La première idée reçue à laquelle tordre le coup est la supposée « indépendance énergétique de la France ». En effet, le nucléaire n’assure aucunement notre indépendance énergétique puisque notre uranium est importé à 100 %, essentiellement du Niger – où il est d’ailleurs extrait dans des conditions scandaleuses pour les travailleurs et les populations locales. À moins que le Niger soit une colonie française ?

De plus, le nucléaire est une énergie non renouvelable, l’uranium étant un métal, élément naturel dont les gisements ne seront pas éternels. Pour combien de temps en avons-nous ? Les avis sont partagés, mais un jour ou l’autre, il faudra fonctionner autrement, alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?

La deuxième idée reçue concerne l’emploi. Le nucléaire ne crée que peu d’emplois, souvent précaires et malsains : EDF fait de plus en plus appel à des intérimaires qui se surnomment eux-mêmes « viande à rems », ce qui en dit long sur leurs conditions de travail. Tandis que le recours aux renouvelables, à la mise en oeuvre de l’efficacité énergétique et des économies d’énergies (isolation correcte de tous les bâtiments, maisons passives, appareils électroménagers de qualité…) seraient bien plus pourvoyeuses d’emploi que ne le sera jamais le nucléaire. Des emplois valorisants et sains, répartis sur l’ensemble du territoire.

La troisième idée reçue concerne la soi-disant « propreté du nucléaire« . Le nucléaire est particulièrement polluant. D’une part, il manque de souplesse et il faut recourir aux énergies fossiles en période de pointe (centrales à gaz ou importation). Or ces centrales à charbon, sous-utilisées, sont très polluantes. D’autre part, l’énergie nucléaire ne résout aucunement les problèmes liés à l’effet de serre puisqu’elle ne représente que 5 à 6 % de la consommation mondiale d’énergie (et 17 % de l’électricité). Or les gaz à effet de serre sont produits en majorité par les usages non électriques de l’énergie : transports, industrie, bâtiment, agriculture.

Et justement, le nucléaire génère des pollutions liées aux transports des matériaux de construction puis de combustibles et de déchets, ainsi que des pollutions liées aux chantiers pharaoniques de la construction de nouvelles centrales : la fabrication des milliers de tonnes de béton nécessaires pour la construction d’une centrale produit beaucoup de CO2. Et si les centrales sont un jour mises à la retraite (quand ?), que faire de tout ce béton contaminé ?
De surcroît, nucléariser ne serait-ce que 80 % de la production mondiale d’électricité nécessiterait de construire 2 000 réacteurs supplémentaires (il y en a actuellement 440), et dans des délais très courts, ce qui n’est absolument pas réaliste.

Enfin, il n’y a aucune possibilité d’éliminer les « déchets » radioactifs pour des siècles et des siècles… amen ? Voilà cinquante ans qu’on nous promet que ce problème sera un jour résolu… Quand ?! Malgré les budgets faramineux consacrés à la recherche dans ce domaine, absolument aucune solution satisfaisante n’est encore proposée.

De plus, les centrales ne sont pas étanches (fuites radioactives dans l’eau, l’air) et des proliférations microbiennes et autres sont constatées dans les eaux devenues trop chaudes en aval des centrales. Même les pêcheurs s’inquiètent !

La quatrième idée reçue concerne le mythe de « l’énergie bon marché« . Le nucléaire est coûteux : des milliards d’euros sont pris sur les fonds publics pour la recherche nucléaire au détriment des autres sources d’énergie et des autres secteurs de la recherche. Que dire du coût exorbitant de la construction et du fonctionnement, du démantèlement et de la « gestion des déchets » pendant des milliers d’années ! Et en cas d’accident majeur ? À titre d’exemple, le coût des conséquences de l’explosion d’AZF à Toulouse est estimé à plus d’1,5 milliards d’euros… et c’est une catastrophe mineure, au regard d’accidents de type Tchernobyl ou Fukushima.

La cinquième idée reçue concerne « l’innocuité du nucléaire sur la santé« . Le nucléaire est dangereux pour la santé : il s’ajoute aux autres sources de radioactivité déjà nombreuses (naturelle, retombées des essais militaires, rejets et traitements médicaux, irradiation des aliments…) On sait maintenant qu’aucune dose n’est anodine. Pourquoi ne pas dépenser l’argent des contribuables (notre argent !) plutôt à limiter ces pollutions radioactives qu’à en rajouter ?
Quant à l’accident… on est bien obligé maintenant d’admettre qu’il est possible, puisqu’il a eu lieu, et à plusieurs reprises. Il est même de plus en plus probable, compte tenu du vieillissement du parc nucléaire et de l’allongement artificiel de la longévité des centrales pour des raisons purement comptables. En France, les incidents se multiplient et même la CGT, réputée pro-nucléaire, tire la sonnette d’alarme ! Sans compter bien sûr les risques d’attentats et de malveillances, d’accidents lors des transports, ou liés aux aléas climatiques. Des déchets radioactifs traversent la France en camion et en train deux à trois fois par semaine ! Une catastrophe majeure style Tchernobyl ou Fukushima, c’est des victimes innombrables, des régions entières inhabitables, des conséquences sanitaires gravissimes (cancers, malformations congénitales…) et ce, pendant des milliers d’années.

