Septembre 2001

Récemment a eu lieu à Toulouse le « procès d’AZF », vous savez, l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre 2001. Personne à Toulouse, comme dans tout Midi-Pyrénées, n’oubliera ce qu’il-elle faisait ce matin-là, tout comme chacun dans le monde se rappelle le 11 septembre, dix jours auparavant.

Pour moi, septembre 2001, ça a commencé dès le 5, par l’annonce du décès d’une jeune femme avec laquelle j’avais sympathisé au printemps précédent. J’avais passé quelques jours chez elle, pour un petit stage d’arboriculture bio. Elle avait créé un merveilleux pré-verger, avec surtout des pommiers, mais aussi des pêchers, poiriers, nashis et j’en oublie sans doute. Et plein de fleurs sauvages.

Son verger était constitué de plusieurs parcelles, entourées de haies vives magnifiques, qu’elle avait plantées elle-même. La maladie l’a fauchée en plein vol, avant quarante ans, alors que son verger produisait encore peu. Nous avions même envisagé que je le reprenne, ça ne s’est pas fait, son oeuvre est continuée par quelqu’un qui, je l’espère, le fait vivre dans l’esprit qu’elle avait souhaité. Je la savais très malade, mais c’est quand même toujours difficile d’accepter de voir mourir une femme jeune, surtout avec de si beaux projets.

Le lendemain, le 6 septembre 2001, j’apprenais le décès de ma grand-tante, celle qui était pour moi comme une troisième grand-mère. Elle avait 93 ans, elle était malade depuis quelques mois, mais je l’aimais beaucoup et cela m’a beaucoup attristée. Et puis elle était la dernière de sa génération, dans ma famille, ça aussi c’est un peu dur, un rempart de moins entre moi et la grande faucheuse…

Et puis, à la veille de mon départ pour les obsèques de ma grand-tante, le 11 septembre 2001, l’attentat contre les tours jumelles de New-York. J’ai été choquée, horrifiée, comme tout le monde. Et devoir partir pour Paris le lendemain, même en train, n’avait rien pour m’enchanter… Heureusement, tout s’est bien passé.

Quand je suis revenue chez moi, j’aspirais à un peu de calme…

Dix jours plus tard, le 21 septembre 2001, quand l’usine AZF a explosé, je me trouvais à quelques kilomètres de là et je faisais de la relaxation. Quand ça a fait boum, nous avons toutes sursauté, pensé qu’un avion avait explosé sur l’aéroport, ou quelque part à l’Aérospatiale. Nous avons fini notre séance, sans nous douter de rien. Quand je suis montée dans ma voiture, la radio donnait des informations encore vagues. Une énorme explosion à Toulouse, mais on ne savait pas encore où ! Tout le monde avait l’impression que ça avait pété au bout de sa rue. Il paraît que les pompiers ont dû grimper sur je-ne-sais quel haut bâtiment pour tenter de savoir où avait eu lieu au juste l’explosion !

Je suis donc repartie vers chez moi, ignorant que l’explosion avait eu lieu au bord de la rocade que j’avais empruntée une demi-heure avant la catastrophe. Je serais arrivée une demi-heure après, ou partie une demi-heure avant… brouf !

Donc, comme des milliers de Toulousains, je me suis retrouvée bloquée sur la rocade. Bien sûr, elle avait été fermée du côté de l’usine et tout le monde renvoyé sur l’autre côté de la ville. Et des milliers de personnes avaient quitté leur travail, essayant de rentrer chez eux, de retrouver leurs enfants, leurs conjoints. De temps en temps, passait dans l’autre sens une voiture couverte de suie…

Je me souviens de cet instant surréaliste, assise dans ma voiture au milieu de milliers d’autres voitures, toutes roulant au ralenti voire par moment arrêtées, alors que la radio annonçait le passage d’un nuage toxique sur la ville rose…

Que dire ? Je n’avais pas envie de mourir asphyxiée dans ma voiture, au milieu de milliers d’inconnus ! Il régnait un calme étonnant. Nous étions tous là, tous calmes… Et pourtant, la mort s’apprêtait peut-être à nous survoler, et nous emporter avec elle ?

