Maltraitance ordinaire : réussir à l’école ou réussir sa vie ?

Je n’arrive plus trop à écrire, mais j’ai quelques textes sous le coude 🙂

Ainsi, le 21 juin 2010 :

« En ce moment, on parle beaucoup du bac. Récemment, j’entendais à la radio une série d’émissions traitant des sujets de philo du bac et les intervenants ont souligné qu’il était difficile d’espérer une note supérieure à la moyenne en philo le jour du bac. J’en ai été très surprise car j’ai eu un 14,5 en philo au bac. Jusqu’à présent, j’étais surtout fière d’avoir obtenu un bac D essentiellement grâce à la philo et aux sciences naturelles (14,5 aussi en sciences nat) car j’ai eu des notes plus proches du zéro que du dix en maths et physique-chimie. Comme quoi je ne suis décidément pas une scientifique, du moins pas au sens où on l’entend actuellement. Surtout, je trouve que ces deux 14,5 me définissent bien : philo et sciences naturelles (et les quelques points grapillés en français l’année d’avant), la réflexion, l’écriture et la nature, c’est bien tout moi, ça !

Donc, surprise que les notes de philo au bac semblent si basses, me demandant si les jeunes de maintenant sont moins bons que ceux des années 70, je suis allée vérifier sur internet. À ma grande surprise, la moyenne en philo au bac se situe bien entre 8 et 9, et ce depuis des décennies !

Je suis tombée des nues. Ainsi, mon 14,5 en philo au bac est une excellente note, et je ne le savais même pas ?! Je ne parviens même pas à me rappeler comment ont été accueillis mes résultats à la maison, mais je devine.

Déjà, je me souviens que c’est mon copain qui m’a annoncé l’obtention du diplôme : lui et ses parents ont cherché l’info dans le journal régional dès qu’ils l’ont reçu et il m’a téléphoné tout de suite. Je ne crois pas avoir été félicitée par quiconque autre qu’eux : chez moi, il était évident que je devais avoir le bac, où était l’exploit ? Surtout que j’aurais dû avoir un bac C si j’avais été moins nulle (surtout moins têtue en vrai, je ne voulais pas du bac C !) et franchement, mes notes en maths et physique-chimie étaient minables, alors avoir le bac D avec les sciences nat et la philo, c’était sans intérêt.

Ma prof de philo, une vieille pie qui m’avait mis des 3 toute l’année, pour le plan, l’orthographe et le style, parce que je m’obstinais à mettre mes idées et pas les siennes dans mes copies, a eu l’air très dépitée de ma note au bac 🙂

Bref, j’ai eu une excellente note de philo au bac, et il m’a fallu attendre d’avoir 48 ans pour en prendre conscience !

Bon, bien sûr, des notes, qu’est-ce que c’est ?

Ben c’était la seule chose en moi qui semblait intéresser mon père. Et elles n’étaient jamais assez bonnes. Mais je crois que c’était exprès, d’une certaine façon. Par exemple, en primaire, je ne fichais vraiment rien, et j’étais deuxième (on était classées, à cette époque-là). J’étais très exactement deuxième ex-aequo avec ma meilleure amie, ce qui faisait d’autant plus bisquer mon père. La première de la classe, Monique, me semblait indépassable, mais elle travaillait avec acharnement. Moi, sincèrement, je ne fichais rien, et pour quoi faire ? Si j’avais travaillé pour être première, ça aurait semblé normal que je sois première de la classe et mon père n’aurait rien dit. Là, au moins, il disait quelque chose. Un psy américain disait, pour imager ce type de comportement, que les enfants préfèrent avoir des frites molles que pas de frites du tout. Les enfants préfèrent les reproches à l’indifférence. C’est terrible mais c’est comme ça. L’indifférence tue aussi sûrement que la brutalité ou les reproches. C’est bien pour ça que certains enfants semblent « chercher la baffe ».

Ce qui est terrible aussi, c’est que visiblement rien n’a changé, une génération plus tard. Ce week-end, j’entendais à la radio un documentaire sur les ado, au cours duquel on les laissait s’exprimer librement. Et cette hantise de la note et de la réussite scolaire semble toujours aussi présente chez les parents, et du coup chez leurs enfants, alors qu’elle est plus illusoire que jamais !

