Arrêter le nucléaire maintenant, est-ce possible ?

Cet hiver 2012 comme chaque hiver en période de grand froid, la prétendue « indépendance énergétique » de la France est mise en défaut puisque notre pays est obligé d’importer massivement du courant d’Allemagne, de Suisse et d’Italie. Les risques de coupure qu’on nous annonce à chaque fois ne sont donc que la conséquence de choix énergétiques irrationnels, qui font la part belle au nucléaire et au chauffage électrique, lequel est censé écouler le surplus d’électricité produite.
La première idée reçue à laquelle tordre le coup est la supposée « indépendance énergétique de la France ». En effet, le nucléaire n’assure aucunement notre indépendance énergétique puisque notre uranium est importé à 100 %, essentiellement du Niger – où il est d’ailleurs extrait dans des conditions scandaleuses pour les travailleurs et les populations locales. À moins que le Niger soit une colonie française ?

De plus, le nucléaire est une énergie non renouvelable, l’uranium étant un métal, élément naturel dont les gisements ne seront pas éternels. Pour combien de temps en avons-nous ? Les avis sont partagés, mais un jour ou l’autre, il faudra fonctionner autrement, alors pourquoi ne pas commencer maintenant ?

La deuxième idée reçue concerne l’emploi. Le nucléaire ne crée que peu d’emplois, souvent précaires et malsains : EDF fait de plus en plus appel à des intérimaires qui se surnomment eux-mêmes « viande à rems », ce qui en dit long sur leurs conditions de travail. Tandis que le recours aux renouvelables, à la mise en oeuvre de l’efficacité énergétique et des économies d’énergies (isolation correcte de tous les bâtiments, maisons passives, appareils électroménagers de qualité…) seraient bien plus pourvoyeuses d’emploi que ne le sera jamais le nucléaire. Des emplois valorisants et sains, répartis sur l’ensemble du territoire.

La troisième idée reçue concerne la soi-disant « propreté du nucléaire« . Le nucléaire est particulièrement polluant. D’une part, il manque de souplesse et il faut recourir aux énergies fossiles en période de pointe (centrales à gaz ou importation). Or ces centrales à charbon, sous-utilisées, sont très polluantes. D’autre part, l’énergie nucléaire ne résout aucunement les problèmes liés à l’effet de serre puisqu’elle ne représente que 5 à 6 % de la consommation mondiale d’énergie (et 17 % de l’électricité). Or les gaz à effet de serre sont produits en majorité par les usages non électriques de l’énergie : transports, industrie, bâtiment, agriculture.

Et justement, le nucléaire génère des pollutions liées aux transports des matériaux de construction puis de combustibles et de déchets, ainsi que des pollutions liées aux chantiers pharaoniques de la construction de nouvelles centrales : la fabrication des milliers de tonnes de béton nécessaires pour la construction d’une centrale produit beaucoup de CO2. Et si les centrales sont un jour mises à la retraite (quand ?), que faire de tout ce béton contaminé ?
De surcroît, nucléariser ne serait-ce que 80 % de la production mondiale d’électricité nécessiterait de construire 2 000 réacteurs supplémentaires (il y en a actuellement 440), et dans des délais très courts, ce qui n’est absolument pas réaliste.

Enfin, il n’y a aucune possibilité d’éliminer les « déchets » radioactifs pour des siècles et des siècles… amen ? Voilà cinquante ans qu’on nous promet que ce problème sera un jour résolu… Quand ?! Malgré les budgets faramineux consacrés à la recherche dans ce domaine, absolument aucune solution satisfaisante n’est encore proposée.

De plus, les centrales ne sont pas étanches (fuites radioactives dans l’eau, l’air) et des proliférations microbiennes et autres sont constatées dans les eaux devenues trop chaudes en aval des centrales. Même les pêcheurs s’inquiètent !