Calmement, j’ai réfléchi que ce jour-là, c’était vent d’autan, et que vu où je me trouvais par rapport à l’usine, le nuage toxique ne me survolerait pas, ça m’a rassérénée. Moi qui suis claustrophobe, qui déteste être bloquée, je n’ai pourtant même pas paniqué, je suis restée calme, étonnamment calme, comme tous ces inconnus autour de moi (*)

Je ne suis pas rentrée tout de suite chez moi finalement, je suis retournée à mon boulot, essayer de téléphoner, comme tout le monde, mais impossible, bien sûr. Je savais mes enfants en sûreté dans leur école, loin de là, leur père aussi, à son travail, mais mon compagnon ? Avec son boulot de dépanneur, il pouvait être n’importe où, y compris au mauvais endroit au mauvais moment.

À des kilomètres à la ronde, la circulation a été problématique jusque très tard dans la nuit, j’ai dû prendre des petites routes invraisemblables pour rentrer chez moi en évitant les bouchons, j’en avais ma claque, des bouchons !

J’ai eu de la chance, j’étais suffisamment loin quand AZF a sauté, mais à une demi-heure près, j’étais aux premières loges. J’ai eu de la chance, personne de mes proches n’a été touché. Mais je reste, comme tout le monde ici, bouleversée par cette catastrophe à la fois dramatique et miraculeuse : si la SNPE, située à quelques centaines de mètres seulement, avec ses cuves de phosgène, avait sauté aussi, Toulouse aurait été rayée de la carte, purement et simplement.

Si les enfants n’avaient pas été tous en récréation, ils auraient été nombreux à périr poignardés par les éclats de verre dans leurs salles de classe.

Si, si, si…

Si seulement cette catastrophe avait servi de leçon !

Mais non… Nos merveilleux politiques n’ont rien trouvé de plus intelligent que de construire sur ce site hautement toxique, situé tout près d’une usine à risques… un cancéropôle ! Sans parler des tonnes d’ammonitrates encore plus ou moins enfouis non loin de ce site… Et, bien sûr, de toutes ces usines dites « Seveso » qui fleurissent encore dans le monde entier.

Un jour, j’ai trouvé en ville une série de ces cartes postales gratuites… La colère m’a prise, je les ai toutes emmenées, et détournées ainsi. En bas, ils ont eu le culot d’écrire « Cette carte vous est offerte par la Mairie de Toulouse« , j’ai rajouté « avec votre argent de contribuable« . Il ne faudrait pas l’oublier : l’argent public est NOTRE argent et c’est avec notre argent, détourné par le biais habile des subventions publiques, que ces saloperies sont commises.

(*) État de choc, en fait, je m’en rends compte maintenant (le 18/02/2012 !)

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La petite fille

Prologue

Ce n’est sûrement pas un hasard si je peux enfin écrire cet épisode le 21 septembre 2011, jour du 10è anniversaire de l’explosion d’AZF. Comme tous les Midi-Pyrénéens, j’ai été très touchée par cet accident (et c’est un euphémisme). Je suis passée devant AZF exactement une demi-heure avant l’explosion, de là où j’étais je l’ai entendue en croyant que c’était un attentat du côté de l’aéroport ou d’Airbus, ensuite j’étais sur la rocade quand le nuage est passé, et pendant quelques interminables minutes j’ai pensé que j’allais peut-être périr asphyxiée dans ma voiture, seule et pourtant entourée de milliers d’inconnus, tous coincés comme moi dans un gigantesque embouteillage.

Bien sûr, avant ça il y avait eu le choc de l’attentat du 11 septembre comme pour tout le monde et, pour ce qui me concerne, deux décès de proches les 5 et 6 septembre. J’étais allée aux obsèques de ma dernière grand-tante, que j’aimais beaucoup, le 13 septembre, et je trouvais que ça commençait à bien faire. Mais là n’est pas le propos. Quand vous aurez tout lu, vous comprendrez peut-être comme moi pourquoi c’est juste aujourd’hui que ce texte éclot enfin.

J’étais partie raisonnablement me coucher pour être en forme le lendemain, jour de marché. Et je ne sais pas ce qui m’a pris. J’étais roulée en boule dans mon lit, j’ai serré mes poings sur mes yeux (si fort et si longtemps que j’ai tapé le texte ci-dessous à l’aveuglette tant ma vue est restée trouble un long moment) et ce récit, qui me hante depuis des mois, m’est enfin venu sous une forme racontable. J’ai tremblé, mon coeur a battu la chamade, mais je suis allée au bout et je me sens mieux (j’ai faim !) Pas envie de me relire, je le livre tel qu’il m’est venu, et c’est bien sûr une histoire vraie, puisque je ne sais pas inventer.