Au moins, j’ai tâché de ne pas pourrir la vie de mes fils avec ça, tout en essayant de n’être pas indifférente. Mais je ne sais pas si j’ai réussi, surtout que, de son côté, leur père continue de ne pas les féliciter pour les bonnes notes, s’attachant au contraire à reprocher celles qu’il juge trop basses. Mais bon sang ! C’est un puits sans fond ! Je veux dire que, si on considère que 14 c’est bien mais 16 ce serait mieux, la fois suivante on trouvera que 16 c’est bien, mais 18 serait mieux ! Et ainsi de suite… Comment motiver des gamins, avec un tel fonctionnement ?! Parce que ce genre de parents ne félicitera jamais son enfant s’il a 20. Parce que 20 c’est normal…

Sans compter que, franchement, quelle importance ?! Quand on regarde le contenu des programmes, c’est affligeant, affligeant… Que de baratin, de langue de bois, de choses inutiles dont il reste quoi et qui servent à quoi ? Alors qu’il y a tant à apprendre, de choses passionnantes, utiles, ou simplement belles.

Et puis ça évalue quoi, tout ça ? Chacun de mes gamins, plutôt moyens en classe (sans vraiment faire d’efforts), a été capable, à quatorze ans, de choisir seul sur internet les pièces nécessaires pour monter l’ordinateur dont il rêvait, de passer la commande des pièces et de monter l’ordi tout seul. Quel adulte en est capable ? Mon plus jeune fils, qui a quinze ans, plutôt que de bûcher des cours sans intérêt, passe des heures à programmer un site internet, écrivant lui-même HTML et CSS, avec la seule aide de tutoriels trouvés sur internet par ses soins… Qu’est-ce qui lui sera le plus utile dans la vie ?

Mais bon, je m’égare et le rôle de l’école et des matières qui y sont enseignées est l’objet d’un débat sans fin.

Je voulais juste raconter aujourd’hui la souffrance que j’ai ignorée pendant trente ans, due au total désintérêt de ma famille au sujet de mon bac, de ma réussite. Les parents de mon copain ont été plus contents pour moi que mes propres parents !

Et à quel point ce désintérêt a pesé lourd sur ma vie. Il m’a fallu toutes ces années pour commencer à entrevoir que je ne suis pas une scientifique ratée, nulle, mais quelqu’une d’autre que ce qu’on a tenté de faire de moi, tout simplement ! Et que cette quelqu’une, philosophe naturaliste, ou naturaliste philosophe, s’il faut mettre des étiquettes, n’est ni ratée ni nulle ! Avoir 14,5 en philo, ça dénote quand même quelque aptitude à la réflexion, et la réflexion, n’est-ce pas ce qui nous distingue de l’animal ?

Si j’ai raté des choses, c’est surtout par cette maltraitance ordinaire qui m’a été infligée, entre autres choses par cet acharnement à me dénier le droit d’être qui je suis. Et cela est vrai pour l’immense majorité d’entre nous, et ça ne semble pas parti pour changer, dans ce monde de brutes.

Alleye, aujourd’hui c’est l’été, je crois que je vais allumer le poêle à bois, je suis gelée… Bonne journée ! »

Bon, tout ça a été écrit longtemps avant de me savoir hp, mais finalement ça ne change rien. Je pourrais juste ajouter que si les enseignants étaient formés au hp, et donnaient aux élèves qui en sont dotés la nourriture intellectuelle dont ils ont besoin, ça irait déjà moins mal. Mais on en est loin, hélas !

P.S. Je n’ai pas précisé que j’ai réussi scolairement : excellente élève en primaire, très bonne élève au collège, bonne élève au lycée… J’ai un doctorat, bac + 8 donc, et je suis au chômage au moins la moitié du temps depuis une vingtaine d’années. Pour espérer toucher une retraite, il me faudrait travailler à temps plein jusqu’à 70 ans, autant dire que c’est pas gagné… Voilà… Mon rêve de gamine était pépiniériste, et si « on » ne m’avait pas poussée vers de longues études, à cause de mon intelligence, peut-être que je n’en serais pas là aujourd’hui ?

Alors oui, non seulement je n’ai pas embêté mes gamins avec l’école, j’ai fait la sourde oreille aux destructeurs « peut mieux faire » de ces imbéciles d’enseignants, mais j’ai fait mon possible pour les aider à trouver leur voie, et pas suivre les envies des conseilleurs qui ne sont pas là pour payer les pots cassés.