La quatrième idée reçue concerne le mythe de « l’énergie bon marché« . Le nucléaire est coûteux : des milliards d’euros sont pris sur les fonds publics pour la recherche nucléaire au détriment des autres sources d’énergie et des autres secteurs de la recherche. Que dire du coût exorbitant de la construction et du fonctionnement, du démantèlement et de la « gestion des déchets » pendant des milliers d’années ! Et en cas d’accident majeur ? À titre d’exemple, le coût des conséquences de l’explosion d’AZF à Toulouse est estimé à plus d’1,5 milliards d’euros… et c’est une catastrophe mineure, au regard d’accidents de type Tchernobyl ou Fukushima.

La cinquième idée reçue concerne « l’innocuité du nucléaire sur la santé« . Le nucléaire est dangereux pour la santé : il s’ajoute aux autres sources de radioactivité déjà nombreuses (naturelle, retombées des essais militaires, rejets et traitements médicaux, irradiation des aliments…) On sait maintenant qu’aucune dose n’est anodine. Pourquoi ne pas dépenser l’argent des contribuables (notre argent !) plutôt à limiter ces pollutions radioactives qu’à en rajouter ?
Quant à l’accident… on est bien obligé maintenant d’admettre qu’il est possible, puisqu’il a eu lieu, et à plusieurs reprises. Il est même de plus en plus probable, compte tenu du vieillissement du parc nucléaire et de l’allongement artificiel de la longévité des centrales pour des raisons purement comptables. En France, les incidents se multiplient et même la CGT, réputée pro-nucléaire, tire la sonnette d’alarme ! Sans compter bien sûr les risques d’attentats et de malveillances, d’accidents lors des transports, ou liés aux aléas climatiques. Des déchets radioactifs traversent la France en camion et en train deux à trois fois par semaine ! Une catastrophe majeure style Tchernobyl ou Fukushima, c’est des victimes innombrables, des régions entières inhabitables, des conséquences sanitaires gravissimes (cancers, malformations congénitales…) et ce, pendant des milliers d’années.

De plus, le nucléaire est dangereux pour la démocratie : depuis l’été 2003, toute information concernant le nucléaire même civil est maintenant classée « secret défense ». La gestion d’une catastrophe nucléaire serait donc militaire… et quelle gestion ? Les Toulousains n’ont pas oublié celle de l’explosion d’AZF… Il est peut-être utile aussi de rappeler que plus de 60 % des Français sont contre le nucléaire… Que dire de la gestion de la catastrophe de Fukushima ? Les Japonais sont plus incompétents que les Français ? Allons donc…

Enfin, le nucléaire est dangereux pour la paix. La plupart des pays développés l’abandonnent, seuls les pays en développement y recourent (une partie des matières radioactives produites dans les centrales peut servir à des fins militaires…) La France serait donc un pays en voie de développement ?

Il faut sortir immédiatement du nucléaire, ou nous n’en sortirons jamais… et c’est possible !

Bien sûr, en France, 75 % de l’électricité est d’origine nucléaire et les renouvelables ne peuvent pas prendre le relais immédiatement (actuellement, il faudrait 200 000 éoliennes !)

Mais l’équivalent de 12 réacteurs est envoyé à l’exportation, or rien ne nous oblige à accepter de produire de l’électricité nucléaire pour les pays qui se vantent de ne plus le faire !

L’équivalent de 9 réacteurs sert pour l’autoconsommation des centrales (uranium enrichi, retraitement, etc.) et le transport du courant (lignes haute tension et transformateurs), 17 sont arrêtés en permanence pour réparation… en fait, seule une vingtaine de réacteurs sert vraiment à notre consommation ! Il n’est donc nécessaire de remplacer que la production de 20 réacteurs, et non de 58, soit le tiers, ce qui est quand même bien plus réaliste.

Une sortie immédiate peut donc s’envisager avec, en période de transition :

1) des mesures d’économies d’électricité, possibles sans perte de confort (logements correctement isolés, interdiction du chauffage électrique, appareils classe A, suppression des veilles, limitation des éclairages nocturnes publics, dans les vitrines et les bureaux…) et rapidement mises en œuvre grâce à des mesures politiques d’incitation, à l’instar de ce qui fut fait pour renouveler le parc automobile. Prenons exemple sur les Japonais ! Depuis Fukushima, ils ont drastiquement diminué leur consommation électrique, s’en portent-ils vraiment plus mal ?