La petite fille (21 septembre 2011)

C’est l’histoire d’une petite fille de dix-neuf mois, qui vivait avec ses parents dans un appartement d’une banlieue lyonnaise. La petite fille n’avait jamais quitté sa maman, sauf parfois pour de courts moments quand celle-ci la confiait à ses voisins plus âgés, un couple sans enfants, ravi de pouponner à l’occasion. Comme la petite fille ne parlait pas encore, sa maman croyait qu’elle ne pouvait pas comprendre, alors elle ne lui parlait pas beaucoup. Mais quand elle le faisait, c’était en russe, sa langue maternelle à elle. Le reste du temps, la maman parlait français : à son mari, ses voisins, aux commerçants. Il y avait deux langues, dans la vie de la petite fille.

Croyant que sa petite fille ne pouvait pas comprendre puisqu’elle ne parlait pas, la maman ne lui avait pas expliqué qu’elle était enceinte, que bientôt il y aurait un bébé avec eux.

Un jour, une amie de la maman est venue, elle était aussi la marraine de la petite fille, mais celle-ci ne le savait sans doute pas. Est-elle venue une seule journée, ou plusieurs jours ? L’histoire ne le dit pas. Quoi qu’il en soit, un beau jour de cet été-là la petite fille et sa maman sont allées à la gare avec la marraine. Seulement la maman a mis sa petite fille dans les bras de la marraine, la marraine est montée dans le train avec la petite fille dans ses bras, la porte du train s’est fermée, le train est parti et la maman de la petite fille a disparu.

Je devrais arrêter le conte ici. Car c’est à ce moment-là qu’a lieu la dévastation, l’effondrement intérieur de l’univers de la petite fille, effondrement certainement comparable à la destruction des Twin Towers pour les New-Yorkais.

Mais continuons, car la vie continue, elle !

La marraine a installé la petite fille sur un siège du train et elle s’est assise en face, ou à côté d’elle, l’histoire ne le dit pas. Ce que l’histoire dit, c’est que la petite fille est restée silencieuse et immobile pendant tout le trajet. Lyon-Paris, en 1963, ça devait prendre pas mal d’heures, et pas mal d’heures, c’est long pour une petite fille de dix-neuf mois, mais existe-t-il encore un temps et un espace, quand on a dix-neuf mois et que le monde s’est effondré ? Existe-t-il encore autre chose qu’un grand trou noir plein de larmes qui se forme, grandit, s’étend et menacera de l’engloutir pendant des décennies ? Existe-t-il alors autre chose que l’angoisse aux longs doigts glacés qui surgira aux décours de sa vie, parfois dans les moments les plus inattendus ?

Le train a fini par s’arrêter pour de bon. La marraine a pris sa petite fille dans ses bras, elles sont descendues du train. Là, sur le quai, un homme et une femme les attendaient et les ont accueillies avec joie (l’histoire ne le dit pas, mais je le sens comme ça). Ils ont pris la petite fille dans leurs bras, lui ont parlé russe comme sa maman. La marraine a disparu, mais est-ce que ça avait de l’importance ?

L’homme et la femme, c’étaient les grands-parents maternels de la petite fille, mais le savait-elle ? Cela avait-il du sens pour elle ? Les connaissait-elle ? Cela non plus, l’histoire ne le dit pas. Les grands-parents, heureux et fiers, ont emmené la petite fille chez eux : un vieil immeuble avec un torréfacteur dans la cour, tout l’escalier sent bon le café fraîchement torréfié. L’escalier sent aussi la cire, c’est un vieil escalier qui grince, il est en bois, avec un tapis rouge retenu à chaque marche par une tringle en laiton (la petite fille y est revenue plus tard, c’est pour ça qu’elle s’en souvient aussi précisément).

