Communication et handicaps

Une après-midi, j’étais dans mon jardin. Comme je désherbais, j’avais mis mes lunettes « de près » car je finis par avoir mal aux yeux quand je pratique cette activité avec mes lunettes « de loin » (je suis myope depuis toujours, et presbyte avec l’âge). Entendant du bruit, j’ai levé le nez et vu passer un jeune couple, à qui j’ai dit bonjour en plissant les yeux pour tenter de distinguer de qui il s’agissait… et sans entendre s’ils m’avaient répondu, car le vent faisait beaucoup de bruit, et que j’entends moins bien quand je vois mal (ça fait marrer quand je dis ça, mais pourtant c’est vrai ; je croyais que je lisais en partie sur les lèvres des gens, mais il y a, paraît-il une explication neurologique que j’ai oubliée).

Quand ils sont passés dans l’autre sens, j’avais les lunettes adéquates, et je les ai vus discuter avec animation… en langue de signes ! Je suppose qu’ils ne m’avaient donc pas entendu leur dire bonjour ? Mais peut-être l’avaient-ils vu et m’avaient-ils répondu par signe, ce que je n’avais pas vu ?

Je me suis demandée comment peuvent dialoguer aveugles et sourds ? Les sourds ne peuvent entendre parler les aveugles, lesquels ne peuvent voir s’exprimer les sourds… On dit que la langue des signes est universelle, ce qui est presque vrai puisque, étant une langue à part entière, elle permet à tous ceux qui la pratiquent de communiquer, quel que soit leur pays d’origine. Mais ce n’est pas tout à fait vrai puisqu’elle exclut de fait les non-voyants et les mal-voyants.

Donc : comment des aveugles peuvent-ils communiquer avec des sourds ? °.°

À ce propos, je me suis souvent étonnée que la myopie ne soit pas considérée comme un handicap, sans doute parce qu’elle touche trop de monde ? Personnellement, sans lunettes je ne peux pas faire grand chose, tout est flou au-delà de 25 cm pour moi.

Un de mes souvenirs les plus épiques, c’est ce dimanche de ma vie universitaire vécu sans lunettes : en sortant de la douche, ne voyant pas où étaient mes lunettes, j’avais mis le pied dessus et cassé la monture… (dans les douches collectives de cité U de l’époque, pas d’étagère pour poser ses petites affaires)

Ma principale inquiétude était de croiser mes copains africains, presque seuls étudiants à rester en cité U les week-ends, de ne pas les reconnaître et de les vexer. C’est à cette occasion que j’ai découvert que de nombreux signes permettent de reconnaître une personne, même d’un peu loin, même avec une forte myopie : la silhouette, la démarche… Je n’ai donc vexé personne.

Le côté cocasse, ça a été le repas au restau U : ne pouvant distinguer le contenu des assiettes, j’en ai pris une contenant un étonnant rond rouge vermillon. De quoi s’agissait-il donc ? Je ne voulais pas coller le nez sur mon plateau, et je ne comprenais absolument pas quelle était cette chose mystérieuse ! Ce n’est qu’une fois assise à une table que j’ai pu examiner de suffisamment près l’objet : c’était un steak haché recouvert de sauce tomate ! (ils étaient ronds à l’époque)

Bref, les lunettes sont bel et bien des prothèses, au même titre qu’un fauteuil roulant ou une canne, sans lesquelles je ne peux mener une vie « normale », pourquoi donc ne sont-elles pas remboursées par la Sécu, et pourquoi la myopie, au-delà d’un certain degré, n’est-elle pas considérée comme un handicap ?

Pour la première partie de la question, j’ai fini par trouver un élément de réponse : la Sécu ne rembourse pas les lunettes, qui permettent d’y voir clair, mais elle rembourse les somnifères et autres anti-dépresseurs qui contribuent à voir la vie en rose… De là à penser qu’on veut nous empêcher de penser et d’être clairvoyants, il n’y a qu’un pas que j’ai allègrement franchi…

 

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Maurice Druon

Un jour, j’ai appris le décès de Maurice Druon. Je ne savais pas qu’il était lui aussi d’origine russe ni qu’il était le neveu de Kessel et co-auteur avec celui-ci des paroles françaises du Chant des Partisans.