Douze réacteurs servent à la production d’eau chaude sanitaire et au chauffage électrique, ce qui est une aberration ! L’eau chaude sanitaire et le chauffage peuvent être assurés de nombreuses façons, le chauffage est même quasi inutile dans des logements correctement conçus (Label Minergie par exemple).

2) l’utilisation de toute la puissance déjà installée des centrales hydrauliques et des centrales thermiques à énergies fossiles (charbon). Ces dernières sont actuellement utilisées à 10 % de leurs capacités, pour les seules périodes de pointe. Modernisées et utilisées avec régularité, elles pollueraient bien moins qu’elles ne le font actuellement.
Le réchauffement climatique est souvent utilisé comme contre-argument à cette solution. Il faut savoir que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre ! Il y a aussi la vapeur d’eau (et les centrales nucléaires en produisent beaucoup), le méthane, le N2O et surtout les HFC et PFC (refroidissement dans l’industrie, les transports…) qui ont un potentiel de réchauffement global 10 à 15 000 fois plus élevé que le CO2. Limiter les transports serait plus efficace pour limiter la production de GES que de continuer à nucléariser la France. La production d’énergie électrique française ne représente que 1 % de la production d’énergie mondiale… autant dire vraiment pas grand chose.

Il est possible, et indispensable, de :

– développer la cogénération (une centrale produit 2/3 de chaleur pour 1/3 d’électricité), développer les renouvelables (solaire, éolien, biomasse…), la méthanisation…

– développer l’éco-construction et l’habitat bioclimatique

– décentraliser la production d’énergie et adapter les solutions aux situations locales

Enfin, sortir du nucléaire créera des emplois ! Autrement plus nombreux, sains et valorisants que ceux du nucléaire. L’enjeu ne vaut-il pas la chandelle ?

N.B. je suis signataire de l’Appel des femmes pour l’arrêt immédiat du nucléaire

2 réflexions au sujet de « Arrêter le nucléaire maintenant, est-ce possible ? »

  1. Merci d’avoir fait partager ces informations sur l’énergie nucléaire. C’est très instructif, mais aussi grandement inquiétant au vu de tous les problèmes environnementaux et politiques que cela cause. Je ne comprends pas pourquoi rien n’est fait pour mettre en place progressivement des moyens de productions d’énergies plus propres et moins dangereux pour l’Humain et la planète. Ce qui est aberrant c’est que les réacteurs nucléaires produisent des déchets hautement toxiques pour les êtres vivants et la nature qui pollueront pour les siècles à venir, mais que malgré tout en l’absence de solution fiable pour les traiter, nous continuons cela en toute impunité. Que faut-il pour que l’on prenne conscience des graves problèmes ce genre d’énergie ? Un autre accident nucléaire majeur ? Il serait plus que temps de réagir et d’informer de tous les dangers qu’elle représente afin de faire réagir une bonne fois pour toutes pour aller vers des énergies propres. ( qui elles ne manquent pas ).

    • Merci de ta visite et de ton appréciation.
      Pour répondre à « Je ne comprends pas pourquoi rien n’est fait pour mettre en place progressivement des moyens de productions d’énergies plus propres et moins dangereux » : je crains bien qu’il y ait là des délires d’ego surdimensionnés et des intérêts financiers colossaux… 😦
      La nature humaine est bien pitoyable 😦

      Tu dis aussi « Il serait plus que temps de réagir et d’informer de tous les dangers qu’elle représente » : voilà pourquoi je diffuse ce texte comme je peux ; je ne peux que t’inviter à en faire autant 🙂
      Je me suis également beaucoup impliquée dans une association militante mais malheureusement, la plupart des gens ne veulent pas entendre, cela leur fait trop peur, je crois… Alors nous faisons les autruches, c’est humain et je comprends 😦
      En même temps, c’est dommage car si plus de monde de mobilisait, ce serait moins lourd pour chacun-e.
      Moi-même, je me suis éloignée du militantisme actif, cela me minait. Alors j’essaie d’agir autrement : informer les personnes qui n’ont pas la possibilité d’aller chercher cette information est aussi une façon d’agir, à ma mesure actuelle.
      Tu trouveras, toi aussi, une façon d’agir qui te convient 🙂

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