L’appartement des grands-parents est tout petit, encore plus petit que celui où la petite fille vivait avec ses parents. Il est tout petit et sombre, mais chaleureux. Une entrée minuscule, avec un meuble étroit fabriqué par le grand-père et, dessus un gros téléphone noir, qui sonne de temps en temps, vigoureusement, et dans lequel la grand-mère parle avec animation. À gauche, une petite chambre, meublée d’un grand lit, et une sorte de long buffet en guise de commode. Un ou deux fauteuils, aussi. Ensuite, un petit salon – salle à manger, qui communique avec la chambre, mais auquel on accède par le couloir. Dans ce salon, une table massive en bois, quatre larges chaises, un buffet avec les mêmes moulures indescriptibles que la table et, au fond, dans l’angle, près de la fenêtre, le divan entouré d’étagères couvertes de livres. C’est là que dormira la petite fille, c’est là qu’a dormi sa mère jusqu’à son mariage.

De l’autre côté du couloir, une minuscule salle de bain avec, sur un mur, la collection de porte-clefs du grand-père. Ensuite, une minuscule cuisine et des toilettes microscopiques.

La petite fille est très entourée. Sa grand-mère lui parle beaucoup, son grand-père est sans doute là aussi (probablement est-il en vacances ? on est en août et il attend la naissance du deuxième bébé de sa fille unique, peut-être un garçon cette fois-ci ?) Il y a aussi la grand-tante de la petite fille, et son mari. Ils n’ont pas pu avoir d’enfants et sont ravis de profiter pleinement de la petite fille. Et il y a son arrière-grand-mère, une très vieille dame qui fait un peu peur (elle est vraiment très vieille : quatre-vingt-un ans et elle a de la moustache et des poils au menton qui piquent). Tout ce monde-là est émerveillé devant la petite fille qui est si mignonne, ils lui parlent tous russe et la petite fille commence à parler, russe évidemment (la grand-mère racontera souvent avec fierté que sa petite-fille a commencé à parler chez elle et a parlé russe avant de parler français…) Toutes ces grandes personnes lui chantent des comptines, l’emmènent au parc, bref, ça doit être plutôt agréable finalement. Et ça a l’air parti pour durer. Combien de temps ça dure, l’histoire ne le dit pas, mais quinze jours paraît probable. Quinze jours, pour une petite fille de dix-neuf mois, c’est très long ! C’est un peu comme quinze mois pour un-e adulte de cinquante ans…

Seulement voilà… Un jour, les grands-parents partent avec la petite fille. Lui a-t-on expliqué quelque chose ? L’histoire ne le dit pas, mais quand bien même, faute de la moindre référence, ce quelque chose aurait-il le moindre sens pour elle ? Le trajet se fait sans doute avec la Dauphine du grand-père mais peu importe. Voilà que, soudain, descendue du véhicule, la petite fille reconnaît la porte de l’immeuble, la cage d’escalier, la porte de l’appartement. Et, quand la porte s’ouvre et que sa maman la regarde, la petite fille la fusille de ce regard noir qui en effraiera plus d’un-e par la suite. Ce n’est qu’à ce moment-là que la maman comprend qu’elle a fait une grosse bêtise, mais il y a gros à parier qu’elle ne sait même pas que c’est encore pire que ce qu’elle croit, et que la bêtise, ce n’est peut-être pas qu’elle ait abandonné sa petite fille, mais qu’elle l’ait reprise. Quand la petite fille entre dans l’appartement, il y a là un affreux bébé à bulles qui a pris sa place, et rien ne sera jamais plus comme avant.

Une Organisation Mondiale pour l’Environnement ?

À l’instant, j’entends qu’on évoque la possibilité de ressortir des cartons le projet qu’avait envisagé Jacques Chirac, alors président français, d’une Organisation Mondiale de l’Environnement. J’en profite pour ressortir de mes propres cartons cette lettre ouverte, je crains qu’elle n’ait pas pris une ride… La catastrophe écologique a de beaux jours devant elle. 😦

En France, octobre 2006

 Monsieur le Président,

Le 1er septembre 2006, vous avez déclaré[1] devant l’Assemblée générale de l’Organisation des  Nations Unies : « Sachons dépasser les égoïsmes, les dogmatismes, donner sa chance à l’idée généreuse d’un monde rassemblé pour le progrès de l’humanité.

