La guerre de mon arrière-grand-père : septembre-octobre 1914

Suite du mois de septembre 1914.

septembre octobre 1914Rien de particulier, on dirait. Des trajets dans les environs, des horaires changeants, la routine.

La colonne de droite « ch. » semble comptabiliser ses jours de travail comme chauffeur, mais la colonne « D », je ne sais pas encore ? Peut-être quand il dort hors de chez lui, dans la ville où son travail l’a amené ?

La guerre de mon arrière-grand-père : août-septembre 1914

Voici ce que mon aïeul a noté fin août et durant la première quinzaine de septembre 1914 :

1914 août septembreIl y a des corvées, dont je ne sais pas de quoi il s’agit, et du déchargement de combustible. Il recommence à bénéficier de ses quatre jours de repos par mois. Rien de particulier dans le sud-est de la France pour un cheminot ?

En fouinant sur le net, je trouve une photo d’un mécanicien et de son chauffeur, voilà à quoi pouvait ressembler mon agp ?

La Guerre de mon arrière-grand-père : août 1914

Voici ce que mon arrière-grand-père a noté sur son journal en août 1914.

journal août 1914« Août commence la guerre franco-allemande

le 1 ch. 5412 [*] à Cadenet on entend sonner la mobilisation [c’est plus fort que moi, je corrige les erreurs d’orthographe]

le 2 ch.5389 Cavaillon 5413 (Isali ?) Pertuis 1er jour de la mobilisation

le 3 train de mobilisation de Pertuis à Veynes

le 4 train de mobilisation de Veynes à Pertuis

le 5 (au dépôt) on dit que la guerre est déclarée depuis hier d’après les journaux donc le 4 août »

etc.

Pour le moment, son travail ne semble pas tellement affecté par la guerre, sinon qu’il n’a eu que deux jours de repos au lieu des trois ou quatre habituels.

Ça laisse rêveur, quand même, non ? Il y a cent ans, un cheminot travaillait plus de 25 jours par mois…

1913-recap-salaire

Pour un salaire de 100 à 200 francs environ, je ne sais pas combien coûtait le pain en ce temps-là ? Réponse ici et quelques exemples :

1 kg de pain coûtait 0,42 francs, 1 kg de pommes de terre 0,17 francs etc.

En mai et juin, il a moins gagné car il a été malade ; je ne sais pas s’il existait une quelconque caisse style sécurité sociale ?

1913-mai-juin

[*] je pense que ch. 5412 signifie qu’il a été chauffeur sur la machine 5412 et, partant de là, que la colonne « ch. » correspond aux journées de travail qu’il a effectuées en tant que chauffeur. Peut-être qu’un certain nombre de jours de travail de chauffeur lui permettrait l’accès à la fonction de conducteur plus tard ? Ou bien ces journées n’étaient pas payées comme les journées où il accomplissait d’autres tâches ?

La Guerre de mon arrière-grand-père

Mon arrière-grand-père provençal, modeste ouvriers agricoles, était devenu cheminot en 1909 à la compagnie du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée). À compter de ce jour, il a tenu une sorte de journal de son emploi de cheminot, qu’il espérait logiquement exercer jusqu’à sa retraite.

entrée PLMIl avait dès le 1er janvier 1913 noté chaque jour les tâches accomplies. Il était chauffeur (celui qui faisait chauffer la machine, pas conducteur, emploi considéré comme plus noble et qui requérait certaines qualifications ; je suppose qu’à terme, il espérait bien devenir conducteur ?) mais accomplissait également divers travaux de nettoyage (fosses, machines, chaudières et entretoises…) et autres. Quand il était chauffeur, il précisait le n° de la machine et les trajets effectués.

En fait, je pense qu’il ne notait pas chaque jour mais plutôt de temps en temps les quelques journées précédentes.

Pour lui, la guerre de 14-18 n’a probablement pas changé grand chose dans son quotidien. Le pays avait besoin de ses trains et de ses cheminots et ce genre d’emploi était probablement impensable pour les femmes à l’époque, bien qu’elles aient exercé de nombreux métiers « masculins » pendant la guerre. Donc cheminot il était, cheminot il est resté. Voici sa guerre de 1914-1918, mois par mois.