J’insiste : co-auteur des paroles françaises et non co-auteur de ce chant comme je l’ai lu à divers endroits. Rendons à Anna Marly ce qui lui appartient : la musique et les paroles originales du Chant des Partisans sont de Anna Marly.

Par contre, je me souvenais que Maurice Druon était l’auteur des Rois Maudits, que j’ai dévorés au cours d’une de mes premières années de fac. J’aime relire les livres et pourtant je n’ai jamais relus ceux-ci. Je serais tentée de dire que c’est un peu trop long mais ce serait faire preuve de mauvaise foi ! Je suis prête à parier qu’il n’y a pas plus de pages dans les sept tomes des Rois Maudits que dans les sept tomes de Harry Potter en anglais . Ou, en tous cas, que je relirais plus rapidement les uns que les autres. Or je ne me suis pas privée de relire plusieurs fois les milliers de pages des aventures du petit sorcier…

La vraie raison est plutôt sans doute que cette longue et passionnante histoire des rois de France du XIVè siècle est quand même extrêmement cruelle, que je n’ai toujours pas oublié certains passages et que je ne me sens pas le courage de refaire face à toutes ces horreurs.

Mais pour moi, Maurice Druon était surtout et avant tout l’auteur de « Tistou les Pouces Verts » dont j’ai déjà parlé ici.

Requiescat in pace.

Dalmachat

Mon chat est le roi de la sieste.dalmachat

Mon chat est noir et blanc, c’est un dalmachat.

Quand il dort en rond, on dirait un joli coussin pour fan de foot.

Je le regarde dormir, et cela m’apaise.

Mon chat a toutes sortes de lieux de sieste, qu’il utilise au fil de la journée, selon la météo, la position du soleil ou ses envies :

  • sous les framboisiers
  • sur le canapé beige ou sur le divan rouge
  • sur le petit tas de feuilles sèches
  • sur son coussin près du poêle
  • contre le vieux pied de thym tordu
  • sur mon fauteuil
  • sur le gros tas de chiendent que j’essaie de faire périr
  • sur les lits des uns et des autres
  • bien sûr contre mes pieds la nuit ; quelquefois il est plus entreprenant mais je refuse : pas sur les draps, surtout avec les pattes boueuses…

Et sûrement des tas d’autres endroits secrets que je ne connais pas, plus loin dans la nature, quand il fait beau et qu’il disparaît toute la journée, ne revenant nonchalamment que le soir pour manger, avec des tiques qui lui cavalent dessus et n’attendent que l’occasion pour venir me sucer le sang.

Mon chat aime bien dormir dans la pièce où je suis, il n’aime pas quand je me déplace dans la maison parce qu’il voudrait se poser pour faire sa sieste tranquille.

Quand je vais aux chiottes, mon chat gratte à la porte en miaulant plaintivement, comme mes enfants quand ils étaient petits (eux ne miaulaient pas, ils piaillaient « maman, qu’est-ce que tu fais ? » grrrr).

Mon chat n’aime pas la tektonik ni l’électro ; quand le son est trop fort, il s’en va comme à regret vers des cieux plus calmes…

Mon chat déteste l’aspirateur, il fuit au ras du sol dès qu’on sort cette chose diabolique.

Mon chat a peur des inconnus, il fuit au ras du sol quand quelqu’un vient.

Mon chat est une commère, il adore regarder entre les barreaux du balcon ce qui se passe dans la rue. Quand il entend un bruit de moteur, il sort voir ce que c’est. Quand une voiture se gare près de la maison, il en fait le tour lentement et la renifle minutieusement, comme il lirait le journal.

Le rêve de mon chat, c’est une maison toujours ouverte, où il ferait frais l’été et chaud l’hiver ; il aime sa liberté mais il a besoin de son petit confort ; nous sommes faits pour nous entendre…

diablotin

(18/06/08)

Hirondelles

Un matin de fin août, il y a quelques années, j’ai passé un long et délicieux moment à regarder une trentaine d’hirondelles de fenêtres tournoyer joyeusement dans ma rue. Elles se posaient sur les fils du téléphone, s’accrochaient sur la génoise ou même directement le crépi du mur d’en face, avant de repartir tout en piaillant joyeusement. À un moment donné, elles se sont toutes envolées, et dans le soleil du matin leurs plumages noir et blanc clignotaient sur le fond du ciel bleu soutenu, c’était très beau !

