Dissociation structurelle de la personnalité et douance

J’ai commencé récemment la lecture d’un ouvrage passionnant et qui m’apporte curieusement beaucoup d’apaisement : « Le soi hanté » (de Onno van der Hart, Ellert Nijenhuis et Kathy Steele, éd. De Boeck) et je vais tenter de partager ici ce que j’en ai déjà compris. Attention, je ne suis pas « spécialiste » mais, comme le précisent les auteurs de l’ouvrage, les personnes concernées comprennent souvent mieux celui-ci que les professionnels… J’écris donc ici ce que j’ai compris de ce que j’ai lu (sachant que je n’ai pas encore tout lu, l’ouvrage fait plus de 500 pages).

Nous sommes tou-te-s constituées de multiples facettes (comme des diamants !) qui, chez une personne « normale » (y compris surdouée) sont liées les unes aux autres, communiquent et interagissent. Quand il y a un traumatisme, par exemple un accident, la « partie émotionnelle » (terme employé dans le livre) liée à ce traumatisme va s’isoler, et la personne, qui mène par ailleurs une vie normale, va tout faire pour éviter cette partie douloureuse. Un exemple donné dans le livre : une femme violée dans une voiture noire quand elle était enfant, va développer une phobie des voitures noires, peu handicapante au quotidien mais qui peut la conduire à une crise de panique incontrôlable si elle se retrouve obligée de monter dans une voiture noire.

Quand une personne subit de multiples traumatismes (maltraitances, négligences, maladies, morts de proches, accidents…), elle va se cliver en de nombreuses parties dissociées les unes des autres : une « partie apparemment normale » qui gère le quotidien et tente d’éviter les situations rappelant le traumatisme ou susceptibles de réveiller la souffrance qui lui est liée, et un certain nombre de « parties émotionnelles ». Ces diverses parties sont activées selon les moments, elles communiquent peu ou mal entre elles.

Personnellement, cela fait quelques années que je sens bien cette impression que « il y a un monde fou là-dedans, qui passe son temps à se tirer dans les pattes », impression d’être habitée par au moins une demi-douzaines de personnes différentes les unes des autres, de devoir louvoyer entre les peurs des unes et des autres, de devoir ruser avec moi-même pour tenter de faire ce dont j’ai envie sans en être empêchée par une de mes parties etc. Et de ne pas être du tout la même personne selon les situations ou selon qui j’ai en face de moi. Un quasi impossibilité à définir qui je suis, ce que j’aime, ou comment je pourrais réagir dans telle ou telle situation.

Je ne sais pas si l’explication est très claire.

Une conséquence de l’accumulation de traumatismes (état de stress post-traumatique chronique) en est que chaque partie va développer ses propres phobies, et que ces phobies vont en générer d’autres au fil du temps. Une autre conséquence en est que la personne en état de stress post-traumatique chronique va s’épuiser à éviter chacune des innombrables situations réveillant une phobie, et s’épuiser à tenter de mener malgré tout une vie normale. C’est possible un temps, mais l’âge venant, et les phobies se développant en cascade, il arrive un moment où l’on est complètement coincée. À noter que ces personnes développent souvent de nombreux problèmes de santé liés à cet état de stress permanent, qui accroissent leur épuisement.

Les personnes dissociées (dissociatives ?) ont une capacité étonnante à semer la confusion chez leur interlocuteur, que j’ai expérimentée par exemple cet été avec un coach. C’est assez surprenant à observer.

Je pense aussi que pour les enfants de tels parents, cela doit créer une forme de maltraitance, l’enfant ne sachant jamais quel parent il aura devant lui et sachant que Dr Jekyll peut se transformer en Mr Hyde pour une vétille. Et donc stress chronique etc., le cercle infernal est enclenché… C’est un peu hors sujet, mais je pense qu’après plusieurs guerres en cent ans, et avec souvent des histoires d’exil dans leurs familles, la plupart des Français est vraisemblablement concernée par le traumatisme chronique, transmis en silence de génération en génération. Il est donc vraiment important de se pencher sur cette question. Je précise d’ailleurs que cette idée de dissociation a été émise par Pierre Janet à la fin du XIXè siècle ! Il serait temps de la développer ? En effet, les thérapeutes qui ne sont pas vraiment formés à la dissociation structurelle de la personnalité, càd la majorité des thérapeutes, ne peuvent pas grand chose pour les personnes dissociées (dissociatives ?)

Enfin, je serais tentée de penser qu’une personne surdouée, avec son hypersensibilité, va être traumatisée par des événements qui seront simplement désagréables pour des personnes moins sensibles. De plus, ne pas se savoir surdouée peut déjà causer un stress permanent, surtout si l’on est dyssynchrone (dyslexie, dyspraxie…) : pour le vivre, je peux témoigner que la dyspraxie non détectée génère une anxiété chronique (et justifiée) qui conduit à éviter toute situation qui va réveiller l’épouvantable « je ne vais jamais y arriver », de fait un nombre quasi illimité de situations banales. On pourra alors probablement parler de phobie sociale ? Mais c’est en réalité beaucoup plus compliqué que ça.

Voilà ce que je peux dire à ce jour sur la dissociation structurelle de la personnalité en lien avec la douance.

La lecture de ce livre est apaisante pour moi, sans doute parce que pour la première fois on me parle vraiment enfin de moi, d’une façon respectueuse et adulte, sans pessimisme ni optimisme délirant mais avec réalisme et espoir et des propositions concrètes d’actions, ce qui est loin d’être simple. Depuis vingt ans j’enchaîne les psychothérapies et vois ma situation se dégrader malgré pourtant d’indéniables améliorations psychiques (liées simplement à une progressive prise de conscience) et malgré mes efforts, je commençais vraiment à perdre espoir. Cet ouvrage me permet enfin de faire la synthèse de mes diverses hypothèses : la douance et la dyspraxie ne m’expliquaient pas tout, les traumatismes connus de mon enfance non plus, maintenant que je peux faire la synthèse de tout ça je me sens enfin en cohérence.

Merci aux auteurs et traducteurs de cet ouvrage, ainsi qu’aux personnes oeuvrant à mieux faire connaître les « différences et souffrances des adultes surdoués ».

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Moissons russes

En février 2009, j’avais trouvé un site internet très intéressant sur l’art russe. Parmi les nombreux tableaux qui y sont reproduits, celui-ci, de Grigoriy Grigoryevich Myasoyedov (Григорий Григорьевич Мясоедов) (1834-1911), représentant des faucheurs (1887).

myasoedov_harvestParmi les photos de famille que ma tante détient encore jalousement, celle-ci représentant les moissons dans la province de Riazan, où mon arrière-grand-père avait une propriété. Ça devait être peu avant la révolution. Elle est un peu penchée et il en manque un morceau, j’espère l’avoir entière un de ces jours.

moissons russesQuoi qu’il en soit, la similitude entre les deux est troublante. Rien à voir avec nos moissons du XXIè siècle, avec des machines aussi grosses que des maisons (et coûtant le même prix qu’une maison !), avec lesquelles un gars tout seul peut moissonner jusqu’à trente hectares par jour !

(je n’ai toujours pas réussi à récupérer ne serait-ce que des scan de ces photos de famille, grmbl…)

Autoportraits

Il y a des fonctions marrantes sur mon mac. Avec l’une d’elles, j’ai fait cet autoportrait : très « Star Wars« , non ?

autoportraitEt là, ce sont les fantômes qui hantent ma maison  :

fantômesIl y avait aussi un chat fantôme :

chat fantômeVive l’informatique, et bonne nuit…