Enfin chacun sait qu’une activité humaine non maîtrisée est en train de provoquer une sorte de lent suicide collectif. Seul le rassemblement des nations autour d’engagements consentis en commun permettra de prévenir un véritable désastre. Créons l’Organisation des Nations unies pour l’environnement, conscience écologique du monde, et ayant les moyens d’assumer cette responsabilité, lieu privilégié de notre action commune pour les générations futures. La France accueillera l’année prochaine, dans une conférence internationale, toutes celles et tous ceux qui veulent faire progresser ce projet capital pour l’avenir de la planète. »

Monsieur le Président, il existe déjà de par le monde des millions de personnes, particuliers, scientifiques et militants associatifs, qui oeuvrent chaque jour ensemble en dépassant les égoïsmes, parfois au péril de leur vie, pour un vrai progrès de l’humanité. Mais ces personnes-là voient chaque jour leurs efforts réduits à néant par l’égoïsme des entreprises industrielles et le dogmatisme de « responsables » et de politiques de tous bords.

Dans le monde entier, les peuples expriment leur rejet des OGM, qui ne leur apportent aucun progrès réel et dont ils subiront les conséquences néfastes. Pourtant, en France, le dogmatisme et l’égoïsme des semenciers qui détiennent les brevets de ces OGM sont soutenus par l’État, par des subventions massives, par des lois perverses, et même par le recours aux forces armées, financées par les deniers des contribuables.

L’agriculture biologique et les diverses formes d’agriculture durable sont menacées dans leur existence même par les OGM. Elles sont menacées aussi par les lois sur le commerce des semences qui dénient au paysan la liberté fondamentale de choisir sa semence et de semer le grain récolté, geste dans lequel on ne voit pourtant ni dogmatisme ni égoïsme.

Cette agriculture écologique, qui nous permettra peut-être d’échapper au désastre dont vous parlez, est depuis peu soumise à la scandaleuse Loi d’Orientation Agricole de février 2006 qui, en violation flagrante de l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme, interdit de recommander l’emploi de produits sains et naturels comme les extraits végétaux dans la lutte contre les maladies et ravageurs agricoles. Enfin, les fermes où se pratique cette agriculture, et les structures associatives où elle s’élabore, sont privées du soutien et de la reconnaissance dont elles ont besoin pour développer ces vraies alternatives à une agriculture industrielle dont la nocivité pour la santé et l’environnement est prouvée.

La France s’est engagée à diminuer la quantité d’intrants consommés par son agriculture, qui est une des plus polluantes de la planète, mais l’égoïsme des industries des agrofournitures et le dogmatisme des techniciens et des bureaucrates l’en empêchent, avec la complicité des politiques, et on se demande en quoi la création d’une ONUE va changer les choses.

Monsieur le Président, en France comme partout dans le monde, les peuples expriment leur refus du nucléaire, qu’il soit civil ou militaire, et pourtant, en France, pays dont vous êtes le Président, 58 réacteurs nucléaires, sensibles à de simples événements climatiques, sécheresse,  gel ou  inondations, exposés aux éventuels attentats terroristes et à la merci de la première action militaire, voient leur durée de vie prolongée arbitrairement par l’égoïsme et le dogmatisme d’EDF, faisant courir aux Français – mais aussi à leurs voisins européens – de graves périls. Et l’égoïsme et le dogmatisme des tenants du nucléaire, minoritaires dans un pays qui se veut démocratique, pousse notre gouvernement, votre gouvernement, à imposer la construction de l’EPR dont la majorité des Français ne veut pas. La création d’une ONUE va-t-elle enfin obliger les politiques français à respecter la volonté du peuple français ?

Monsieur le Président, nous étouffons sous les déchets. Des particuliers, des scientifiques et des associations ont montré les atteintes que les incinérateurs causent à la santé et à l’environnement, ils insistent sur la nécessité qu’il y a à réduire la production de déchets à la source, par exemple en limitant drastiquement les suremballages inutiles, en remettant au goût du jour la consigne comme le font d’autres pays européens, en pratiquant le tri et le compostage systématique de toutes les matières organiques, au plus près de leur source. Des solutions simples et efficaces existent mais les égoïsmes et dogmatismes des industriels qui fabriquent les « produits » et de ceux – les mêmes – qui traitent les déchets empêchent qu’elles soient appliquées en France alors qu’elles le sont chez nos voisins. La création d’une ONUE va-t-elle obliger la France à faire preuve d’un peu de bon sens ?