De plus, le nucléaire est dangereux pour la démocratie : depuis l’été 2003, toute information concernant le nucléaire même civil est maintenant classée « secret défense ». La gestion d’une catastrophe nucléaire serait donc militaire… et quelle gestion ? Les Toulousains n’ont pas oublié celle de l’explosion d’AZF… Il est peut-être utile aussi de rappeler que plus de 60 % des Français sont contre le nucléaire… Que dire de la gestion de la catastrophe de Fukushima ? Les Japonais sont plus incompétents que les Français ? Allons donc…

Enfin, le nucléaire est dangereux pour la paix. La plupart des pays développés l’abandonnent, seuls les pays en développement y recourent (une partie des matières radioactives produites dans les centrales peut servir à des fins militaires…) La France serait donc un pays en voie de développement ?

Il faut sortir immédiatement du nucléaire, ou nous n’en sortirons jamais… et c’est possible !

Bien sûr, en France, 75 % de l’électricité est d’origine nucléaire et les renouvelables ne peuvent pas prendre le relais immédiatement (actuellement, il faudrait 200 000 éoliennes !)

Mais l’équivalent de 12 réacteurs est envoyé à l’exportation, or rien ne nous oblige à accepter de produire de l’électricité nucléaire pour les pays qui se vantent de ne plus le faire !

L’équivalent de 9 réacteurs sert pour l’autoconsommation des centrales (uranium enrichi, retraitement, etc.) et le transport du courant (lignes haute tension et transformateurs), 17 sont arrêtés en permanence pour réparation… en fait, seule une vingtaine de réacteurs sert vraiment à notre consommation ! Il n’est donc nécessaire de remplacer que la production de 20 réacteurs, et non de 58, soit le tiers, ce qui est quand même bien plus réaliste.

Une sortie immédiate peut donc s’envisager avec, en période de transition :

1) des mesures d’économies d’électricité, possibles sans perte de confort (logements correctement isolés, interdiction du chauffage électrique, appareils classe A, suppression des veilles, limitation des éclairages nocturnes publics, dans les vitrines et les bureaux…) et rapidement mises en œuvre grâce à des mesures politiques d’incitation, à l’instar de ce qui fut fait pour renouveler le parc automobile. Prenons exemple sur les Japonais ! Depuis Fukushima, ils ont drastiquement diminué leur consommation électrique, s’en portent-ils vraiment plus mal ?

Douze réacteurs servent à la production d’eau chaude sanitaire et au chauffage électrique, ce qui est une aberration ! L’eau chaude sanitaire et le chauffage peuvent être assurés de nombreuses façons, le chauffage est même quasi inutile dans des logements correctement conçus (Label Minergie par exemple).

2) l’utilisation de toute la puissance déjà installée des centrales hydrauliques et des centrales thermiques à énergies fossiles (charbon). Ces dernières sont actuellement utilisées à 10 % de leurs capacités, pour les seules périodes de pointe. Modernisées et utilisées avec régularité, elles pollueraient bien moins qu’elles ne le font actuellement.
Le réchauffement climatique est souvent utilisé comme contre-argument à cette solution. Il faut savoir que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre ! Il y a aussi la vapeur d’eau (et les centrales nucléaires en produisent beaucoup), le méthane, le N2O et surtout les HFC et PFC (refroidissement dans l’industrie, les transports…) qui ont un potentiel de réchauffement global 10 à 15 000 fois plus élevé que le CO2. Limiter les transports serait plus efficace pour limiter la production de GES que de continuer à nucléariser la France. La production d’énergie électrique française ne représente que 1 % de la production d’énergie mondiale… autant dire vraiment pas grand chose.

Il est possible, et indispensable, de :

– développer la cogénération (une centrale produit 2/3 de chaleur pour 1/3 d’électricité), développer les renouvelables (solaire, éolien, biomasse…), la méthanisation…

– développer l’éco-construction et l’habitat bioclimatique

– décentraliser la production d’énergie et adapter les solutions aux situations locales

Enfin, sortir du nucléaire créera des emplois ! Autrement plus nombreux, sains et valorisants que ceux du nucléaire. L’enjeu ne vaut-il pas la chandelle ?

N.B. je suis signataire de l’Appel des femmes pour l’arrêt immédiat du nucléaire