Publicités

M comme Mozart

Auj’, j’ai écouté une super chouette émission sur Mozart et lu en complément quelques articles du blog de Michèle Lhopiteau-Dorfeuille

J’aime beaucoup Mozart, évidemment c’est banal de dire ça, mais j’aime la musique avec mes tripes et celle de Mozart entre autres, et je suis contente d’avoir appris des choses justes sur Mozart, ça change des clichés éculés et apparemment faux : Mozart n’a pas été jeté à la fosse commune, c’était quelqu’un de joyeux, et il commençait à être reconnu quand il est mort, ben ça me fait plaisir quand même, na, voilà. On peut être hp et réussir, na, voilà.

C’est tout 🙂

P.S. nan, ce n’est pas tout, en fait : hier, je me suis offert un petit synthé d’okaze, grâces soient rendues à Leboncoin, et je vais même apprendre que je peux jouer (dans le sens de m’amuser !) avec mon synthé juste pour le plaisir, et que je ne serai jamais une vraie pianiste ni rien, juste le plaisir d’avoir un clavier, de pianoter, de jouer avec les sons, d’avoir un support pour comprendre quelques notions de solfège… ou pas. Juste réaliser enfin un vieux rêve d’ado, na, voilà 🙂

Bouc émissaire

Aujourd’hui, c’était la foire d’automne de mon village. Quand il avait été temps de s’inscrire, il y a au moins un mois, je ne l’avais pas fait, pas envie. Et, me connaissant, j’en avais déduit qu’il allait faire un temps de marde le jour J. Et en effet, ce dimanche, après une journée fraîche et grisouille, il s’est mis à tomber des trombes d’eau vers 16 h 30, au plus fort de l’affluence. Il faut savoir qu’on n’a quasiment pas eu de pluie depuis deux ou trois mois, dans mon coin, encore ces jours-ci il faisait beau et chaud. Comme ce n’est pas la première fois que ça m’arrive (pour le moment, les deux années où j’ai prévu d’y participer, il a fait beau, et les deux années où je n’ai pas eu envie, il a fait un temps de marde), j’en conclus que c’est une manifestation supplémentaire de cette étonnante intuition qui me fascine depuis presque quarante ans.

Mais le plus étonnant, à mon avis, c’est la réaction des gens face à ce genre de phénomène. Il y a quinze ans, alors que je préparais la fête de fin d’année de l’école avec les parents d’élèves, j’avais souhaité que nous prévoyions un repli possible en cas de pluie. Je m’étais fait charrier par tout le monde sans exception : en juin il fait toujours beau ici. Ok… Je trouvais dommage de ne pas consacrer dix minutes à ça okazou, ça coûte pas cher mais bon… Et évidemment, il y a eu de l’orage, des trombes d’eau qui ont fichu en l’air la fête de fin d’année, puisqu’on n’avait rien prévu… Et la réaction, donc : tu nous as porté la poisse °.°

Aujourd’hui, je n’ai pu résister à l’envie de raconter à quelqu’un que je n’avais pas tenu mon stand en ayant intuité qu’il ferait mauvais, et à ma surprise, même réaction (même si sur le ton de la plaisanterie) : « tu nous as porté la poisse » °.°

Je ne rêve pas, ça veut bien dire que des adultes a priori censés acceptent plus volontiers d’imaginer que je porte la poisse (par quel miracle serais-je capable de faire ça ? et quel en serait l’intérêt pour moi ?) que d’imaginer que je puisse avoir de l’intuition ? °.°

Franchement, ça me laisse totalement perplexe. Du coup, je suis encore plus motivée pour réussir à lire « Le bouc émissaire » de René Girard. À bien y réfléchir, c’est totalement effrayant.

Tiens, eh bien ça m’amène au « rompol » de Fred Vargas que j’ai lu ce week-end justement et qui parle de la peste, de ceux qui y survivaient et des boucs émissaires, comme dans le bouquin de René Girard : autrefois, quand il y avait une épidémie de peste, on pensait souvent que c’était Dieu, mais quand même on désignait des boucs émissaires, des minorités, souvent les Juifs, qui avaient certainement empoisonné les points d’eau. L’âme humaine change peu, finalement, au fil des siècles. Par exemple, on préfère encore injurier et rabaisser et ridiculiser les « écolo » plutôt que de prendre des mesures simples et efficaces pour lutter contre les fléaux modernes de la pollution et du changement climatique (ce qui créerait des emplois intéressants et gratifiants, soit dit en passant…)