Monsieur le Président, une part du changement climatique est liée aux modes de chauffage et de climatisation utilisés pour rendre supportables nos logements et locaux professionnels, bâtis ou rénovés sans souci de leur environnement climatique. Des solutions simples de conception et de rénovation bioclimatiques existent, qui permettent de rendre un bâtiment à la fois économe, confortable et sain. Elles ne peuvent actuellement être mises en oeuvre que par des personnes particulièrement motivées car l’égoïsme des industriels des matériaux de construction et le dogmatisme des énergéticiens et concepteurs en bâtiment leur barrent la route, particulièrement en France. Est-il besoin de créer une structure internationale pour rendre aux peuples le droit de construire avec des matériaux locaux, naturels et sains, avec des savoirfaire ancestraux modernisés, qui ont fait la preuve de leur efficacité ? Ne suffit-il pas de donner les moyens aux architectes, artisans, associations et particuliers de concevoir, rénover et construire des bâtiments selon ces principes connus, éprouvés, modernisés ? La création d’une ONUE est-elle nécessaire pour que se développent enfin des solutions constructives expérimentées avec succès partout sur la Terre et vers lesquelles se tournent nos voisins européens ?

Monsieur le Président, les transports sont actuellement un des plus grands pourvoyeurs de gaz à effet de serre. La France possédait un magnifique réseau ferroviaire qui a été démantelé, sans aucune concertation avec ses usagers, au profit d’un développement anarchique et indéfini du « tout routier », en particulier des autoroutes. Une part des transports concerne des objets dont la production pourrait parfaitement être relocalisée, si l’égoïsme des industriels et le dogmatisme des économistes ne les poussaient pas à produire toujours plus loin pour toujours moins cher, au grand dam des travailleurs de nos pays et de ceux qui sont exploités ailleurs. Une autre part des transports concerne les déplacements personnels qui pourraient parfaitement s’effectuer en commun si des structures efficaces étaient vraiment développées. Là aussi, des particuliers et des associations proposent des solutions, ils sont pourtant rarement écoutés, le seront-ils davantage au sein d’une ONUE ?

Monsieur le Président, la conscience écologique est là. Ce sont les politiques – représentants du peuple insidieusement autoproclamés décideurs – qui, par leur égoïsme et leur dogmatisme, empêchent que de vraies mesures réellement efficaces soient mises en oeuvre pour empêcher ce lent suicide – ou faudrait-il dire meurtre ? – collectif. La France a, comme d’autres pays, pris des engagements dans le cadre du protocole de Kyoto, elle ne les respecte même pas.

Commençons par là plutôt que de créer une énième structure internationale. Il n’est plus temps de discourir, il est temps d’agir. La maison brûle et vous regardez ailleurs !

Au fait, monsieur le Président, pourquoi créer une ONUE puisqu’elle existe déjà et se nomme PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) ?

Recevez, monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments les plus citoyens.

Arrêter le nucléaire maintenant, est-ce possible ?

Cet hiver 2012 comme chaque hiver en période de grand froid, la prétendue « indépendance énergétique » de la France est mise en défaut puisque notre pays est obligé d’importer massivement du courant d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Les risques de coupure qu’on nous annonce à chaque fois ne sont donc que la conséquence de choix énergétiques irrationnels, qui font la part belle au nucléaire et au chauffage électrique, lequel est censé écouler le surplus d’électricité produite.
La première idée reçue à laquelle tordre le coup est la supposée « indépendance énergétique de la France ». En effet, le nucléaire n’assure aucunement notre indépendance énergétique puisque notre uranium est importé à 100 %, essentiellement du Niger – où il est d’ailleurs extrait dans des conditions scandaleuses pour les travailleurs et les populations locales. À moins que le Niger soit une colonie française ?

De plus, le nucléaire est une énergie non renouvelable, l’uranium étant un métal, élément naturel dont les gisements ne seront pas éternels. Pour combien de temps en avons-nous ? Les avis sont partagés, mais un jour ou l’autre, il faudra fonctionner autrement, alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?

