Le bonheur (suite)

Je reprends la citation qui a donné lieu à un long commentaire et, de là, à une discussion intéressante :

« Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité » (Alphonse Allais)

Tu dis « si tous les Humains agissaient de la sorte aucun d’entre eux ne tenterait d’améliorer le monde, alors la plupart se contenteraient de laisser les choses telles quelles ? »
Je pourrais répondre : si tout le monde se laissait écraser par la réalité, le monde pourrait-il avancer ? En effet, Allais emploie bien le mot « se désespère », donc perdre l’espoir, et sans espoir, comment aller de l’avant ? 🙂
Alors que si on se rend heureux avec une simple illusion, ce bonheur ne peut-il nous encourager à continuer d’aller de l’avant ?

Tu dis aussi : « Ce serait bien triste car le monde ne progresserait pas, et fermerait les yeux sur les réels problèmes auquel il est confronté. »
Mais justement, Allais ne parle pas de fermer les yeux, de s’aveugler, mais de se rendre heureux. Et, pour moi, être heureux est la condition sine qua non pour faire progresser le monde dans le sens de plus de bonheur humain.

Tu demandes : « peut-on être heureux et lucide à la fois ? » Voilà une question qu’elle est bonne ! Et je te remercie de l’avoir posée 😀
Oui, je pense qu’on le peut, et c’est là ce que propose justement Allais : il est possible d’accepter de se rendre heureux avec une simple illusion, tout en restant lucide sur le fait que c’est une simple illusion 🙂

Tu demandes aussi : « Est-ce que pour vivre dans un monde supportable d’un point de vue émotionnel, se cacher une partie de réalité pour assurer son bonheur, et de fait rendre son existence supportable, et pas trop douloureuse ? »
Mais est-ce que nous ne faisons pas cela en permanence ? Si nous étions pleinement lucides, accepterions-nous de porter ces vêtements et chaussures dont nous savons qu’ils sont fabriqués par des esclaves asiatiques ou maghrébins ? Accepterions-nous d’utiliser cet ordinateur, cette voiture, ces appareils électroménagers fabriqués dans des conditions aussi dramatiques ? Et qui, de surcroît, vont polluer la planète à l’état de déchets en fin de vie ? Après avoir pollué la planète par les kilomètres qu’ils ont parcouru ? Pourrions-nous manger de la viande, si nous acceptions de regarder en face la vie de cauchemar que nous imposons aux animaux d’élevage ? Etc.
La liste est longue, des illusions que nous acceptons, pour simplement vivre, car si nous étions pleinement lucides, nous ne pourrions que céder au désespoir le plus total !

Tu demandes également : « Est-ce que un bonheur illusoire peut-être considéré comme un véritable bonheur ? »
Qu’est-ce qu’un véritable bonheur ? Et, de là, qu’est-ce qu’un bonheur illusoire ?
😀

Bon, je cale pour les autres questions, ça fait beaucoup d’un coup, mais je voudrais donner un exemple qui me semble proche : j’ai arrêté de fumer grâce à ma soeur et au livre de Allen Carr. Il y a des bêtises dans le bouquin de Allen Carr, mais ma soeur m’a expliqué qu’elle acceptait de les croire, parce que c’était pour la bonne cause, à savoir arrêter de fumer. Et ça a marché, pour elle et pour moi. Sans elle, j’aurais lu ce livre au premier degré et, avec mon sens critique habituel, je l’aurais rejeté en disant « bah, c’est des bêtises, ça et ça » et je fumerais encore. Grâce à ma soeur et grâce à son idée d’accepter de m’illusionner un peu, j’ai pu me dire « ah oui, là c’est faux, mais c’est pas grave, l’essentiel est que je parvienne à mon but : arrêter de fumer. »

Je pense également à l’homéopathie : je me fiche de savoir si l’homéopathie a une efficacité autre que psychologique ou magique, l’essentiel est que ça marche, sans me faire de mal, ce que ne fait pas la médecine chimique. J’accepte ce qui est peut-être une illusion (cela dit, compte tenu de l’effet placebo, accepter la médecine chimique est tout autant une illusion !) pour atteindre un objectif de progrès : un mieux-être physique, une bonne santé.

Bien sûr, on peut aussi se demander : qu’est-ce qu’une illusion ? Qu’est-ce que la réalité ?

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Le bonheur

« Un homme qui sait se rendre heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité » (Alphonse Allais)

Euh… oui ?

Oui, sans doute, mais jusqu’à quel point ?

Il y aurait de quoi disserter pendant quelques heures, là, je ne sais plus faire.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

Le ridicule ne tue pas

Il est 5 heures, Paris s’éveille. Dyeux aussi. Il-elle s’étire, ça fait du bien. Elle-il jette un coup d’oeil à sa boîte mail : quelles sont les premières prières du jour ? Tiens, là-bas sur Terre, une Française fatiguée lui envoie une curieuse supplication : « Mon Dieu, je vous en supplie, faites que le ridicule tue ! Merci« .

« Et pourquoi pas, se dit Dyeux ? Voyons, contre les épouvantards, Riddikulus fait merveille ; après tout, les humains sont des sortes d’épouvantards, essayons… RIDDIKULUS ! »

Là-bas, sur Terre, dans sa cuisine une quadragénaire s’effondre silencieusement tandis que sa galette de céréales matinale crame paisiblement dans la petite poêle en tôle noire. Les minettes finissent leurs croquettes et partent faire la sieste, elles n’ont rien remarqué. Dehors, c’est pourtant le grand chambardement, mais ça ne fait guère plus de bruit que d’habitude, à leurs oreilles de minettes.

La scierie voisine continue de couiner, elle ne se taira que quand le courant sera coupé : quand ? Sur l’autoroute, c’est plus chaud : camions et automobiles s’encastrent les uns dans les autres, d’autres quittent la route, des incendies éclatent… La même scène se produit sur toutes les routes et rues du monde, à travers villes et campagnes. Les avions tombent, les trains déraillent, se rentrent dedans, explosent, défoncent les gares terminus… Les incendies se propagent aux habitations, aux forêts, aux cultures… Seuls les bateaux continuent de voguer, s’abandonnant aux courant quand leurs réserves de fuel sont épuisées, avec pour seuls passagers les oiseaux de mer repus de la chair des cadavres. Sur tous les continents, les usines, incontrôlées, s’emballent, chauffent et explosent, ou tombent en panne.

Les humains sont tous morts, à l’exception des bébés qui hurlent, épouvantés. Mais leur calvaire ne durera pas. Rapidement, les centrales nucléaires s’emballent à leur tour, provoquant 440 accidents de type Tchernobyl à travers le monde. Par la grâce des courants aériens et de la répartition harmonieuse des réacteurs, la planète est maintenant entièrement irradiée…

« Merde, se dit Dyeux, j’ai dû faire une connerie… »

(le 17/7/8)