Chaque année, quand la rentrée approchait, les hirondelles (deux espèces principalement chez nous : de fenêtre et rustique) préparaient leur grand voyage vers l’Afrique. Elles se rassemblaient en grand nombre, parfois par centaines, sur de longs fils téléphoniques ou électriques et babillaient joyeusement. Puis elles partaient pour un long périple, dix mille kilomètres ! Comportant la traversée des Pyrénées, de l’Espagne, de la Méditerranée, du Maghreb, du Sahara… En effet, nos hirondelles passent l’hiver au nord de l’Équateur : le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Centrafrique. Je mets tout au passé : ces dernières années, je ne vois plus ces rassemblements et aucune hirondelle n’a niché dans ma rue l’été dernier.

Au cours de ce périple, nombre de ces jolis petits oiseaux d’une vingtaine de grammes mourront… Pourtant, chaque année, les hirondelles repartent, joyeuses et confiantes. Je me disais en les observant et en les écoutant, que si les hirondelles appliquaient nos principes sécuritaires, elles ne migreraient peut-être pas… et elles auraient sans doute disparu ! La migration est en effet indispensable à leur cycle de vie : insectivores et ne chassant qu’en vol, elles mourraient de faim et de froid si elles passaient l’hiver ici. Mais elles disparaitraient également si elles devaient rester l’été en Afrique. Et sans doute que sans cette forte mortalité migratoire, qui élimine les oiseaux les plus faibles, l’espèce dégénèrerait et pullulerait tout à la fois, ce qui finirait par causer sa perte. Toute ressemblance… serait fortuite ?

Pour finir, une petite colle: où se posaient les hirondelles quand les fils tendus en travers des paysages n’existaient pas ? Eh bien, sur les rameaux les plus fins des arbres et sur les roseaux, ce qui a fait longtemps croire autrefois que les hirondelles s’enfouissaient ensuite dans la vase pour passer l’hiver.

Nombre de ces infos ont été piochées .

Distances philosophiques

En avril 2009, j’ai entendu Albert Jacquard évoquer l’impossibilité qu’il y a à mesurer la distance exacte entre deux lieux. Posé comme ça, ça paraît bizarre et pourtant…

Depuis que, au collège ou au lycée, j’ai appris les nombres à virgule, et leur infinité, je suis fascinée de penser que si entre 2 et 3 il y a une infinité de nombres, ça veut dire qu’entre 2 cm et 3 cm, dans un centimètre donc, il y a également l’infini… Il me semble que ça rejoint aussi un peu ce très beau texte de Blaise Pascal sur l’infiniment grand et l’infiniment petit, que j’ai eu la chance de devoir commenter à l’oral de français du bac en 1è. (Je ne suis pas ironique ! J’étais horriblement timide, et terriblement angoissée par cet oral, mais j’avais beaucoup aimé ce texte et tant qu’à devoir parler, je préférais que ce soit sur un texte qui me passionnait).

Donc, il est impossible de mesurer la distance exacte entre deux lieux. Eh oui ! Mettons entre Toulouse et Paris. Si vous êtes un oiseau, vous allez faire le trajet à vol d’oiseau, ça va aller assez droit a priori. Si vous y allez en voiture, vous allez prendre l’autoroute et ça reste assez direct mais un peu moins quand même, donc autre distance. Si vous y allez à pied, vous prendrez des petites routes, des chemins, ce sera un peu plus long (en mètres, pas seulement en heures !) Et imaginez maintenant que vous soyez une fourmi : quelle que soit la route empruntée, vous allez devoir escalader ou contourner chaque caillou, chaque gravier ! La distance sera rallongée d’autant.

Donc, il est impossible de mesurer la distance exacte entre deux lieux géographiques. Et, en plus, plus vous êtes petit et plus cette distance s’allonge, c’est injuste !

Bonne journée

P.S. on peut même pousser plus loin… Plus on descend vers le petit, plus la distance s’allonge. Et si on descend jusqu’à l’échelle de l’atome, on se rend compte qu’on est constitué essentiellement de vide. La distance Toulouse-Paris devient tout à fait virtuelle, mais nous aussi, au fond. C’est parce que les électrons tournent à toute vitesse autour du noyau des atomes, que la matière a un certain volume. La matière est donc pour beaucoup une illusion ? Je suppose qu’au zéro absolu, quand les électrons cessent de tourner, quasiment tout disparaît ? Oh la la…