La deuxième idée reçue concerne l’emploi. Le nucléaire ne crée que peu d’emplois, souvent précaires et malsains : EDF fait de plus en plus appel à des intérimaires qui se surnomment eux-mêmes « viande à rems », ce qui en dit long sur leurs conditions de travail. Tandis que le recours aux renouvelables, à la mise en oeuvre de l’efficacité énergétique et des économies d’énergies (isolation correcte de tous les bâtiments, maisons passives, appareils électroménagers de qualité…) seraient bien plus pourvoyeuses d’emploi que ne le sera jamais le nucléaire. Des emplois valorisants et sains, répartis sur l’ensemble du territoire.

La troisième idée reçue concerne la soi-disant « propreté du nucléaire« . Le nucléaire est particulièrement polluant. D’une part, il manque de souplesse et il faut recourir aux énergies fossiles en période de pointe (centrales à gaz ou importation). Or ces centrales à charbon, sous-utilisées, sont très polluantes. D’autre part, l’énergie nucléaire ne résout aucunement les problèmes liés à l’effet de serre puisqu’elle ne représente que 5 à 6 % de la consommation mondiale d’énergie (et 17 % de l’électricité). Or les gaz à effet de serre sont produits en majorité par les usages non électriques de l’énergie : transports, industrie, bâtiment, agriculture.

Et justement, le nucléaire génère des pollutions liées aux transports des matériaux de construction puis de combustibles et de déchets, ainsi que des pollutions liées aux chantiers pharaoniques de la construction de nouvelles centrales : la fabrication des milliers de tonnes de béton nécessaires pour la construction d’une centrale produit beaucoup de CO2. Et si les centrales sont un jour mises à la retraite (quand ?), que faire de tout ce béton contaminé ?
De surcroît, nucléariser ne serait-ce que 80 % de la production mondiale d’électricité nécessiterait de construire 2 000 réacteurs supplémentaires (il y en a actuellement 440), et dans des délais très courts, ce qui n’est absolument pas réaliste.

Enfin, il n’y a aucune possibilité d’éliminer les « déchets » radioactifs pour des siècles et des siècles… amen ? Voilà cinquante ans qu’on nous promet que ce problème sera un jour résolu… Quand ?! Malgré les budgets faramineux consacrés à la recherche dans ce domaine, absolument aucune solution satisfaisante n’est encore proposée.

De plus, les centrales ne sont pas étanches (fuites radioactives dans l’eau, l’air) et des proliférations microbiennes et autres sont constatées dans les eaux devenues trop chaudes en aval des centrales. Même les pêcheurs s’inquiètent !

La quatrième idée reçue concerne le mythe de « l’énergie bon marché« . Le nucléaire est coûteux : des milliards d’euros sont pris sur les fonds publics pour la recherche nucléaire au détriment des autres sources d’énergie et des autres secteurs de la recherche. Que dire du coût exorbitant de la construction et du fonctionnement, du démantèlement et de la « gestion des déchets » pendant des milliers d’années ! Et en cas d’accident majeur ? À titre d’exemple, le coût des conséquences de l’explosion d’AZF à Toulouse est estimé à plus d’1,5 milliards d’euros… et c’est une catastrophe mineure, au regard d’accidents de type Tchernobyl ou Fukushima.

La cinquième idée reçue concerne « l’innocuité du nucléaire sur la santé« . Le nucléaire est dangereux pour la santé : il s’ajoute aux autres sources de radioactivité déjà nombreuses (naturelle, retombées des essais militaires, rejets et traitements médicaux, irradiation des aliments…) On sait maintenant qu’aucune dose n’est anodine. Pourquoi ne pas dépenser l’argent des contribuables (notre argent !) plutôt à limiter ces pollutions radioactives qu’à en rajouter ?
Quant à l’accident… on est bien obligé maintenant d’admettre qu’il est possible, puisqu’il a eu lieu, et à plusieurs reprises. Il est même de plus en plus probable, compte tenu du vieillissement du parc nucléaire et de l’allongement artificiel de la longévité des centrales pour des raisons purement comptables. En France, les incidents se multiplient et même la CGT, réputée pro-nucléaire, tire la sonnette d’alarme ! Sans compter bien sûr les risques d’attentats et de malveillances, d’accidents lors des transports, ou liés aux aléas climatiques. Des déchets radioactifs traversent la France en camion et en train deux à trois fois par semaine ! Une catastrophe majeure style Tchernobyl ou Fukushima, c’est des victimes innombrables, des régions entières inhabitables, des conséquences sanitaires gravissimes (cancers, malformations congénitales…) et ce, pendant des milliers d’années.

De plus, le nucléaire est dangereux pour la démocratie : depuis l’été 2003, toute information concernant le nucléaire même civil est maintenant classée « secret défense ». La gestion d’une catastrophe nucléaire serait donc militaire… et quelle gestion ? Les Toulousains n’ont pas oublié celle de l’explosion d’AZF… Il est peut-être utile aussi de rappeler que plus de 60 % des Français sont contre le nucléaire… Que dire de la gestion de la catastrophe de Fukushima ? Les Japonais sont plus incompétents que les Français ? Allons donc…

Enfin, le nucléaire est dangereux pour la paix. La plupart des pays développés l’abandonnent, seuls les pays en développement y recourent (une partie des matières radioactives produites dans les centrales peut servir à des fins militaires…) La France serait donc un pays en voie de développement ?

Il faut sortir immédiatement du nucléaire, ou nous n’en sortirons jamais… et c’est possible !

Bien sûr, en France, 75 % de l’électricité est d’origine nucléaire et les renouvelables ne peuvent pas prendre le relais immédiatement (actuellement, il faudrait 200 000 éoliennes !)

Mais l’équivalent de 12 réacteurs est envoyé à l’exportation, or rien ne nous oblige à accepter de produire de l’électricité nucléaire pour les pays qui se vantent de ne plus le faire !

L’équivalent de 9 réacteurs sert pour l’autoconsommation des centrales (uranium enrichi, retraitement, etc.) et le transport du courant (lignes haute tension et transformateurs), 17 sont arrêtés en permanence pour réparation… en fait, seule une vingtaine de réacteurs sert vraiment à notre consommation ! Il n’est donc nécessaire de remplacer que la production de 20 réacteurs, et non de 58, soit le tiers, ce qui est quand même bien plus réaliste.

Une sortie immédiate peut donc s’envisager avec, en période de transition :

1) des mesures d’économies d’électricité, possibles sans perte de confort (logements correctement isolés, interdiction du chauffage électrique, appareils classe A, suppression des veilles, limitation des éclairages nocturnes publics, dans les vitrines et les bureaux…) et rapidement mises en œuvre grâce à des mesures politiques d’incitation, à l’instar de ce qui fut fait pour renouveler le parc automobile. Prenons exemple sur les Japonais ! Depuis Fukushima, ils ont drastiquement diminué leur consommation électrique, s’en portent-ils vraiment plus mal ?

Douze réacteurs servent à la production d’eau chaude sanitaire et au chauffage électrique, ce qui est une aberration ! L’eau chaude sanitaire et le chauffage peuvent être assurés de nombreuses façons, le chauffage est même quasi inutile dans des logements correctement conçus (Label Minergie par exemple).

2) l’utilisation de toute la puissance déjà installée des centrales hydrauliques et des centrales thermiques à énergies fossiles (charbon). Ces dernières sont actuellement utilisées à 10 % de leurs capacités, pour les seules périodes de pointe. Modernisées et utilisées avec régularité, elles pollueraient bien moins qu’elles ne le font actuellement.
Le réchauffement climatique est souvent utilisé comme contre-argument à cette solution. Il faut savoir que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre ! Il y a aussi la vapeur d’eau (et les centrales nucléaires en produisent beaucoup), le méthane, le N2O et surtout les HFC et PFC (refroidissement dans l’industrie, les transports…) qui ont un potentiel de réchauffement global 10 à 15 000 fois plus élevé que le CO2. Limiter les transports serait plus efficace pour limiter la production de GES que de continuer à nucléariser la France. La production d’énergie électrique française ne représente que 1 % de la production d’énergie mondiale… autant dire vraiment pas grand chose.

Il est possible, et indispensable, de :

– développer la cogénération (une centrale produit 2/3 de chaleur pour 1/3 d’électricité), développer les renouvelables (solaire, éolien, biomasse…), la méthanisation…

– développer l’éco-construction et l’habitat bioclimatique

– décentraliser la production d’énergie et adapter les solutions aux situations locales

Enfin, sortir du nucléaire créera des emplois ! Autrement plus nombreux, sains et valorisants que ceux du nucléaire. L’enjeu ne vaut-il pas la chandelle ?

N.B. je suis signataire de l’Appel des femmes pour l’arrêt immédiat du nucléaire